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Full text of "Revue des documents historiques"

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IV-*- 



3cuments historiques, suite de pièces 
trieuses et inédites publiées avec 
îs notes. Paris f Lemerre, 1873-75, 
vol. in-8, EX. PAPIER VERGÉ, nom- 
•eux fac-siraile, 30 fr. [V]. i5 » 




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REVYE 

DES DOCVMENTS 

HISTORIQVES 



SVITE 


DE PIÈCES CVRIEVSES ET INÉDITES 




PVBUÉES AVEC 




DES NOTES ET DES COMMENTAIRES 




PAR 


ETIENNE CHARAVAY 




PREMIÈRE ANNÉE 




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/ 


I-^am^ 







PARIS 






A. LEMERRE ÉDITEVR C. MOTTEROZ IMPRIMEVR 






27 PasMge Choiscul Rue du Dragoo 3i 






1873-1874 


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• 




i 







AVERTISSEMENT 



a Hérodote d'Halicarnasse consigne dans cette histoire le 
jésultat de ses recherches, afin que les actions des hommes ne 
ment pas effacées par le temps, wç pî'fe t« yevojxeva i\ àv(ip(i>7;(i>v 
tôjfovcp c^ÎTTiXa yivTiTai , et que les grands et prodigieux exploits 
accomplis, tant par les Grecs que par les barbares, ne tombent 
pas dans Toubli » 

Ce souci de garder de Toubli le souvenir des aaions hu- 
maines, qu'Hérodote exprime avec une simplicité antique, est 
au fond de tous les esprits. Il suscite les établissements d'ar- 
chives publiques, les collections privées et enfin les œuvres in- 
dividuelles des historiens. 

La tâche de l'historien est ardue : souvent les documents 
dont il a besoin pour éclairer les faits qu'il veut raconter sont 
épars et comme ensevelis dans les archives publiques ou parti- 
culières. Combien de pièces ont échappé aux investigations des 
érudits! combien d'autres ont disparu qui jadis avaient été vues 
et consultées, mais non transcrites! Les guerres étrangères 
ou intestines, les accidents de toute sorte, l'ignorance ou Tin- 
curie, sont des causes fatales de destruction. A notre époque, 
où l'on recherche avec un soin jaloux tout ce que les ancêtres 
ont laissé, n'avons-nous pas vu le feu anéantir les archives de 
Bordeaux et la bibliothèque de Saintes? Qui de nous n'a été 
frappé d'une indicible terreur quand des hommes, dans leur 
atroce démence, ont menacé nos bibliothèques, nos musées, 
nos archives, et détruit la bibliothèque du Louvre? Qui de 



AVERTISSEMENT 



nous n'a considéré cette perte comme un deuil personnel? Car 
ces livres, ces tableaux, ces statues, où le génie humain a tracé 
son immortelle histoire, ces monuments, ces manuscrits, té- 
moins irrécusables des siècles disparus, ne sont-ils pas pour 
nous le dimidium met du poëte? 

Toutefois la grandeur de la perte est diminuée lorsque l'ori- 
ginal détruit persiste encore ailleurs en des copies authentiques. 
Aussi croyons-nous utile de publier tout ce qui peut servir à 
rétude des siècles passés. C'est pour aider à cette grande œu- 
vre, dans la mesure de nos faibles moyens, que nous fondons 
la Revue des documents historiques, recueil spécialement des- 
tiné à la reproduction des documents de toute nature, intéres- 
sant spécialement les races latines, et dignes d'être conservés 
pour les historiens futurs. Nous avons réuni déjà de précieux 
matériaux, et, pour donner à nos lecteurs une idée de la nature 
des documents que nous publierons, avec notes et commen- 
taires, nous citerons les pièces suivantes : 

Lettres de Saint- Vincent de Paul, de Baluze, de Charlotte 
des Essars, de Charles IX, d'Henri IV, de Voltaire, de Chateau- 
briand, de Charles Baudelaire; — Chartes de Philippe le Bel, 
du roi Jean, de Louis d'Orléans, de Dunois; — Documents sur 
le Dauphiné, la Champagne, l'Orléanais, l'Anjou, le Lyon- 
nais, la Bretagne; — Pièces sur les beaux-arts, etc., etc. 

En résumé nous nous efforcerons de faire de notre Revue 
un répertoire de documents que les historiens pourront aisé- 
ment employer, et, pour rendre leurs recherches plus promptes, 
nous donnerons à la fin de chaque année une table analytique 
des pièces publiées par nous. 

Nous dédions notre entreprise aux érudits et aux lettrés et à 
tous ceux qui s'intéressent au développement des études histo- 
riques. 



Etienne Charavay. 



REVUE 



DOCUMENTS HISTORIQUES 



PIERRE PUGET 



1622- 1694 



Pierre Puget n^a pas manqué de biographes. Un sculpteur, son con- 
temporain, Jean de Dieu, a laissé sur la vie du grand artiste un mé- 
moire que le Père Bougerel a largement employé (i). Depuis lors, plu- 
sieurs littérateurs, entre autres Emeric David et Rabbe, ont écrit sur le 
Puget, mais sans donner de renseignements nouveaux. Après eux 
M. Henry, archiviste de la ville de Toulon, étudia plus sérieusement 
la vie de notre illustre sculpteur, et, à Taide de documents puisés dans 
les archives de Provence et dans celles du ministère de la marine, rectifia 
les erreurs de ses devanciers et apporta un certain nombre de rensei- 
gnements inédits sur la vie et les travaux du maître (2). M. Pierre 
Margry, le laborieux conservateur des Archives de la Marine, a com- 
plété les recherches de M. Henry et publié de nouvdles lettres des in- 



(I) Mémoires pour servir à l'histoire des hommes illustres de Provence; Paris, Hérissant, 
1753, iD-I2. 
{3), Sur la vie et les œuvres de Pierre Puget, par D.-M.-J. Henry; Toulon, i853, in-8. 



REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES 



tendants de Toulon sur la part que prit Puget à la décoration des 
vaisseaux (i). 

Enfin, M. Léon Lagrange, collaborateur assidu de la Galette des 
Beaux- Arts j réunit tous ces documents épars, les joignit à ceux qu'il 
avait découverts en Provence et à Gênes, et en tira une étude qui, par 
Tabondance des pièces et la juste critique des textes, peut être considérée 
comme définitive (2). 

M. Lagrange s'est efforcé de recueillir les lettres du Puget, et, dans 
son livre, il en cite onze, en y comprenant les placets au Roi et à Lou- 
vois. La plus ancienne remont« au i5 février 1668 (3), mais elle n'est 
donnée que par fragment d'après un catalogue. L'original existe cepen- 
dant à Paris dans le riche cabinet de M. le baron Feuillet de G^nches, 
et il nous a été libéralement permis par son possesseur de le voir et 
même d'en transcrire le passage le plus intéressant. Cette lettre a une 
grande importance, car elle est relative à la Conception de l'Albergo et 
elle prouve que Puget ne travailla pas seul à cette figure. Voici le com- 
mencement de cette pièce, qui est datée de Toulon, i5 février 1668, 
et a trois pages in-4. 

L'ordre que je reseu de la part du roi pour me randre à 
ToUon feu cause que je laissa le travail de la figure de la Con- 
ception Nostre Dame, ne pouvant faire autrement, de quoi j'an 
heut bien du desplaisir. Mais pour supler à ce défaut j'ordonna 
à mes ouvriers (4) de continuer à m'esbaucher sette figure 
d'après le modelle que je laissa et de finir aucune chosse come 
toutes les drapoiries, où je avist qu'il sont fort avancée, et come 
je obtenu mon congé à la fin du mois d'avril je seray à Gênes 
avec l'aide de Dieu pour vous y donner satisfaction... 



f 1) Archives de l'trt français, 6* année, 4* livraison. — C'est un précieux répertoire de toutes 
les lettres des intendants de la marine où il est question de Puget, avec des notes critiques de 
M. P. Margry et de MM. A. de Montaiglon et Ph. de Chenncvièrcs, si connus par leurs publi- 
cations sur les beaux-arts. M. Lagrange a puisé dans ce recueil tous les renseignements qu'il 
donne sur Puget décorateur de vaisseaux. • 

(a) Pierre Puget, peintre, sculpteur, architecte, décorateur de vaisseaux; Paris, Didier, 1868, 
in-i3. — M. Lagrange est mort à Nice, au commencement de janvier 1868, à l'âge de 40 ans. 
Il a laissé, outre ce travail sur Puget, un livre consacré au peintre Joseph Vemet. 

(3) Lagrange, p. 22. 

(4) Christophe Vcirier, neveu et élève du Puget, était au nombre de ces ouvriers. 



PIERRE PUGET 



Puget termine en demandant qu^on donne aux ouvriers une somme 
d^argent qui toutefois ne dépasse pas cinquante piastres. 

Cette lettre est vraisemblablement adressée à Emmanuel Brignole, 
qui avait commandé à Puget la figure de la Conception pour TAlbergo. 

Le livre de M. Lagrange contient des détails fort curieux sur le 
voyage du fils du Puget à Paris, en 1687 (i). François Puget était 
venu dans cette ville pour obtenir la commande de la statue que Mar- 
seille voulait élever à Louis XIV sur les plans de Puget. M. Lagrange 
n^a pas connu une lettre que François écrivit de Paris, le 3 décem- 
bre 1687, à son cousin M. de Gautis, et qui a été reproduite en fec- 
simile dans V Isographie des hommes célèbres (2). Cette pièce relate 
que le Roi a trouvé les plans fort beaux, et François ajoute : 

J'espaire que nous optiendron Tagraridisement deu port. 

Une lettre du 19 décembre 1687, publiée par M. Lagrange (3), com- 
plète les renseignements sur cette négociation qui eut, comme on sait, 
un si triste résultat. 

Nous avons eu Theureuse chance de trouver dans une collection 
d'autographes (4) une lettre de Pierre Puget qui appartient à la suite 
des lettres adressées par lui au marquis de Villacerf : M . Lagrange a 
déjà retrouvé quelques pièces de cette suite dispersée; nous allons les 
mentionner par ordre de dates. 

Après le Milan et V Andromède, Puget avait entrepris le groupe 
d'Alexandre et Diogène. Le 21 avril 1692 il écrit à M. de Villacerf 
pour réclamer le paiement d'une somme de i835 livres i3 sous qui lui 
est due, et il ajoute : 

Mgr le marquis de Louvois m'aiant donne ces avis que Sa 
Majesté désiroit la continuation de mes ouvrages et qu'elle avoit 
esté très satisfaicte de mon Andromède et du Milon qu'on y 
avoit présanté; et comme Sa Majesté aime les grandes chosses, 
je creu, Monsieur, de m'ocuper à quelques beaux ouvrages pour 
son servisse. A sette bonne intention j'ay faict venir une très 

(I) Il arriva à Paris le 8 novembre. (V. Lagrange, p. 242.) 

(2} Cette lettre appartenait au vicomte de Villeneave-Bargemont, qui l'attribuait faussement 
à Pierre Puget et la communiqua comme telle aux éditeurs de VIsographic. Elle figure donc 
dans ce recueil sous le nom de Pierre Puget, erreur qu'il importait de rectifier. 

(3) Lagrange, p. 248. 

4) Collection Dufournel, vendue le 1 5 mars 1873. — Cette pièce a été acquise par le savant 
«ichéologue M. Benjamin Fillon. 



REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES 



belle pîesse de grosseur estraordinaire de marbre pour m'ocu- 
per au servisse de ce grand preince... (i). 

Pugct, on le voit, tenait à travailler pour Louis XIV, et il signe — 
pour la seule fois à notre connaissance — P. Puget, sculpteur du Roy. 

Cette même année Puget présenta au Roi le placet bien connu que 
Bougerel a publié (2), et que reproduit M. Lagrange (3). N^ayant pas 
de réponse il revient à la charge dans ses lettres des 19 septembre et 
22 décembre 1692 (4), où il déclare qu'il sera forcé de quitter la France. 

Le 20 janvier suivant il se plaint amèrement de ce qu'on transporte 
par mer son bas-relief d'Alexandre et Diogène, et demande à être 
employé (5). 

N'ayant pas de réponse, Puget écrit de nouveau à M. de Villacerf, le 
26 septembre 1693, et c'est cette lettre, restée jusqu'ici inédite, dont 
nous donnons à nos lecteurs le texte et le fac-similé. 

Monsieur, 
Je ne puis du moins come vous estes sur le ministère de mon 
art et que mon maleur veut que je sois issy sans ocupation pour 
travailler pour le Roy come il m^a ordonné en prenan mon congé 
de sa personne mesme, j'an ay escrit à Mons»" de Vauvre (6) 
qu'il m'onnore de son apuy depuis longtemps, mais il m'oposse 
que la conjuture du temp présent ne luy permet pas de tra- 
vailer en cour à faire un fon pour sela. Sepandant, Monsieur, 
je me suis espuisé pour faire venir une piesse de marbre d'unne 
très grande considération par les ordres de la Court et de 
Mons»* de Louvois. Je me suis donné Thonneur de vous en en- 
voie la copie. Après tout je seray forsé dealer servir aux pais 



(1) Lagrange, p. 381.— L'original de cette pièce est dans la belle collection de M. Jule» 
Boilly. 
•(2) Bougerel, p. 55. 

(3) Lagrange, p. 282. 

(4) Publiées par Lagrange, p. 383 et 284. Celle du 19 septembre avait été donnée par M. Jal 
dans son Dictijnnaire critique d'histoire et de biographie, et par M. P. Margry. p. 307. 

(5) Margry, p. 3o8. 

(6) Louis Girardin de Vauvré, conseiller du Roi, • intendant de la justice, police et finances 
des années navales de Sa Majesté es mers du Levant, réparations et fortifications des places 
maritimes de Provence. - (Mar<çry, p. 3oo, et Lagrange, p. 188). 



WERRE PUGET 



estranger n'y ayant pas issy de personne asés puissante p»* 
m'ocuper, et il m'est sur le cœur de voir tant de persone issy 
entretenus au ^rvise du Roy que je de quoy corne tout plain 
d'autre d'en estre escandalisé dens la conjuture où l'estast a be- 
soin de ces finances. Je prant la liberté de vous en envoyer issy 
le rolle, Monsieur, afin de vous donner lieu de ma juste plainte, 
se qui me faict vous supler de m'onnorer de sette grâce que lors 
que vous travailerés avec le Roy d'en toucher un mots sur mon 
sujet, afin que je ne sois pas reprochable pour n'avoir asés re- 
présanté mes afaires. Sy d'avanture je sois contrain de sortir 
ors du Royeame je prie Dieu de vous conserver à sa saincte 
garde et suis avec un très profont respects 
Monsieur, 
Vostre très humble et très obéisse serviteur 

P. PuGET. 
A Mar"", ce a6 aep~ 1693. 

Cette fois, Puget reçut une réponse, si nous en croyons le signe qu'on 
peut remarquer sur la première page de la pièce. 

Cependant Tillustre vieillard, toujours plus amoureux de son art, 
achevait une œuvre nouvelle, le bas-relief de la Peste de Milatty et, 
dès le 16 janvier 1694, il en propose l'acquisition au Roi (i). 

Le 22 mars suivant il écrit à ce sujet une nouvelle lettre à M . de 
Villacerf, laquelle est reproduite par M. Lagrange, d'après le fac-similé 
de V Iconographie Delpech. Nous avons pu collationner cette pièce sur 
l'original, qui foit partie du cabinet de M . le baron Feuillet de Conches, 
et, avec la permission du célèbre curieux, nous en donnons le texte 
ici : 

Monsieur 

Vous tesmoignant mes plus profons respetes je vous diray. 
Monsieur, que depuis peut de jours sont venus che nous deux 
Conseiliers du parlement d'Aix en compaignie de deux abbés 
d'Avignon, aiant veu mon bas relief de saina Charles fini on 

(\) Lagrange, p. 307. 



REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES 



voulu scavoir si je m'eA voulois acomoder et traité du pris. Je 
m'en suis escuser pour le présent, mais qu'en peut de jours gy 
donnerois responce. Il ma semblé estre très bien de mon devoir, 
Monsieur, de vous comuniquer cet afaire, puis que selon les 
volontés du Roy sela regarde vostre ministère, et come Sa 
Maisté s'étant satisfaict de l'ouvrage de l'estatue du Milon me 
fit ordonner par Mons*" le marquis de Louvois que tous autant 
d'ouvrage que je pourois faire. Sa Majesté le prandroit, quel 
subjet qu'il peut estre, et me partant de la Court et prenant 
congé de Sa Majesté me réitéra la mesme pancée, et en pré- 
sance de Monsieur le maréchal de Lorge me dict ces mesme 
paroUes : aies, M. Puget, et travailés tousjour pour moy et me 
faiaes de belles choses come vous scavez faire. Ainsy il est de 
mon devoir d'éfétuer ( i ) la pancée de Sa Majesté et de vous ran- 
dre compte de ce qui ce passe. Ce bas-relief a 63 pousse d'oeteur 
et quarante septe de largeur. Le subjet a un sainct Charles 
au milieu de pestiférés : en conpaignie de saina Charle à sa 
suite est un prêtre qui porte la crois et un autre prêtre qui 
porte le sainct Siboire au bas duquel y a un crostreux (2) 
qui traine un pestiféré. Le sainct joint les maints au siel au de- 
vant duquel il a une famé à l'agonie et son perre qui est pro- 
che dele la recomande au sainct. Un petit enfan moran est à 
côté de sa mère. On estime beaucoup se sujet. Il y a une gloire 
d'um petit ange qui tient un crois, acompaigné de quelque ché- 
rubin : sur le derier du tableau il y a un lit dans lequel y a 
couché un cadavre et sa famé auprès qu'elle fait des alamanta- 
tions. Tout le reste du fon est acompaignez d'architecture. Le 
marbre est très beau. Les principales figure sont à deux tiers 
de relief. Son pris est de six mil livres. Gy suis esté ocupé pan- 
dent deux années. Vous aurés la bonté, Monsieur, de comu- 
niquer ce peti afaire au Roy, puisque je suis très asuré que Sa 

(ij M. Lagrange, trompé par le fac-similé, a lu et imprimé defotuer, tout en faisant remar- 
quer la bizarrerie de ce mot. 
(2) Sans doute le même sens que lépreux. 



PIERRE PUGET 



Majesté y prandra plesir, et si Ton me paie ce ouvrage, je vous 
promet, M., que je le feray porter à Versaille ensemblement 
avec le bas relief d'Alexandre et Diogenes, et le Roy en donnera 
ce qu'il y sera agréable du fraicts des voitures où Ton ce poura 
prometre qu'à point nomé ces ouvrages seront en cour sans au- 
cum risque ni denger. Je prie Nostre Seigneur qu'il vous con- 
serve et suis avec beaucoup de respects 
Monsieur 

Voitre très humble et très obéisant serviteur 

P. PuGET. 
A Maneikt, ce 22 mars 1694. 

L'original nous donne un détail précieux, que le fac-similé n'a pas 
fourni à M. Lagrange. On lit sur la première page ces mots caractéris- 
tiques : 

Répondre le !•»• avril qu'il se pou voit deffaire de son bas- 
relief, attendu que le Roy n'étoit point en état de le prendre ny 
de le paier. 

Les inquiétudes politiques et l'état précaire des finances royales 
n'expliquent que trop cette réponse qui, néanmoins, dut attrister pro- 
fondément le grand vieillard. Puget ne survécut pas longtemps â cette 
suprême déception. Il mourut le 2 décembre 1694. M. Lagrange a re- 
produit le testament (i) et l'acte de décès. Voici le teinte de cette der- 
nière pièce : 

M. Pierre Puget, aagé d'environ soixante-dix ans, homme 
excellent en peinture, architecture et sculpture, est mort le 
2 décembre 1694, muny des sacremens, et a esté ensevely aux 
pères de l'Observance le mesme jour, présent messire Antoine 
Geoffroy, clerc, et Claude Bevons, accolite. 

Signé : Geoffroy, clerc, Bevons, Geoffroy, curé (2). 

l'i) Dons cette pièce, datée du 39 novembre, le maître est appelé • noble Pierre de Puget, 
Kolteur et ingénieur du Roy. • C'est un précieux document découvert par M. Lagrange, qui a 
également donné l'état des biens meubles et immeubles du Puget qui formaient un toul de 
134,612 francs (p. 3i5 à 329). 

(2) L'archivi&te Henry avait déjà publié cette curieuse pièce. 

TOME I. .2 



lO REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES 

Tels sont les documents que nous offrons aux érudits et à tous ceux 
qui s'intéressent aux gloires artistiques de notre France. 

Un dernier mot. Pierre Puget, bien que ses grands projets aient été 
entravés par les rancunes de G)lbert, et ses ennemis favorisés par les 
complaisances de Louvois, jouit de son vivant d'une juste célébrité. 

Dans le registre des contrôles de la ville de Toulon il est qualifié de 
fameux sculpteur (i). M. de Vauvré, le constant proteaeur de Puget, 
dit qu'il n'y a pas à Rome de meilleur sculpteur (2). L'intendant La 
Guette rappelle le plus habile sculpteur de France (3), et Charles Le- 
brun le félicite chaleureusement de son Milon (4). Mais, quelque génie 
artistique qu'il eût, Puget, dépourvu de toute éducation, ne fut guàre 
considéré par ses contemporains que comme un très-habile ouvrier. 

Son humeur ombrageuse et fantasque, son inflexible génie, son ob- 
stination à suivre ses propres idées (5), le rendaient impropre à tenir, à 
la cour de Louis XFV, la place d'un Cavalier Bernin ou d'un Girardon. 
Dans toutes les lettres de Puget l'orgueil se montre sous le rude lan- 
gage de l'artisan, mais parfois aussi il éclate triomphalement et jette 
à la postérité ces sublimes paroles : 

Je me suis nourri aux grands ouvrages, je nage quand j'y 
travaille, et le marbre tremble devant moi, quelque grosse que 
soit la pièce (6). 



(ij Henry, p. 80. 
(2) Lettre du 8 mars 1681. 
[3\ Lettre du 7 novtmbre 1662 (Henry, p. 23). 

(4J Cette lettre du peintre de Louis XIV à Puget, datée du 19 juillet i683, est fort remar- 
quable. On la trouve dans Bougerel, p. 35. 

(5) Une lettre de l'intendant Amoul, du 3i mars 1676, publiée par M. P. Margry, en c»t une 
preuve. On y lit : 

« M. Puget est assurément très habite. Il a un génie extraordinaire pour le dessein ; il est très 
capable de bien servir le Roy aux omemens des vaisseaux et il en a fait qui ont très bonne 
grâce. Mais il y a une grande incommodité en luy quand il travaille, c'est qu'il ne veut point 
s'assujétir aux commoditez et aux nécessitez du navire. Quand il a fait une fois le dessein, il 
n'y a pas moyen de gaigner sur luy qu'il y change quoy que ce soit... • 

(6) Mémoire adressé à Louvois, en 1 683. — Nous croyons devoir mentionner ici U notice 
qu'Eugène Delacroix a consacrée au Puget dans le Plutarque français, notice fort remarquable 
par la netteté avec laquelle le célèbre peintre explique les raisons qui rendirent Puget antipa- 
thique à ses contemporains. — Signalons aussi une brochure d'un érodit toulonntis, M. Octave 
Teisficr : Documents inédits sur Pierre Puget, Toulon, 1871, in-8. M. Teissier y publie de» 
pièces concernant l'illustre maître, et, entre autres, son acte de mariage avec Paule Boultfee 
(8 août 1647J. 



LA MARQUISE DE POMPADOOR 



I 1 



LA MARQUISE DE POMPADOUR 



1720- 1764 



Madame de Pompadour protégea toute sa vie les littératears et les 
artistes. Une lettre d'elle à l'abbé I^blanc en est une nouvelle preuve. 
Jean-Pernard Leblanc, prosateur et poète médiocre (i), avait grande 
envie d'entrer a l'Académie française, et il demanda la protection de la 
marquise qui lui répondit en ces termes : 

A Choity-le-Roy k 33 aoust 1746. 

Je sais, Monsieur, qu^il vacque une place à racadémie fran- 
çoise, et il est vrai qu'elle paroit destinée à M. Duclos par le 
nombre de voix qu'il a eues à la dernière élection (2). Je m'in- 
téresse à ce qui le regarde, et lorsqu'il sera en place, s'il en vient 
une seconde à vacquer, j'agirai avec plaisir pour vous. Je sais 
que vous le mérités par vos talens et votre zèle pour la gloire 
du Roy. 

Je suis véritablement. Monsieur, 

Votre très humble et très obéissante servante 




fi) Né à Diion le 3 décembre 1707, mort à Paris en 1781. 

,2) Il était alors le rival de Tabbé de T^ Ville qai fut élu au fauteuil de l'abbé Mongin et reçu 



12 REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES 

Duclos fut en effet nommé au fouteuil de l'abbé Montgault, mort le 
II août 1746, et Tabbé Leblanc, qui devint membre des Académies 
délia Crusca^ des Arcades de Rome, de Tlnstitut de Bologne, etc., ne 
put, malgré la protection de la marquise, arriver à TAcadémie fran- 
çaise (i). 

Duclos, on le sait, était un des familiers de Madame de Pompadour, 
avec Marmontel et Bernis. Celle-ci, en effet, employait tout son crédit 
en Êiveur des gens de lettres. Le vieux Crébillon obtint, par ses soins, 
une pension, un logement au Louvre et une sinécure de bibliothécaire. 
Piron lui-même ne fut pas oublié, comme en témoigne la lettre suivante 
adressée par Montesquieu à la marquise, en 1752 : 

Piron est assez puni, Madame, pour les mauvais vers 
qu'on dit qu'il a faits; d'un autre côté il en a fait de très bons. 
Il est aveugle, infirme, pauvre, marié, vieux. Le Roi ne pour- 
roit-il pas lui accorder quelque pension? II est beau de l'obtenir. 
C'est ainsi que vous entçloyez le crédit que vos belles qualités 
vous donnent; et, parce que vous êtes heureuse, vous voudriez 
qu'il n'y eût point de malheureux. Le feu Roi exclut La Fon- 
taine d'une place à l'Académie, à cause de ses contes : il la lui 
rendit six mois après à cause de ses fables (2). 

La requête eut le meilleur effet, et Piron obtint de Lx)uis XV une 
pension de mille livres. 

La marquise possédait une bibliothèque (3) dont le catalogue a été 



le i5 septembre 1746. {V. Uite des membres de TÂcadémie française dressée par A. Bance tt 
Etienne Charavay, dans V Amateur d'Autographes, n** i3i-i32, p. 175.) 

(ij Daclos prononça son discours de réception le 36 janvier 1747. 11 devint secréuire per- 
pétœl de TAcadémie en 1755. 

(3) Œuvres complètes de Montesquieu ; Paris, Hachette, 1862, t. II, p. 534. 

(3) Cette bibliothèque est estimée i3,5oo livres dans le Relevé des dépenses de Madame de 
Pompadour qui a été publié, en i853, par M. J.-A. Le Roi, bibliothécaire de Versailles, d'a- 
près un manuscrit conservé dans les archives de Seine-et-Oise. Cet éut, qui va du 9 septem- 
bre 1745 au i5 avril 1764, est un document précieux pour l'histoire de M"* de Pompadour. 



LA MARQUISE DE POMPADOUR 



l3 



imprimé, et les curieux recherchent avec ardeur les livres reliés en beau 
maroquin rouge, sur 1er plats desquels resplendit le blason aux trois 




tours. Nous pouvons, grâce a l'obligeance de M. Joannis G='''»ard, re- 
produire ici ce .blason, qu'on retrouve aussi sur les cachets q li fer- 
maient les lettres de la marquise. 



REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES 



THIBAUT V 

Roi de Navarrs, Comte de Chaupaqne et de Brie 
1235-1270 



Thibaut IV, le célèbre po^€, mourut dans le palais épiscopal de Pam- 
pelune le 14 juillet i253, laissant pour successtur le jeune Thibaut V 
sous la tutelle de sa mère Marguerite de Bourbon (i). Cest de ce der- 
nier prince qu'émane la charte latine dont voici le texte, la traduction 
et le fac-similé (2) : 

Theobaldus, Dei gratia Rex Navarre, Campanie et Brie 
cornes palatinus, universis présentes litteras inspecturis salutem 
in Domino. Notum facimus quod cum defiincta Margarita, do- 
mina Lisinarum, legaverit et concesserit ecclesie Sancti Antonii 
Parisiensis (3) duodecim libras et decem solidos turonensium 
annui redditus, percipiendos annis singulis a monialibus dicte 
ecclesie vel ab earum nuncio in portagio nundinarum Trecen- 
sium sanai Remigii, videlicet ad portam que vulgariter nun- 
cupatur de Creonciaux, ut in litteris dicte Margarite, ipsius 
sigillatis sigillo, continebatur expresse. Nos in quorum domi- 
nio et feodo ipse redditus consistere dinoscitur divine pietatis 
intuitu volumus et concedimus quod predicta ecclesia teneat et 



(1) Histoire des dacs et des comtes de Quunpagne par H. D'Arbois de Jubainville; Paris, 
Durand, 1859-66, 6 vol. in-8. — T. IV, p. 337 et 341. 

(2) Cette pièce ne figure pas dans le catalogue des actes des comtes de Chamragne publié par 
M. D'Arbois de Jubainville. Nous en possédons l'original. 

(3) Le couvent de Saint- Antoine-dcs-Champs à Paris, fondé vers 1 191 .— Nous avons trouvé 
dans le catalogue des actes des comtes de Champagne une autre charte concernant le couvent 
de Saint- Antoine, datée de mai 1260, et émanant également de Thibaut V (D'Arbois de Ju- 
{îainvillc, t. V, p. 495, n* 3197). 



THIBAUT V 



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l6 REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES 



perpetuo possideat predictas duodedm libras et dccem solidos 
turonensium annui redditus pacifice et quiète in manu mortua, 
sine coactione vendendi vel alienandi seu extra manum suam 
ponendi. In cujus concessionis testimonium présenter litteras 
fecimus sigilli nostri munimine roborari. Datum anno Dominî 
M^ CO quinquagesimo septimo, mense junio. 

Thibaut, par la grâce de Dieu Roi de Navarre, comte pala- 
tin de Qiampagne et de Brie, à tous ceux qui ces présentes let- 
tres verront, salut dans le Seigneur. Savoir faisons que comme 
défunte Marguerite, dame de Lisines, ait légué et concédé à 
réglise de Saint Antoine de Paris douze livres et dix sous tour- 
nois de rente annuelle, à percevoir chacun an par les religieuses 
de la dite église ou par leur envoyé sur le portage des foires de 
Saint-Remi de Troyes, à savoir à la porte qui est ordinairement 
appelée de Creoncîaux, comme dans les lettres de la dite Mar- 
guerite scellées de son sceau il était expressément contenu, Nous, 
sur le domaine et fief duquel la dite rente est notoirement établie, 
par l'inspiration de la piété divine nous voulons et concédons 
que la susdite église tienne et possède à toujours les susdites 
douze livres et dix sous tournois de rente annuelle, paisiblement 
et tranquillement, en main morte, sans contrainte de vendre ou 
d'aliéner ou de mettre hors sa main. En témoignage de laquelle 
concession nous avons fait confirmer les présentes lettres de 
Tautorité de notre sceau. Donné Tan du Seigneur 1267, au 
mois de juin. 

Il y avait, au moyen âge, six foires appelées /oir^5 de Champagne et 
de Brie, deux à Troyes, deux à Provins, une à Lagny-sur-Marne et une 
à Bar-sur-Aube (i). Celles de Troyes étaient la foire de Saint-Jean ou 
foire chaude de Troyes, qui se tenait le mardi après la quinzaine de la 
Nativité de Saint-Jean-Baptiste, le 24 juin, si la Saint-Jean tombait un 
mardi, et, en tous cas, dans la première quinzaine de juillet, et durait 
jusqu'au 14 septembre; et la foire de Saint-Remi ou foire /roide de 

(I) ÉtudM tur les foires de Quunpagae ptr Félix Bourquelot, i** partie, p. 7$. 






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THIBAUT V n 



Troyes, qui commençait le lendemain de la Toussaint et durait jusqu'à 
la semaine avant Noël (i). 

Au xin* siècle les foires de Champagne avaient dans toute l'Europe 
une grande célébrité : de toutes parts les trafiquants y a/Huaient, mais 
c'était surtout à Troyes que venait le plus grand nombre. Ces der-. 
nières foires appartenaient aux comtes de Champagne. Un ancien ma- 
nuscrit) conservé dans notre Bibliothèque nationale, constate ce fait en 
ces termes : 

Le Seigneur a, à Troyes, les foires de Saint Jean qui com- 
mencent le i*"" mardi après la quinzaine de Saint Jean Baptiste 
et finissent vers la Nativité de Notre Dame, et les foires dites 
de Saint Rémi, qui commencent le lendemain de la Toussaint 
et finissent la semaine avant Noël (2). 

Les comtes de Champagne tiraient de ces foires un revenu considé- 
rable, car ils percevaient, à Toccasion des allées et venues de tant de 
marchands, un grand nombre de droits. Parmi ces impôts, le portagium 
ou droit de péage perçu aux portes de la ville était celui qui rapportait 
le plus (3). Souvent les seigneurs accordaient soit à des serviteurs, soit 
à des maisons religieuses, le don d^une certaine somme à percevoir an- 
nuellement sur le produit d'un de ces impôts. La charte que nous ve- 
nons de publier mentionne un don de cette nature en Êiveur du cou- 
vent de Saint-Antoine de Paris. 

Thibaut V accompagna saint Louis dans sa dernière croisade. Il vit 
mourir son souverain, et, frappé de la même maladie qui avait enlevé 
saint Louis et tant de ses compagnons d'armes, il rendit le dernier 
soupir au couvent des Carmes de Trapani, le 4 décembre 1270, à Tâge 
de 35 ans (4). 

On trouve dans les œuvres de Rutcbeuf une complainte sur la mort 
de Thibaut V de Champagne (5). 



(1) Bourquelot, i** partie, p. 83. 

(3) Extenta terre comiutus Campanie et Brie (Arch. oat., K 1 155, fol. i et suiv.J, citO par 
Bourquelot, 3' partie, p. 10. 
(3) Bourquelot, a* partie, p. i83. 
(4J D'Ârbois de Jubainvilc, t. IV. 
(5) Publ. par Jubinal, 1. 1, p. 40-47. 



TOME l. 



|8 REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES 



ETIENNE BALUZE 

1630-1718 



Etienne Baluze, né à Tulle le 24 décembre i63o, avait, au xvii* siècle, 
une haute réputation d'historien et d'érudit. Ses grands travaux, entre 
autres son édition des Actes des conciles^ justifiaient amplement cette 
renommée. Ami intime de Ducange et de Mabillon, bibliothécaire de 
Colbert, professeur en droit canon à l'Université de Paris, Baluze entre- 
tenait une correspondance suivie avec la plupart des savants de l'Eu- 
rope. Sur la fin de sa carrière il éprouva une éclatante disgrâce, à l'oc- 
casion de son Histoire généalogique de la maison d'Auvergne. Ici on 
nous permettra de rappeler brièvement les faits. 

Emmanuel-Théodose de La Tour d'Auvergne, cardinal de Bouillon, 
grand aumônier de France, reçut vers l'an 1694, d'un sieur Pierre-Jean 
de Bar, généalogiste, qui avait travaillé avec l'historien Du Bouchet, un 
certain nombre de documents sur sa famille. Ces pièces, inconnues jus- 
qu'alors, fournissaient de nouvelles preuves de la parenté de la maison 
de Bouillon avec les Dauphins d'Auvergne. Le cardinal soumit les ori- 
ginaux à Baluze, à Mabillon et à Ruinart, qui les publièrent et en cer- 
tifièrent l'authenticité. Le procès-verbal de cet examen, daté du 23 juil- 
let 1695, fut imprimé par les soins du cardinal de Bouillon (i). 



(ij • Procez verbfti contenant l'examen et diacuMion de deux anciens Cartnlaires et de TObi- 
tuaire de l'église de Saint Julien de Brioude en Auvergne, de neuf andent titres compris en 
sept feOilUts de parchemin, et de dix autres anciens feuillets aussi en parchemin, contenant des 
fragmens de deux ubles, Tune par ordre des chiffres, et l'autre par alphabet, lesquels ont esté 
destachez d'un ancien Cartulaire de la mesme Eglise. Le tout pour faire voir que Geraud de La 
Tour I du nom ^eicenJ en droite ligne d'Acfred, I du nom, Duc de Guyenne et Comte d'An- 
vergne, comme il paroiit par la table généalogique qui suit. • — Impr. de 22 pages. 



ÉTFENNE BAÎA'ZE ÏQ 

Cette publication souleva des protestations. Le cardinal était mal en 
cour, ce qui £eivorisa singulièrement les critiques. Baluze répondit a 
ceux qui niaient Tauthenticité des documents une longue lettre, datée 
de Paris, le 19 août 1697 (i). Voici la conclusion de ce factum histo- 
rique : 

Voilà, Monsieur, ce que j'avois à vous dire sur les titres de 
la généalogie de Messieurs de Bouillon. Je puis vous protester 
que je n'ay point eu d'autre veuë que de chercher la vérité. Je 
n'ay pu voir sans indignation qu'on attaquât avec tant de vio- 
lence et d'injustice que Ton a fait des titres très anciens et très 
véritables. Nous les avions jugez tels Dom Jean Mabillon, Dom 
Thierry Ruinart, et moy. J'ose vous dire, Monsieur, que jus- 
ques à présent nous avons joliy d'une réputation saine et en- 
tière d'estre sincères et gens d'honeur, et que le public croit que 
nous sommes capables de porter notre jugement sur des choses 
de cette nature, puisque Messieurs les Advocats généraux nous 
ont quelquefois fait l'honeur de nous faire commettre par Ar- 
rest pour donner nostre avis sur des titres de la validité des- 
quels les parties ne convenoient pas. 

Mais cette lettre ne devait pas clore le débat. Trois ans après, le généa- 
logiste De Bar, qui avait, paraît-il, employé son peu de science à fabri- 
quer des titres de noblesse — industrie lucrative s'il en fut — eut la 
malencontreuse chance d^étre arrêté et mis à la Bastille, comme un 
criminel d'importance. Son interrogatoire amena des aveux auxquels on 
ne s'attendait guère. De Bar, non content d'avouer tous les £eiux qu'il 
avait commis, déclara avoir fabriqué les titres vendus jadis par lui au 
cardinal de Bouillon. Ce fut un scandale. Baluze s'en émut, et il exa- 
mina de nouveau les documents, en s'aidant encore cette fois des lu- 
mières et de l'autorité de Mabillon et de Ruinart. Ce second examen 



(I) Lettre de Monsieur Baluze pour servir de response à divers cscrits qu*on a semés dans 
Paris et à la G>ur contre quelques anciens titres qui prouvent qne Messieurs de Bouillon 
d'aujounfhuy descendent en ligne directe et masculine des ancien:» Ducs de Guyenne et Com- 
tes d'Auvergne; Â Paris, chez Théodore Muguet, imprimeur ordinaire du Roy, 1698, 
in-fol. de 32 pages. 



20 REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES 

les confirma dans leur opinion : tous trois dressèrent un procès-verbal 
dont l'original est entre nos mains (i). Nous n'avons pas trouvé men- 
tion de cette pièce dans les biographies de Baluze, non plus que dans la 
préface de V Histoire généalogique de la maison d'Auvergne, En voici le 
texte : 

Nous soussignez, qui avons cy devant examiné les anciens 
titres fournis par le sieur de Bar à Monseigneur le cardinal de 
Bouillon, qui prouvent Torigine de la maison de La Tour d'Au- 
vergne, ayant esté informez par le bruit public, auquel nous 
n^adjoutons pas de foy, que ledit sieur de Bar, lequel a esté 
depuis peu arresté et conduit à la Bastille par ordre du Roy 
avec quelques autres particuliers accusez d'avoir distribué de 
faux titres de noblesse, a, depuis sa détention, déclaré que ceux 
qu'il a fournis à Monseigneur le cardinal de Bouillon tou* 
chant Porigine de sa maison, sont faux et qu'ils ont esté escrits 
par luy de Bar en la manière qu'ils nous ont esté représentez, 
déclarons qu'en conséquence de ce bruit, pour nostre satisfac^ 
tion particulière, et sans en avoir esté sollicitez, nous les avons 
derechef examinez très attentivement et très soigneusement, et 
que bien loin de douter du jugement que nous en avons porté, 
nous nous y sommes encore plus affermis, déclarans en outre 
que nous sommes très persuadez qu'il n'y a ny ne peut y 
avoir aucun faussaire assez habile pour donner â des titres sup- 
posez l'air et les marques d'ancienneté et de vérité qu'ont ceux 
dont il s'agit, et que quand mesme il seroit vray, ce que nous 
ne croyons pas, que ledit s»* de Bar auroit fait cette déclaration, 
nous ne l'en croirions pas, attendu qu'on sçait qu'un esprit foible 
et timide pourroit, dans de justes appréhensions de quelque 
peine afliictive, s'il se trouvoit estre coupable et convaincu 
d'avoir commis les malversations dont sont accusez ceux qui 
ont esté arrestez avec luy, se porter par de meschants motifs à 

(i) Cabinet de feu M. le marquis de Lescoët. 



ETIENNE BALUZE 



21 



parler contre sa conscience, espérant peut-estre éviter par là un 
jugement désavantageux. Pour ce qui est des lettres de Saint 
Louis qui certifient que Guillaume de La Tour, prévost de 
l'Eglise de Brioude, descendoit des anciens ducs de Guyenne et 
comtes d'Auvergne, nous ne pouvons y rien dire de nouveau, 
n'ayant pas présentement en nostre pouvoir le petit chartulaire 
de l'Eglise de Brioude d'où elles ont été tirées. Nous déclarons 
néantmoins que nous les croyons d'une vérité certaine et incon- 
testable. Ce que nous avons estimé devoir laisser par escrit, 
afin qu'après que Dieu nous aura retiré de ce monde, on ne 
puisse pas dire que nous avons laissé passer ce bruit sans mot 
dire, comme si nous fussions demeurez facilement d'accord de 
la prétendue supposition de ces titres, que nous croyons en nos- 
tre conscience estre trez bons et très véritables. 



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Les critiques et les observations n'empêchèrent pas Baluze de se li- 
vrer à un grand travail qu'il publia, en 1708, sous le titre de : Histoire 
généalogique de la maison d'Auvergne (i). Dans la préface il rappelle 



(ij Paris, DcMllicr, 1708. 2 vol. in-fol. 



22 REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES 

que certains titres ont été contestés, mais qu'il a répondu victorieuse- 
ment aux calomnies de ses contradicteurs. Baluce cependant n*était 
pas si près du triomphe : deux ans plus tard le cardinal de Bouillon 
quitta la France, et Louis XIV, très-animé contre ce prélat, fit suppri- 
mer le livre qui soutenait les prétentions de la maison de Bouillon et 
la rattachait aux Dauphins d*Auvergne, (t exiler Fauteur i Lyon 
(20 juin 17 10). Trois ans après, cependant, Baluze, ruiné et dépouillé 
de ses emplois, put revenir à Paris où il mourut le 28 juillet 1718. 

Baluze avait des ennemis acharnés. Parmi eux nous pouvons citer 
le célèbre généalogiste D'Hozier. La Bibliothèque nationale possède 
l'exemplaire de V Histoire généalogique de la maison d'Auvergne qui a 
appartenu à D'Hozier (i), comme le prouve cette note apposée sur le 
titre de chaque volume : 

Donné par M. Baluze le 4* de juin 1 709 de la part de S. E. 
M«^ le Card*> de Bouillon. — Dhozier. 

Cet exemplaire a ses marges couvertes de notes autographes de 
D'Hozier. La préface surtout a donné matière à des réflexions peu sym- 
pathiques à Baluze. Nous avons cru intéressant de transcrire la pre- 
mière note, qui donnera une idée exacte de Tesprit de ces remarques d'un 
généalogiste sur un de ses confrères. 

Si Tauteur de cette histoire, écrite d'un style très mauvais et 
très dur avoit bien seu réfléchir pour son honneur sur les belles 
citations qu'il fait et qu'il raporte pour préparer son lecteur à ne 
trouver que des faits apuyés de preuves solides, il auroit com- 
mencé par s'aquérir des connoissances certaines de ce qu'il 
s'étoit chargé de donner au public, et il auroit évité le reproche 
que la postérité lui fera avec justice d'avoir très mal conduit son 
entreprise, d'avoir trop indignement flaté la vanité et les folles 
prétentions de celui auquel il avoit vendu sa plume, de n'avoir 
rien établi de ce qu'il a voulu persuader, d'avoir tiré bien des 
conséquences fausses des raisonnemens qu'il a faits, et enfin, 
pour tout le fruit de son travail, d'avoir mérité à 80 ans qu'on 
3 

(ij Lm 42, Iropr. (Réscne). 



ETIENNE BALUZE 23 



le condamnât à être mis au pilori par un arrêt qui note d'une 
tache ineffaçable et Thistorien et son téméraire travail. 

Nous n*avons pas trouvé trace, dans les travaux sur Baluze, de ces 
netes de D'Hozier qui nous ont paru dignes d'être mentionnées. 

G>mme on vient de le voir, la vie du pauvre Baluze fut fort acciden- 
tée. Une épitaphe restée célèbre a consacré le souvenir de tant d'infor- 
tunes (i). Mais, même après sa mort, Baluze trouva des ennemis. Il y a 
peu d'années, un journaliste limousin affecta de traiter avec mépris son 
illustre compatriote. Cette suprême attaque ne resta pas sans réponse. 
M. Maximin Deloche, actuellement membre de l'Académie des Inscrip- 
tions, défendit vivement la mémoire de Baluze (2). Il représenta que ce 
savant avait consacré sa longue carrière à l'étude de l'histoire et qu'il 
avait laissé des monuments précieux de sa vaste érudition, témoin les 
Capitulcùres et les Actes des conciles. Il rappela que Baluze fiit l'ami et 
l'émule des plus grands érudits de son temps. Nous avons vu que Ma- 
billon et Ruinart tenaient Baluze en grande estime et l'aidaient dans ses 
travaux. 

D'ailleurs, c'est justice que de parler avec respect d'un homme qui a 
tant &it pour la science historique et qui a laissé un nombre considé- 
rable de manuscrits conservés dans la Bibliothèque nationale. Les éru- 
dits, qui profitent chaque jour des recherches de Baluze, ou qui consul- 
tent ses savants ouvrages, ne liront pas sans intérêt, croyons-nous, ces 
quelques notes sur un épisode fameux dans l'histoire littéraire du com- 
mencement du xvm* siècle (3). 



(I) Il git ici lé sieor Etieoiie. 

Il a consommé ses travaux. 
En ce monde il eut tant de maux 
Qu'on ne croit pas quMl y revienne, 
(a) Etienne Baluze, sa vie et ses œuvres, par M. M. Deloclie; Paris, Didron, i336, in-8. 
(3) On nous permettra de signaler une curieuse lettre de Baluze adressée, k 6 mars 1703, 
à un grand seigneur (sans doute le cardinal de Bouillon) qui voulait lui acheter sa bibliothèque, 
lort précieuse, conmie on sait. Nous avons publié ce document dans L'Amateur d'autographes, 
n' 52, p. 49- 



24 REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES 



CARTES NUMÉRALES A JOUER 



Les cartes dont nous donnons le fac-similc ont été trouvées dans Té- 
paisseur d'une reliure; des rencontres de ce genre ne sont pas rares, et 
un Anglais, M. Chatto, aVecueilli ainsi quelques figures précieuses qui 
lui ont inspiré un ouvrage d'ensemble, le meilleur qui ait été écrit jus- 
qu'ici sur l'histoire des cartes (i). 

La reliure dont les plats contenaient nos quatre fragments apparte- 
nait à un petit Virgile in-32, imprimé en 1625 (2) : elle est évidemment 
contemporaine de l'édition, d'où il ressort que nos cartes ne peuvent 
être postérieures au commencement du xvii* siècle. Lelir style, d'ail- 
leurs, caractérise l'époque où les cartiers n'avaient pas encore introduit 
dans les costumes des figures ces capricieux ornements qui font recon- 
naître les cartes de la fin du règne de Louis XIII et qui marquent le 
retour vers le type originaire du jeu de piquet dit de Charles VII (3). 

Le style de nos spécimens est pur, malgré l'archaïsme évident des 
têtes; le talent souple et ferme à la fois du xylographe a donné aux 
poses des personnages une hardiesse peu commune dans les produc- 
tions du même genre, comme celles de Robert Passerel et de Jean Volay , 
cartiers sous Henri IV (4). Cependant nos cartes ont une certaine ana- 



(I) Facts and speculatioas on tbe ongia and bistory of playing cards, by W. Andrew Chatto ; 
Londres, 1848, in-8. 

(3] Bien que le titre porte M.DC.XXVIII, l'ouvrage a été imprimé en 1635, comme l'indi- 
que la marque de l'imprimeur à la fin du volume. — Cf. Histoire de Sedan, par l'abbé Péri- 
gnon; Charleville, i856, 3 vol. in-8, t. II, p. 536. 

(3) Ce jeu est exposé dans la salle d'entrée du Cabinet des estampes de la Bibliothèque na- 
tionale. 

(4} Voir les spécimens réunis à la Bibliothèque nationale en 4 volumes sous le n* K 34. — 
Voir aussi : Jeux de cartes du xiv* au xviii* siècle représentés en 100 planches, publiés par la 
Société des bibliophiles; Paris, 1844, in-fbl. 



CARTES NtMÉRALES A JOUER 



2b 




|i^Cl— 1-lI^^t 



5aîï5âs?^v2<,- 




26 



REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES 



logîe avec un des jeux édités, sous Lx>uis XIII, par François Delettre : 
c'est en effet le seul jeu où nous ayons rencontré les r6is à cheval. D^ail- 
leurs les types sont arbitraires jusqu'à Tadoption, au milieu du xvii* siè- 
cle, du type traditionnel de Charles VII. 

La dénomination des personnages n'est pas plus déterminée, tellement 
que les rois s'appellent tantôt Auguste, Salomon, Clovis, Constantin, 
tantôt Alexandre, Cirus maior, Ninus, Jules César. Les rois à cheval 
portent les noms de Priam , Menelaus , Annlbal et Scipion. CTest 
dans ces derniers noms qu'il faut sans doute chercher ceux des rois à 
cheval que montrent nos spécimens. 

Nos cartes n'ont pas reçu d'enluminure. Cétait cette dernière opéra- 
tion qui ajoutait aux cartes leurs signes distinctifs. Le xylographe avait 
soin de marquer par un point la place où l'enlumineur devait mettre la 
couleur. Ces points peuvent s'apercevoir encore sur nos spécimens (i). 

Le revers losange de nos 
>^* îW ^l^ï^'ïî^^^A cartes, dont nous donnons un 

^•^V. ^i^-<^^ïT^Jy^ fac-similé, a de grandes analo- 
gies avec celui que présentent 
les cartes du xvi* siècle. Celles 
émises par Jean Hemau,* d'É- 
pinal, ont le même motif, mais 
encadré par des polygones. 

Le Virgile où nous avons 
trouvé ces fragments est celui 
que le célèbre imprimeur se- 
danais, Jean Jannon, donna comme premier ess^i du caractère qu'il 
avait gravé et fondu lui-même et qui prit le nom de petite sedanaise (2). 
Il est probable que lAN MAVO (Jean Mavo), dont le nom était resté 
inconnu, fut cartier dans la ville même où fut imprimé et relié le Vir- 
gile de Jannon. C'est ce que semblent indiquer Tétat incomplet des car- 
tes et la légende qui, placée au-dessous du roi de cœur, pourrait laisser 
reconnaître la partie supérieure des lettres formant le nom de Sedan. 




(1) Cet uMge, qui avait l'inconvénient de laisser paraître le point sous la transparence des 
couleurs rouges, fut at>andonné par les xylographes des le milieu du xvii* siècle. 

(2) Publii Virgilii Maronis... opéra indubitata omuia, édition donnOe par Jacques Pontanus; 
Seian, 1628, in-32. 



CHARLOTTE DES ESSARS 27 



CHARLOTTE DES ESSARS 

1 586-1 65 1 



Charlotte des Essars, fille de François des Essars, seigneur de Sautour, 
lieutenant du roi en Champagne, qui avait été tué à Troyes, le 17 sep- 
tembre 1 590, et de Charlotte de Harlai, fut présentée à la cour de France. 
Elle plut à Henri IV, qui en fit sa maîtresse. Elle eut de ce prince deux 
filles, Jeanne-Baptiste de Bourbon, abbesse de Fontevrault, en 1639, 
morte le 16 janvier 1670, et Marie-Henriette de Bourbon, abbesse de 
Chelles, en 1627, morte le 10 février 1629. 

Sous Lx>uis XIII, Charlotte des Essars recevait une pension pour l'en- 
tretien de ses filles. Elle portait alors le titre de dame de Romorantin, 
que lui avait conféré Henri IV par le don de la terre de ce nom. Le 
8 janvier 161 2, Louis XIII accorde i5,ooo livres à ses sœurs naturelles, 
les demoiselles de Romorantin (i). Voici le commencement de Tacte : 

Louis, par la grâce de Dieu Roy. de France et de Navarre, à 
noz amez et féaulx les gens de nos comptes à Paris, salut. Sça- 
voir faisons que desirans gratiffier en tout ce qu'il nous sera 
possible nos sœurs naturelles les demoiselles de Romorantin et 
pour subvenir à leur entretien, à icelles pour tes causes et autres 
considérations à ce nous mouvans avons faict et faisons don par 
ces présentes signées de nostre main de la somme de quinze 
mille livres tournois à prendre sur les deniers tant ordinaires 
qu'extraordinaires de nostre espargne de la présente année, etc. 

Le 12 février 1622, Charlotte des Essars reçoit 12,000 livres pour 

<ij Collection PécarJ. 



28 REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES 

payer les dettes de ses filles. Voici la teneur du reçu, qui fait partie du 
cabinet de feu M. Pécard : 

Nous Charlotte Des Essars, dame de Romorantin, confessons 
avoir receu comptant de M« Raymon Phelypeaux, sieur de Her- 
bault, conseiller du Roy en son conseil d'estat et trésorier de son 
espargne^ la somme de douze mil livres à nous ordonnée par 
Sa Majesté pour employer à Tacquiaement des debtes de Mes- 
demoiselles de Romorantin, sœurs naturelles de sadiae Majesté. 
De laquelle somme de XII^ livres nous nous tenons pour con- 
tente et bien payée, et en avons quicté et quictons ledit sieur de 
Herbault^ trésorier de Tespargne susdit, et tous autres, tesmoing 
nostre seing manuel cy mis le XII* jour de febvrier MVI^ vingt 
deux. 






Comme on le voit, Charlotte orthographiait mal son nom. 

Après la mort de Henri IV, Charlotte des Elssars devint secrètement^ 
si Ton en croit la chronique scandaleuse dutemps, la femme légitime de 
Louis de Lorraine, cardinal de Guise. Elle en eut trois fils et deux filles 
dont les enfants, se fondant sur ce prétendu mariage, aspirèrent, mais 
sans succès, à la succession des Guises. 

Le cardinal de Guise étant mort (21 juin 1621), Charlotte épousa, 
en i63o François de L'Hospital, seigneur du Hallier, qui devint maréchal 
de France. Elle se jeta dans des intrigues de cour qui lui valurent d'être 
exilée. Elle mourut sans postérité légitime, le 8 juillet i65i. En elle 
s'éteignit la famille des Essars, qui compta parmi ses membres le célèbre 
et malheureux surintendant des finances, Pierre des Essars, décapité 
en 1413. 



^ Mut/y cuijfr%/. 






''^^^^ /^TX^nu:^. 



K^^^yl^iy^X^ . 




\fia tim,lu4*. y, 



GIOVANNI-BAPTISTA MARINO 29 



GIOVANNI-BAPTISTA MARINO 

î56q-i625 



Jean-Baptiste Marino (i), né à Naples le 18 octobre iSôç^ fils d'an 
jurisconsulte, délaissa de bonne heure Tétude du droit pour se livrer à 
la poésie. Cette vocation lui valut (Fêtre chassé de ki maison paternelle. 
Il se rendit alors à Rome, où il eut pour protecteur le cardinal Aldo- 
brandini qu'il suivit alors à Ravenne et à Turin. Dans cette dernière 
ville, il s'illustra par sa polémique avec le poëte Gaspar M-urtola, jaloux 
de ce que Marino venait d'être nommé secrétaire du duc de Savoie. Ce 
fut une guerre de sonnets, où Marino fut vainqueur, car il accabla son 
adversaire d'une Murtoléide composée de quatre^vii^-iw sonnets^ 
tandis que Murtola ne put riposter qu'avec une Marinéide qui n'avait 
que trente sonnets. 

Au commencement de l'année 161 5, Marino se rendit à Paris sur l'in- 
vitation de son compatriote Concino, alors marquis d^Ancre. Il devint 
tout d'abord le poëte feivori de la cour de France, où il ne fut connu 
que sous le nom, resté célèbre, de cavalier Marin, D'une habileté et (f une 
finesse remarquables, il sut flatter à propos et obtenir des pensions : il 
se moquait spirituellement de ses protecteurs, témoin le tour qu'il joua, 
à Concino. 

A la suite de la première audience accordée par le maréchal d'Ancre & 
Marino, le premier dit en français au poëte d'aller toucher 5oo écus d'or 
au soleil chez son trésorier. Marino ne manqua pas d'obéir à cette invi- 
tation, mais il demanda 1,000 écus et les ootint. Peu après, le maréchal^ 
rencontrant Marino, s'écria en italien : « Diable, mon cher cavalier, 
vous êtes bien Napolitain ! On vous donne 5oo écus, et vous vous en 



(i) Le cavalier Marin se nommait Marino, mais il se laissait appeler Marini, tout en oon-' 
âniunt à signer de son véritable nom, ainsi que le démontre la pièce que nous pobliops ei 
fac-shnile; De même Ifi maréchAl d'Ancre, que kt actes nomneot Conciiio Coudait ûffmit 
Concino. -> Notons que tous les livres du cavalier Marin portent Marino, 



3o REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES 

Eûtes payer i ,000 ! — Excellence, répliqua le rusé po6te, Votre Altesse 
est heureuse que je n*aie pas entendu 3, 000. Je ne comprends pas le 
français. » (1) 

Mariho était le roi des réunions de Thôtel de Rambouillet. Il fit des 
vers à la louange du maréchal d'Ancre et de sa femme, de la reine Marie 
de Médicis et de Lx>uis XIII. Aussi les événements politiques ne lui 
firent-ils perdre ni sa £aiveur ni ses pensions. Nous publions en £aic-si- 
mile un reçu que donne le cavalier Marin de la pension qu'il recevait 
de Loub XIII, auquel il dédia trois ans plus tard son poëme d'Adone, 
On voit, par cet intéressant document qui fait partie de la collection 
Pécard, que le po€te italien avait su obtenir de la faveur royale une 
pension annuelle de 3, 600 livres. 

Je Jean-Baptiste Mariny confesse avoir receu comptant de 
M* Vincent Bouhier, sieur de Beaumarchais, conseiller du Roy 
en son conseil d^estat, trésorier de son espargne, la somme de 
neuf cens livres à moy ordonnée par ledit sieur pour la pention 
quUl plaist à Sa Majesté me donner durant le quartier d'avril, 
may et juing de la présente année, qui est à raison de III^VI^'- 
par an. De laquelle somme de IX^^ Je me tiens pour content et 
bien payé et en ay quitté et quitte ledit sieur de Beaumarchais, 
trésorier de Tespargne susdit, et tous autres. Faict le septiesme 
jour d'aoust mil six cens vingtz. 

Quietanza délia somma di nonecento livre per lo quartier 
d'aprile, maggio et guigno deir anno 1620 de mia pentione. 

Il Cav. Gio. B* Marino. 

Marino quitta la France en 1622: il retourna à Rome, et de la à 
Naples, où on lui fit la plus magnifique réception (12 juin 1624). De 
Targent qu'il avait su se faire donner à la cour de France, il sVtait fait 
bâtir un palais sur le Pausilippe, en face du tombeau de Virgile. Cest 
dans cette demeure princière qu'il mourut le 25 mars 1625. Ses funé- 
railles fiirent célébrées à Naples et à Rome avec une pompe extraordi- 
naire, et on dressa au poëte une statue, non loin de celle de Virgile. 



(I) Voir la curieuBc étude de M. PhiUrète Chastes sur Marino dans ses Etudes sur l'Espa- 
gne, p. 2S9 et suiv. 



FRANCESCO PRIMADICCIO 3l 



FRANCESCO PRIMADICCIO 

I 504- 1570 



On a peu de renseignements sur la vie de Francesco Primadiccio, que 
la postérité a nommé le Primatice, La date de sa naissance ne nous est 
connue que par le testament publié par le docteur Gaye (i). Quant aux 
détails de la vie du grand peintre, les biographes s'étaient bornés à répéter 
ce que Vasari avait dit, jusqu'à ce que le marquis de Laborde ait donné 
les précieux renseignements que contient son beau travail sur la Re- 
naissance des arts à la cour de France (2). Dans les comptes des bâti- 
ments qui sont publiés dans ce livre, Primadiccio est souvent cité. Nous 
y trouvons aussi les lettres de François II, du 12 juillet iSSg, qui con- 
fèrent à cet artiste la surintendance des bâtiments, aux appointements 
de 1 ,200 livres par an (3). Voici un fragment de ce document, dont la 
teneur mérite d'être rappelée ici : 



François, par la grâce de Dieu, Roy de France, . 



. . Sçavoir faisons que nous, à plain confians de la personne de 
nostre amé et féal conseiller et ausmonier ordinaire, maistre 
François Primadici de BouUongne en Italie, abbé de Saint 
Martin de Troyes^ icelluy, pour ces causes, avons commis par 
ces présentes, pour vacquer et entendre, tant à la Visitation des 
ouvrages et réparations qui seront nécessaires estre faites en 



(1) Carteggio inedito d'artisti dei secoli xiv, xv, zvi, pubblicato ed illastrato con documenti 
pnre inediti dal Dott. Giovanni Gaye, con fac »imile; Firenze, Molini, 1840, 3 vol. in-4. 

(2) Paris, i85i, 2 vol. in-8. 

(3) Le marquis de Laborde. p. 457* 



32 REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES 

tous nosdits bastimens, que de la conduitte de tous ceux que 
pourions faire et construire par cy après, hors mis celluy de nostre 
château du Louvre, faire parachever la sépulture dudit feu Roy 
François nostre ayeul, conclure et arrester avec les maçons et 
autres ouvriers, et générallement de faire et ordonner en cestc 
présente charge et commission de nosdits bastimens, tout, ainsy 
et en la propre forme et manière que ont cy devant fait et or- 
donné maistres Philbert de Lorme, abbé d'Ivry, et Jean de 
Lorme, son frère, du vivant de nostre dit feu seigneur et père, 
lesquels pour aucunes causes et considérations, à ce nous mou- 
vans, nous avons deschargé et deschargeons de ladite charge et 
commission 

L'abbé Tisserand, d'autre part, a compulsé les .registres des baptêmes 
des paroisses des communes d'Avon et de Fontainebleau. Il a trouvé 
dix actes où Primadiccio figure comme parrain, et il a consigné le ré- 
sultat de ses recherches dans le Bulletin du Comité de la langue^ de l'his- 
toire et des arts de la France (t. II, p. 252 et suiv.}. 

Nous avons signalé le testament de Primadiccio, dont nous aurons à 
reparler; il nous reste à mentionner une pièce émanant de Primadiccio, 
datée du 5 décembre i567, où il ordonne à Guillaume Le Jars, «commis 
par le Roy à tenir le compte et faire le payement des œuvres, édifices et 
bastimens de Sa Majesté », de payer à Louis Lerambert le jeune, tailleur 
de pierres, 45 livres tournois « pour son payement d'avoir, de nostre 
ordonnance, vacqué et taillé plussieurs colonnes, bases, chapiteaux et 
aultres pièces de marbre, pour servir à la sépulture du feu roy Henry, 
dernier décédé, pendant les moys de décembre, janvier et febvrier der- 
nier passez, à raison de i5 livres tournois par moy ». 

Cette pièce, dont l'original est dans la collection de M. Jules Boilly, a 
été publiée dans les Archives de V art français (t. III, p. 196). 

Nous venons ajouter un nouveau document à ceux déjà connus, car 
nous avons trouvé dans la collection Villenave, conservée par M** Mé- 
lanie Waldor, une quittance signée par Primadiccio. Cest cette pièce 
que nous publions ici et que nous reproduisons en fac-similé. 

Nous François de Primadis, dict Bologne, conseiller et au- 
mosnier du Roy et commissaire général des bastiments et cdif- 







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FRANCESCO PRIMADICCIO 33 

fices dudit seigneur, confessons avoir eu et receu comptant de 
M*» Alain Veau, aussi conseiller d'icellui seigneur, receveur gé- 
néral de ses finances à Paris, et par Sa Majesté commis à tenir 
le compte des despenses tant de ses bastimens et ediffices de 
Fontainebleau, S' Germain et BouUongne, que de la sépulture 
du feu Roy Henry que Dieu absolve, la somme de deux cens li- 
vres tournois pour nostre estât et entretenement en ladite charge 
durant les mois de juillet et aoust derniers passez, qui est à rai- 
son de XII^ 1. t. par an. De laquelle somme de 11^ 1. t. 
nous tenons content et bien payé et en avons quitté et quittons 
ledit Veau, receveur général susdit, et tous autres. En tesmoing 
de quoy nous avons signé la présente de nostre seing manuel 
et faîct sceller du scel de noz armes le deux™* jour de septembre 
lan mil cinq cens soixante neuf. 

Bologne. 
Derrière la pièce on lit : 

Pour servir de quictance à Mons** le receveur Veau, conseillier 
du Roy et par luy commis au payement de la despence des bas- 
timents de Fontbleau (Fontainebleau), S^ Germain en Laye, 
et la sépulture, de la somme de deux cens livres tournois à moy 
deue à cause de mon estât de commissaire général desdits bas- 
timens pour les moys de juillet et aoust derniers passez. Faict 
le deux™*» jour de septembre Tan mil cinq cens soixante neuf. 

La signature de cet acte est digne d'attention. Francesco Primadiccio 
signe Bologne, Cest en effet sous ce surnom, emprunté à sa ville natale, 
que le grand peintre était connu au XVV siècle. Nous avons recherché 
les diverses manières dont le nom de Primadiccio est écrit dans les actes 
délivrés en France, et nous avons vu que la plus fréquente est celle-ci : 

Francisque Primadicis, dit de Boullongne (i). 



(i) Le marquis de Laborde, p. 478. Nous avons trouvé aussi François Primadicis de 
Boullongne (p. 534J. -^ Dans un registre de la chambre aux deniers de 1484 à ibSj (BibL 
TOME I. 5 



34 REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES 

L^acte que possède M. Boilly est également signé BolognCf et les mo- 
nogrammes que les graveurs des dessins et peintures de Primadiccio ont 
mis sur leurs planches portent : F. Bologne pinxit^ ou FRANCISCVS 
BOL. IN VENT. (i). 

Dans le testament, fait à Saint-Germain-en-Laye le 20 février 1 562, 
Primadiccio parle en ces termes (2) : 

Noi Francesco Primadiccio, figliolo giàdi Giov. Primadiccio, 
abbate, comendattario de Santo Martino di Troia di Franza, 
consigliero, elimossinario, et comissario générale de tutte le 
fabriche dei Re di Franza, cittadinp de Bologna de Ittaglia, in 
ettà mia de cinquanta otto anni, sano et di ianimo et del corpo 
et parimente délia mente, considerando essere mortale, e che 
egli è bene a dare hordine agli eredi miei mentre che îo sono 
sano et non impedito da altre occupatione, ho voluto de mia 
propria mano scrivere il mio testamento et hordinare le cose 
mie come seguita 

La pièce porte la signature suivante : 

Io Francesco Primadiccio abbate de santo Martino mano 
propria. 

Le docteur Gaye a donné le fac-similé de cette signature qui nous 
fournit le véritable nom du peintre du château de Fontainebleau. Pour- 
quoi Primadiccio a-t-il été transformé en Primatice ? Cest une question 
difficile à résoudre, car Vasari, contemporain de Primadiccio, le nomme 
déjà Primatice et dit quUl appartenait à la noble Êimille des Primaticciy 
si vantée par Leandro Alberti et par le Pontano (3). Mais cet ancien 
témoignage ne saurait remporter sur Fautorité du testament et des actes 
authentiques, qui portent tous Primadiccio ou Primadicis ou Primadis, 

natfMss. fr. 4523] Primadiccio est mentionné en ces termes : • Francisque Primadicy, painctre, 
dict Boloigne. • — Dans les registres d'Aron le nom est parfois ainsi abrégé : François Pritne 
ou Pryme, Enfin Primadiccio est, dans quelques actes, désigné seulement par sa qualité d'abbé 
de Saint-Martin. 

(I) Le Primatice par M. H. Delabordc, dans l'Histoire des peintres de Charles Blanc. 

(3) Gaye, Carteggio inedito d'artisti, t HI, p. 552. —L'original de ce précieux document 
fist dans les archives de la fiibrique de Saint-Pétrone, à Bologne, lib. XLIII, 39. 

|3) Vies des peintres, trad. par L» Leclanché; Paris, Teiâsier, 1838-42, t. IX, p. ijgetsuiv. 



CATHELINEAU, LESCURE & LA ROCHEJAQUELEIN 33 



CATHELINEAU 
LESCURE & LA ROCHEJAQUELEIN 

1793 



Le céUbre généralissime vendéen Jacques Cathelineau, bien que simple 
voiturier et dépourvu d'éducation, savait lire et écrire. Néanmoins ses 
autographes sont extrêmement rares. On ne gardait guère des papiers 
qui étaient d'une nature si compromettante, et nous n'avons de la pé- 
riode de la guerre de la Vendée que les documents saisis et conservés 
comme pièces de conviction. Le conventionnel Goupilleau de Montaigu 
avait arraché à la destruction une partie des archives de Fétat-major 
vendéen. Cest de là que vient Tordre de Cathelineau que nous publions 
en fac-similé. Cette pièce est de peu postérieure au soulèvement du 
Bocage. Elle est datée de la petite ville de Chemillé, que Cathelineau 
avait occupée, le 12 mars 1793, avec deux cents paysans de Saint-Flo- 
rent-le- Vieil et de La Poitevinière. Le futur généralissime s'intitule déjà 
commandant de l'armée catholique, La victoire de Chollet (14 mars) et 
l'afi^re de Vihiers (16 mars) lui avaient permis de se constituer déjà 
une petite armée. 

Voici le texte du document : 

Le 2 avril 1 793 nous commandant de larmée catolique per- 
mettont au dit Vencent Prudant quil à sa liberté en se présen- 
tant tous les jours au commité de GiemiUier. 

Cathelineau. 
Veu le 2 avril 1793. 

Denay 

membre. 



36 REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES 

Ce Vincent Prudent (?) était sans doute un des bleus pris dans les 
derniers combats. 

La collection Goupilleau nous fournit une autre pièce qui porte la 
signature de deux chefs vendéens fort célèbres, Lescure et La Roche- 
jaquelein. Cest un ordre concernant des prisonniers républicains. Les 
documents de cette nature présentent un grand intérêt et par leur 
teneur et par les noms des signataires. 

Les prisonniers resteront à La Flocelière et les paroisses voi- 
sines fourniront à leur subsistance conjointement avec celle de 
La Flocelière selon leurs moyens. Les conseils provisoires se 
concerteront entre eux à cet effet. 

A La Boulaye ce 8 juillet 1 793. 

• Desessarts. 

Lescure. 

De La Rochejaquelein. 

Les ordres cy dessus ont été remis à Messieurs du Conseil 
provisoire de La Flocellière, avec offre de contribuer à la sub- 
sistance des prisonniers sellon nos moyens. A La Flocellière 

ce 9 juillet 1793. 

Brondy. 

Derrière la pièce se trouve la mention suivante, d'une écriture et 
d'une orthographe irrégulières : 

De par le roy et de messieurs les chefs de larmée royalle et 
catholique il est enjoint au bourgeois de la paroisse des Epésses 
de recevoir chez eux et gardez dans un lieu de sûreté soixante 
deux prisonniers de Tarmée du Nort aux quels il sera fourny la 
subsistance nessaissaire. Fait à la paroisse de la Flocellière par 
lecapitainne commandant le détachement de Chatillion ce 8 juil- 
lette 1793, Tan premier du règne de Louis 17. 

Signé Frigard com*^^ le détachement. 



JACQUES DE HOEY 3 7 



JACQUES DE HOEY 



Le nom de Hoey est célèbre dans Fhistoire de Fart au xvi* et au 
xvu* siècle. Deux peintres de ce nom, Jean, né en i345, mort en 161 5, 
et son fils Claude, né en i585, mort en 1660, ont travaillé aux décora- 
tions de Fontainebleau. Un troisième artiste, sans doute de la même 
famille, est cité dans les comptes publiés par le marquis de Laborde (i), 
mais sa vie et ses ouvrages sont presque inconnus. Il est qualifié de 
« peintre ordinaire du Roi », puis de a peintre et garde des tableaux et 
peintures du Louvre ». La pièce que nous publions mentionne deux 
des tableaux de cet artiste, dont le nom est à tort orthographié Doué, 
Elle fait partie de la collection Pécard. 

En la présence de moy (2) conseiller, notaire et secrétaire du 
Roy, Jacques Doué, Tung des peintres dudit s** et ayant la 
charge de ses peintures du Lcpuvre, a confessé avoir receu 
comptant de M« Raymon Phelypeaux, s** de Herbault, conseil- 
ler du Roy en son conseil destat et trésorier de son espargne, 
la somme de trois cens livres à luy ordonnée par ledit s*- pour 
son payement de deux tableaux quil a fourniz à Sa Majesté, 
Tung du Sépulchre de Nostre Seigneur, et lautre de l'entrée 
faicte par sadite Majesté en la ville de Nantes, peinctz sur 

(i) La Renaissance des arts à la cour de France, p. 254. Voici les mentions : 

• A Jacques Dhoey, peintre ordinaire du Roy, pour iii|^ armoiries, tant grandes que 

petites >. — • Jacques Doué, peintre et garde des tableaux et peintures du Louvre, pention 

400 livres. • 
(2) Le nom esi resté en blanc. 



38 



REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES 



cuivre, de laquelle dite somme de trois cens livres ledit Doué 
s'est tenu content et bien payé et en quicte ledit s^ Phelypeaux, 
trésorier de Tespargne susdite, et tous autres. Tesmoing mon 
seing manuel cy mis le XX« jour de mars mil six cens quinze. 




• Un des tableaux de Jacques de Hoey représentait, comme nous l'ap- 
prend notre pièce, l'entrée de Louis XIII à Nantes. Cest en 1614, le 
18 août (i), que Louis XIII, accompagné de Marie de Médicis, fit son en- 
trée dans cette ville où on lui avaitpréparé une réception magnifique (2). 
Le voyage du Roi en Bretagne était nécessité par la rébellion de César 
de Vendôme, le fils naturel de Henri IV. Nous ignorons si ce tableau, 
qui était peint sur cuivre et vraisemblablement destiné à la ville de Nan- 
tes, a été conservé. 



(i) Cette date nous est fournie par une lettre de Marie de Médicis au parlement de Dijon, 
écrite à Angers, le 10 août 16 14, et où elle dit que le Roi tiendra les Éuu à Nantes le 18 août 
(Cette pièce fait partie de la collection Pécard.) 

(2) Histoire de Nantes par le D' Guépin, p. 307. 



CONCINO & LEONORA DORI 3(.) 



CONCINO & LEONORA DORI 



Leonora Dori-Galigaï, sœur de lait de Marie de Médicis, avait ac- 
compagné cette princesse en France lorsqu'elle y vint pour épouser 
Henri IV. Favorite de la nouvelle reine, elle n'employa pas son crédit à 
former un établissement avec un seigneur français. Elle tourna ses vues 
sur un gentilhomme florentin de bonne naissance, mais de petite for- 
tune, qui s'était, comme elle, attaché à Marie de Médicis. Goncino 
Concini devint, par contrat du 12 juillet 1 601, le mari de Leonora, et il 
fut gratifié de la charge de premier maître d'hôtel de la Reine. Cette 
dernière donna aux nouveaux époux une dot de 70,000 livres tournois. 
Cette somme ne fut payée qu'en i6o5, ainsi que le témoigne l'acte sui- 
vant dont l'original est sous nos yeux et qui donne quittance pleine et 
entière de ladite dot. Cette pièce porte les signatures de Concino et de 
sa femme. 

Furent présens en leurs personnes le s»* Concino Concini, 
conseiller et premier m* d'hostel de la Royne, et dame Eléonor 
Dory, dame d'atour de Sa Majesté, sa femme, de luy auctori- 
sée pour avecq luy faire et passer le contenu en ces présentes, 
estans de présent en ceste ville de Paris logés au chasteau du 
Louvre, lesquelzont recongnu et confessé avoir eu et reçu comp- 
tant de très haulte, très puissante et très illustre princesse Marye, 
par la grâce de Dieu Royne de France et de Navarre, par les 
mains de noble homme M« Fleurant d'Argouges, conseiller et 
trésorier général des maison et finances de ladite dame royne, à 
ce présent, la somme de treize mil trois cens trente trois escus ung 



40 REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES * 

tiers d'une part, et dix mil escus d'autre, montansles dîtes deux 
sommes ensemble a vingt trois mil trois cens trente trois escus 
ung tiers évatluez en livres tournois suyvant l'ordonnance à 
soixante dix mil livres tournois, laquelle somme ladite dame 
Royne auroit promis bailler et donner ausdits s** et dame Con- 
cini en faveur de leur mariage, selon et pour les causes mention- 
nées au contract de leur dit mariage fait et passé par devant Fer- 
rant, notaire et tabellion royal à Saint Germain en Laye le 
jeudy douziesme jour de Juillet MVI^ ung, de laquelle somme 
de soixante dix mil livres lesdits s»* et dame Concini se sont te- 
nus et tiennent pour contans et ont quicté et quictent ladite 
dame Royne, ledit d'Argouges et tous autres, et partant ont 
iceux s^ et dame Concini consenty et accordé, consentent et ac- 
cordent par ces présentes que sur la grosse et mynutte origi- 
nalle dudit contraa de mariage soit escript et faict mention en 
substance dudit paiement en vertu des présentes, sans que leur 
présence y soit requise, à la charge que lesdits escripts et les- 
dites présentes ne serviront que d'un seul et mesme acquia, 
promesse et obligation. Faict et passé audit chasteau du Louvre 
le quatorziesme jour de décembre après midy l'an mil six cens 
cinq et ont signé. 








Outre les signatures dont nous donnons le fac-similé , Pacte porte 
celles de D'Argouges, De Brignot et Turgis. 



CONCfNO & LKOXORA DORI 41 



Ce ne fut qu'après la mort de Heûri IV que Concino et sa femme 
jouirent d'un crédit considérable. Le gentilhomme florentin devint 
marquis d'Ancre et maréchal de France. Cest sous ce nom et en cette 
qualité que nous le retrouvons dans une lettre adressée, le 20 mars 1617, 
à Tévéque de Luçon qui devait devenir plus tard le cardinal de Riche- 
lieu (i). La guerre était alors déclarée aux princes qui s'étaient révoltés 
contre l'autorité royale et surtout contre la puissance extraordinaire 
du favori de Marie de Médicis. Le maréchal d'Ancre leva, à ses frais, en 
Belgique, des Liégeois pour former un corps d'armée destiné à renforcer 
l'armée confiée au comte d'Auvergne, fils naturel de Charles IX. Dans 
la crainte que ces troupes étrangères fussent inquiétées lors de leur 
entrée sur le territoire français, il se hâta d'aller au-devant des Liégeois. 
Cest dans ces circonstances qu*il écrivit de Bresles, non loin de Beau- 
vais, la lettre suivante à Richelieu (a), afin de l'Informer de ses projets. 

Monsieur, les advis que j'ay eus de divers endrdctz et par- 
ticulièrement de Monsieur le Comte d'Auvergne que les enne- 
mis avoient desseing d'attaquer les Liégeois passantzpar la Pi- 
cardie m'ont obligé de les devancer avec mes trouppes pour les 
espauUer et les conduire en seuretté auprès de mondit sieur le 
comte d'Auvergne où je croy que sa Ma** en aura besoing, 
bien que vous m'ayés escrît de me rendre au Pont S** Maîxance. 
Je pars donc présentem* de ce Ueu et m'achemine à Breteuil 
pour joindre les dits Liégeois, mais au paravant j'ay envoyé 
vers Monsieur de Longueville img gentilhomme pour l'advertir 
de la nécessité de mon arrivée en Picardie. Ce sera à vous 
maintenant à me mander si Sa Ma*^ auroit changé de desseing 
devant que que je m'engage plus avant au passage de la rivière 
d'Oize et seroit besoing de m'en advertir de bonne heure. Ce 
voiage que je fays est cause que je ne me suis pas trouvé au 
rendez vous au jour que javois promis, ce que j'eusse faict au- 



(1) Voici la suscription di la lettre : • A Monsieur, Monsieur TEvcsque de Lusson, conseiller 
au conseil privé du Roy et secrétaire de sa commandements. • 

(2) Cette lettre fait partie de la collection Pécord. La signature et le compliment sont seuls dj 
In main du maréchal. 

TOME I. <^ 



42 



REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES 



jourd^huy sans faulte. Je vous baise humblem^ les mains et vous 
supplie me conserver vos bonnes grâces et vous assurer que je 
suis, 

Monsieur, 




Bresle, ce 3o-« mars 1617. 

Cette lettre est de peu antérieure à la mort tragique du maréchal 
d'Ancre, mort qui termina subitement la guerre entreprise par les grands 
seigneurs de la cour de Louis XIII (24 avril 16 17). 

Une quittance, que nous empruntons aussi à la collection Pécard, 
nous permet de donner une idée des avantages matériels que la Êiveur 
royale valait â Concino. 

Nous Concino Concinî Mareschal de France et premier gen- 
tilhomme de la chambre du Roy, confessons avoir receu comp- 
tant de M* Jehan Herouard, Conseiller du Roy et trésorier de 
sa maison, la somme dehuia cens soixante quinze livres a nous 
ordonnée par nos gaiges a cause de nostredicte charge durant le 
quartier de juillet de la présente année MVI^ seize; de laquelle 
somme de huict cens soixante quinze livres nous tenons contens 
bien payez et en quictons le dia Herouard et tous aultres. 
Tesmoing nostre seing manuel cy mis le dernier septembre 
MVI^ seize. 

Le Mar*^ d'Ancre. 



JEAN d'oRLÉANS, comte DE DUNOIS 43 



JEAN D^ORLEANS, COMTE DE DUNOIS 

DIT LE BATARD D'ORLÉANS 



Nous possédons le reçu suivant que donne le bâtard d'Orléans de la 
pension que son frère Charles, duc d'Orléans, alors prisonnier en An- 
gleterre, lui disait tenir pour subvenir à ses dépenses. 

Saichent tuit que Nous Jehan, Bastart d^Orléans, confessons 
avoir eu et receu de Pierre Renier, trésorier général de Mons. le 
duc d'Orléans, nostre frère, la somme de deux cens livres tour- 
nois, laquelle mondit seigneur le duc nostre frère, par Tadvis 
et délibéracion des gens de son conseil et par ses lettres données 
le XI« jour de ce présent moys, nous a ordonnée et fait bailler 
et délivrer par sondit trésorier par manière de provision pour 
supporter les frais et despens qu'il nous a convenu et convient 
faire de jour en jour pour soustenir nostre estât et autrement pour 
faire nostre plaisir et voulenté, si comme il appert par les dictes 
lettres, de laquelle somme de 11^ livres tournois dessus dicte nous 
nous tenons pour contans et bien paiez, et en quictons mon dit 
seigneur le duc d'Orléans nostre frère, son dit trésorier et tous 
autres. Tesmoing nostre sceletseingmanuel cy mis le XXIIII"* 
jour du moys d'avril l'an mil CCCC et vint ung après pasques. 



^>&7i^^c^ 



%otQéi;^%â^ 



REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES 



SAINT VINCENT DE PAUL 

ET 

MADEMOISELLE LE GRAS 



Une des principales œuvres de Saint Vincent de Paul fiit rétablisse- 
ment des missions dans ce paya qu'on appelait, au XVII* siècle, la Barbarie 
et qui forme aujourd'hui la Tunisie et l'Algérie. Dès 1645 il y eut une 
mission à Tunis, et, un an plus tard, Vincent de Paul envoya à Alger 
deux de ses disciples, Noueli, jeune prêtre genevois, et le frère Jean Bar- 
reau, qui devait exercer les fonctions de consul (i). Barreau s'empressa 
d'informer Vincent de Paul de son arrivée à Alger. Celui-ci lui répondit 
aussitôt en lui donnant de sages conseib. Cette lettre dont l'original 
est actuellement entre nos mains, a été connue de Louis Abelly, évêque 
de Rodez, qui a publié en 1664 le premier livre sur la vie de Vincent 
de Paul (2). Il a même donné de cette pièce un passage peu important qui 
n'est pas parfaitement conforme au texte original (3). Pierre Collet (4) 



(1) Saiot Viocent de Pial, sa vie, son temps, ses œuvres, son Inflnence, par Tabbé MaynanI, 
chanoina honorairo da Poiiiors; Paris, A. Bray, t86o. 4 vol. in-8, 1 1, p. 294. 

(2) La vie da vénérable serviteur de Dieu Vincent de Paul, instituteur et premier supérieur 
de la congrégation de la Mission, divisée en trois livres, par Messire Louis Abelly, évesque 
de Rodef ; Parb, Florentin Lambart, 1664, in-4. 

(3) • L'aae de vostre entreprise est l'intention de la pure gloire de Dieu; Testât continuel 
dliumiliation intérieure, n'en pouvant pas beaucoup faire d'extérieures, et la soumission du 
ittgaoMiit et de la volonlé an Prestre de la Mission qui vous sera donné pour conseil, ne faisant 
rien sans luy communiquer, si vous n'estes obligé d'agir et de répondre sur le champ. lesus- 
Christ e»toit le Souverain Seigneur, et de la Sainte Vierge, et de Saint loseph ; et néanmoins 
pendant qu'il a demeuré avec eux, il ne fiiisoit rien que de leurs suis ; c'est ce mystère que ie 
vous exhorte d'honoKr d'vne manière particulière , afin qu'il plaise i Dieu de vous con- 
duire et assister dans cet eniploy, auquel sa providence vous a destiné. > (Abelly, livre second, 
p. i)6; Collet, t. IV. p. i8o; Maj-nard, t. I, p. 3o6.) 

(4) Vie complète de saint Vincent de Paul, par M. G)llet; Paris, Dcmonville, 1818, 4 vol. 
in-8. — La première édition de ce livre est de 1748. 



SAINT VINCENT DE PAUL 



et Tabbé Maynard ont cité ce même fragment, mais aucun d'eux n'a eu 
la lettre tout entière, que nous publions pour la première fois. 

De Pari», ce 6 7**^ 1646. 

Monsieur, 

Il n'y a que Dieu seul qui vous puisse faire comprendre la 
consolation que nous avons de vostre heureux voiage, du com- 
mencement et du progrez de vostre arrivée. J'en rends grâces à 
la bonté infinie de Jésus Christ qui vous a faict ceste cy et le prie 
qu'il sanctifie vostre chère ame de plus, aflSn que vous agissiez 
toujours sainctement et en toutes choses. 

Voîcy les petitz advis que je pense vous devoir donner, c'est 
qu'il semble que vous vous estes un peu trop hasté à prometre 
l'argent du droia de la poste, i « pour ce qu'il pouvoit arriver que 
vous ne vous trouveriez pas cest argent dans le temps préfix; 
20 en ce qu'il se pouvoit faire qu'empruntant ceste somme de delà 
aux marchandz pour leur rendre à Marceille, il pouvoit arriver 
que l'argent ne seroit pas prest à leur arrivée à Marceille, ce 
qui aporteroit du descry de vostre personne et de vostre minis- 
tère. Le ontraire est néantmoingtz parce que la providence a 
faia trouver du crédit aux Maturins réformez (i) pour fournir 
douze mil livres dans dix ou douze jours à Marceille à celuy 
auquel vous auriez envoie l'ordre de le prendre. 

Le second advis est de ne jamais escrire ny parler des con- 
versions de delà, et, qui plus est, de ne pas tenir la main à celles 
qui se font contre la loy du pais. Vous avez subiect de craindre 
que quelqu'im ne faigne cela pour exciter une avanie. Resouve- 
nez-vous s'il vous plaist. Monsieur, de ce que je vous ay dict que 
les Jésuistes ont faict d'autres fois à Péra sur pareil rencontre. 



(i) On appelait ainsi les membres de Tordre de la Sainte-Trinité, fondé, an zii* siècle, par 
Jean de Matha et Félix de Valois, et approuvé par le pape Innocent UI, en 1 198. Le nom de 
Mathurins vient de ce que Félix avait réussi à établir, à Pari», les membres de l'ordre dans 
un endroit où était une chapelle dédiée i saint Mathurin (L'Abbé Maynard, t. I, p. 246.) Ces 
religieux avaient établi des comptcnn i Alger, i Bougie, à Oran et à MosUganem. 



46 REVUE DES DOCU^ffiNTS HISTORIQUES 

Il est bien à souhaitter que nous aions un chifre, si vous en 
scavez Tusage, ou je vous en envoieray un. 

L'ame de vostre affaire est l'intention de la pure gloire de 
Dieu, Testât continuel d'humiliation intérieure ne vous pouvant 
pas beaucoup emploier aux extérieures, la soubzmissîon inté- 
rieure du jugement et de la volonté à cela qui vous a esté donné 
pour vous conceiller et autant que vous le pourrez ne rien faire 
sans luy proposer, si vous n'estes obligé de respondre sur Je 
champ. Jésus Christ estoyt le souverain seigneur et de S* Joseph, 
et cependant il ne faisoit rien que de leur advis. Cest, Monsieur, 
ce mystère que vous devez honnorer d'une manière particulière 
à ce qu'il plaise à son infinie bonté vous conduire dans i 'estât 
auquel vous estes. 

Je vous ay escript que j'ay veu vostre bonne tante, l'édiffication 
que j'en ay elie, qui suis en l'amour de Nostre Seigneur, 

Monsieur, 



Je minutte à vous envoier une personne pour servir de chan- 
celier. Nous pressons les PP. de la Mercy (2), mais le désordre 
est si grand entreux, à ce qu'ilz m'ont dict, qu'il n'y a poinct 
apparence de rien faire avecq eux. Le Roy a commis M»* de 
Morangis pour en cognoistre. Cela va Nous verrons à y 



(1) Nous donnons en fac-similé le cachet de cette lettre; autour de la vierge, figurée les 
bras ouverts en signe de grâces, on lit : SVP [erior] GENERALIS CONG [regationis] MIS- 
SIONIS. 

(2) L'ordre des Frères de la Merci fut fondé à Barcelone, le lo août 1 323, par Pierre Nolas- 
quc. Il avait pour but, comme celui des Mathurins, le rachat des captifs 




SAINT VINCENT DE PAUL 47 

faire ce que nous pourrons. Je loue Dieu de ce que vous avez 
retiré ce père chez vous. 

La souscription de la lettre est ainsi conçue : 

A Monsieur, Monsieur Barreau, consul d'Alger, à Alger. 

Puis on lit de la main de Barreau : 

R(eçue) le 22* j** (janvier) 1647. Resp(ondu) le 25 j' — 
M. Vincent. 

Cette lettre est empreinte d'une grande modération. Vincent de Paul 
essaie de guider son disciple et il lui prédit en quelque sorte les malheurs 
qu'il s'attira par son imprudence. En effet Barreau, forcé de cautionner 
un Père de la Merci pour une somme de 6,000 ou 7,000 piastres et ne 
pouvant payer cette somme, fut jeté en prison, où il resta plus d'un an. 
Semblable aventure lui arriva plusieurs fois encore, car, emporté par 
son zèlç à racheter des captifs, il épuisait rapidement les fonds envoyés 
par Vincent de Paul, était obligé de foire des emprunts, et devenait la 
proie de créanciers avides. 

Barreau ne revint en France qu'après la mort de saint Vincent de 
Paul (1661). Son compagnon Noueli était mort de la peste à Alger le 
22 juillet 1647. 

Au souvenir de saint Vincent de Paul est intimement lié celui de Made- 
moiselle Le Gras. Louise de MariUac, née a Paris le 12 août iSgi, fille 
de Louis de Marillac, sieur de Ferrières et de Marguerite Le Camus, a 
participé à toutes les œuvres de l'illustre fondateur de la congrégation de 
la Mission. Après la mort de son mari, Antotne Le Gras, secrétaire des 
commandements de Marie de Médicis, elle se donna tout entière aux 
œuvres de charité (décembre 1625) et elle devint l'aide la plus zélée de 
Vincent 'de Paul pour l'assistance des pauvres. Le 25 novembre i633, 
elle obtint de celui-ci la permission de prendre chez elle des filles pour 
en feire des filles de la charité et elle prononça ses vœux le 25 mars 1634. 
Tel fut le commencement de cette institution des Filles de la Charité 
qui fut érigée en confrérie le 18 janvier i655 par le cardinal de Retz et 
approuvée par les lettres patentes de LouisXIV du mois de novembre 1657. 

Les lettres que nous allons publier sont relatives à cette œuvre. Elles 
sont adressées à Vincent de Paul. 

La première que nous donnons en fec-simile est très-précieuse en ce 



48 REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES 

qu'elle est annotée par saint Vincent de Paul. Elle nous a été gracieu- 
sement communiquée par M. le baron Feuillet de G>nches. Voici d'a- 
bord le texte de la lettre : 

Monsieur, 

Voilà une lettre ie croy qu'il est nésesaire de pourvoir promp- 
tement à cette pauvre fille quy a tellement gaigné le cœur des 
habitans que le bruit court que si on Poste que Ton ne resevera 
pas d'autre fille. Elle se conseille à tous dès y a longtemps et 
particulièrement des vieilz garsons només M*^ de la Noue, de 
quy elle retire comodités et fait bonne chère, resoit bouteille de 
vin et pâtés. le vous supplie très humblement et pour Taniour 
de Dieu de songer aux inconvéniens de cette mauvaise affaire 
dont ie panse estre cause. le vous supplie de prier nostre bon 
Dieu qu'il me pardonne. 

Monsieur, 

Vostre très humble et très obligée fille et servante 

Gras. 

A cette curieuse communication Vincent de Paul répond dans les 
termes suivants : 

Ne vous estonnez pas de voir la rébellion de ceste pauvre créa- 
ture. Nous en verrons bien d'autres, si nous vivons, et si nous 
n'en souffrirons pas tant des nostres qu'a faict nostre Seigneur 
des siens. Soubzmettons nous bien à son bon plaisir. Au faict qui 
se présente, il faut tacher de la faire venir, soict ou luy escrivant 
moy mesme, ou luy envoiant la Dame fondatrisse ou y en- 
voyant un prebstre de céans, car enfin il faut la retirer. Vous 
verrez la lettre qu'elle m'escript. O bon Dieu, que ceste pauvre 
créature m'a trompé. 

Je vous prie de me mander vostre pensée sur cela, ou si Barbe 
scroit plus propre pour la gaigncr, ou bien si vostre santé vous 
pcrmctroit d'y ammener la petite Jchannc et Pcstablir à la 
place. 



I 



V 












lit I %l ^" 




fi.'^ 









tiAViytù^j 



SAINT VINCENT DE PAUL 49 

Si c'est à Nogen qu'elle veuille s'establir, Madame de Brou, 
cousine de M»* de Vincy, y a tout pouvoir. 
La suscription porte : 
A Monsieur, Monsieur Vincens. 

On remarque aussi sur l'adresse ces mots de Mademoiselle Le Gras : 
Nostre sœur générale est revenue. 

Voici le texte de la seconde lettre, qui a été écrite le 20 juillet 1646 : 

Ce vendredy. 

Monsieur, 
Il m'a paru bien nésésaire d'envoier nostre s»* Elisabeth à 
S^ Germain en Laie pour recognoistre la conduitte de nostre s"" 
qui y est, et par mesme moien elle pourra aller à Mosle (i) et 
Grespiere (2) en estant bien proche. Pour les mesmes raisons 
elle poura sçavoir la nésésité plus particulièrement du change- 
ment de la s*" Marie qui est celle que Madame de Buillon de- 
mande à estre ostée et cela sans qu'il paroisse autre chause sinon 
qu'elle aille un peu prendre l'air, car en effet elle aiant acoutumé 
un grand travail je craindrois qu'elle ne nous demeura malade 
quand il faudra partir. Il ne me vint point hier en l'esprit de faire 
cette proposition à nos s". Je vous supplie très-humblement. 
Monsieur, prendre la peine me mander sy vous le treuverez 
bien ainsy. Elle pouroit aller coucher aujourd'huy à S^ Germain 
et dira à M™« de Buillon la response s'il vous plaist de la prière 
qu'elle vous a faitte d'envoier là un de vos M^ pour faire rendre 
compte aux trésorières. Je demande à vostre charité la sainte 
bénédiction pour me préparer à la sainte comunion et suis, 

Monsieur, 
Vostre très obligée servante et obéissante fille 

Gras. 

La suscription porte : 

A Monsieur, Monsieur Vincens. 

(ij Maule, on Meule-sar-Maudre, i i8 kilom. de Vçretillcs. 
(3} Crespières, à 22 kilom. de Ventillçt. 

TOME I. 7 



5o 



REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES 



y^^. 





^ 




fiH^il^ii/ir 








SAINT VINCENT DE PAUL 5l 

On lit sur le feuillet de Tadresse ces mots qui nous donnent la date de 
la pièce : 

De Mad"« Legras, du 2o« juillet 1646. 

M. le baron Feuillet de G>nches possède une autre lettre de Mademoi- 
selle Le Gras à Vincent de Paul, fort longue et toute relative à Tœuvre 
des Filles de la Charité. Elle est datée du 14 janvier, sans millésime, et 
commence ainsi : 

Nostre bon Dieu veult donc que vous soiez malade : il en soit 
bény, mais aussi veult il bien que pour son amour vous aiez 
charité pour vostre corps comme vous auriez pour celuy d'un 
pauvre, et si j'ausois, mon très honoré père, je vous dirois qu'il 
le veult absolument. Servez vous donc de l'occasion, je vous en 
supplie, et de pardonner à la trop grande liberté que je prens 
comme intéressée pour la gloire de Dieu. 

La vie laborieuse de Vincent de Paul avait, on le voit, dès 1646, altéré 
sa santé. Mademoiselle Le Gras, qui, selon la doctrine chrétienne, con- 
sidère le mal physique comme un don de Dieu, félicite M. Vincent de 
ravoir reçu. Elle-même eut lieu de se réjouir, car les fatigues de la 
Mission avaient épuisé ses forces; le i3 décembre 1647 Vincent écri- 
vait à Blatiron, supérieur de la mission de Gênes : 

Il en va presque de vous comme de M"« Le Gras, laquelle je 
considère comme morte naturellement depuis dix ans; et, à la 
voir, on diroit qu'elle sort du tombeau, tant son corps est faible 
et son visage pâle. Mais Dieu sait quelle force d'esprit elle n'a 
pas. Il n'y a pas longtemps qu'elle a fait un voyage de cent 
lieues, et, sans les maladies fréquentes qu'elle a et le respea 
qu'elle porte à Tobéissance, elle iroit souvent d'un côté et d'autre 
visiter ses filles et travailler avec elles, quoiqu'elle n'ait de vie 
que celle qu'elle reçoit de la grâce (i). 

Nous donnons ici, pour terminer cet article, la repro- 
duction du cachet dont Mademoiselle Le Gras avait cou- 
tume de sceller ses lettres. Il représente Jésus-Christ sur 
la croix avec cette légende : La charité de Jésus crusifié 
me presse. 
Mademoiselle Le Gras mourut le i5 mars 1660. 

fi) L'abbé Maynard, t. IV, p. 290. 




52 REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES 



JEAN-FRANÇOIS CHAMPOLLION 

DIT LE JEUNE 
1 790-1 832 



Qiampollion le jeune, cet érudit de génie qui nous a réyélé la civili- 
sation égyptienne, et qui est demeuré une des gloires de notre siècle, 
joignait â une science profonde le caractère le plus noble et le plus élevé. 

Sollicité, durant son séjour à Rome (1825), de Êdre des conférences 
sur les hiéroglyphes, Champollion accepta volontiers cette tâche, mais 
il refusa fièrement le salaire qui lui fut proposé. La lettre qu^il écrivit â 
ce sujet au chevalier Bartholdy est un témoignage éclatant de l'ardeur 
que les érudits de notre France ont toujours montrée dans la pratique 
de ces principes d'honneur et de désintéressement qui distinguent les 
véritables savants. 

Nous croyons rendre un public hommage â la mémoire de Giampol- 
lion en publiant dans notre Recueil le texte et le fac-similé de cette pré- 
cieuse lettre qui appartient à l'histoire de l'érudition française. 

Rome, le 3o mai 1825. 

Je trouve, Monsieur, en rentrant chez moi, le billet que vous 
m'avez fait Thonneur de m'écrire; ce n'est point sans une 
grande surprise que j'ai lu celui que vous adresse M*" le prince 
Gagarin. Il faut que je sois ou bien mal compris ou bien mal 



i 






i 



JEAN-FRANÇOIS CHAMPOLLION LE JEUNE 53 

jugé pour qu'on ait pensé, ainsi qu'on le fait, à me proposer un 
salaire, comme s'il s'agissait d'une espèce de représentation. 
J'ignore si de tels arrangements sont dans les us et coutumes de 
l'Italie; mais les lettrés français, toujours empressés de propager 
le peu de science qu'ils peuvent posséder, ne songèrent jamais à 
la vendre. 

J'ai besoin de croire qu'il y a certainement quelque malen- 
tendu ou quelque distraction dans tout cela. Quoiqu'il en soit, 
je ne suis pas moins prêt à faire tout ce qui pourra être agréable 
à M"" le O^ de Funchal. Mon départ de Rome est fixé au 8 de 
juin. On peut d'ici là disposer librement de moi. Trois ou quatre 
séances au plus seraient, je crois, suffisantes pour le but qu'on 
se propose. J'attendrai donc que vous ayez la bonté de me faire 
connaître les jours et les heures que l'on voudra choisir. 

Veuillez agréer, Monsieur, mes salutations empressées. 

J.-F. Ghampollion le j. 

Uoriginal de cette lettre fait partie de la collection de notre ami 
M. Alfred Bovet. 



54 



REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES 



LE MARÉCHAL DE BOUILLON 



A LA COUR D'ANGLETERRE 



Mai i6i2 




Henri de La Tour d'Auvergne, duc de Bouillon, maréchal de France, 
devint, après la mort de Henri IV, un des personnages les plus consi- 
dérables de la cour de France et un des chefs du parti protestant. Il se 
montra fort zélé pour la cause de ses coreligionnaires et assista à l'as- 
semblée des huguenots à Saumur (27 mai 161 1), mais, n'ayant pu se 
foire nommer président (i), il fiivorisa les projets de la Régente et par- 
vint à amener la dissolution de l'assemblée. Il accepta, au mois d'a- 
vril 161 2, une mission à la cour d'Angleterre. Phelipeaux de Pontchar- 
train rapporte le feit en ces termes (2) : 

Sur la fin de ce mois (avril 161 2), M. le maréchal de Bouil- 
lon partit pour aller vers le roi de la Grande-Bretagne lui rendre 
compte des mariages du Roi et de Madame avec le prince ei 
rinfante d'Espagne; Tassurer que l'intention de la Reine n'étoit 
point en cela de préjudicier en aucune manière à Tancienne 
amitié et alliance qu'il y avoit entre les deux couronnes, mais 



(i) On Sait que Do Pleuis-Monuiy fut nommé président de l'assemblée de Saumur. 
(a) Mémoires, édition Micbaud, p. 3iq. 



LE MARÉCHAL DE BOUILLON A LA COUR d' ANGLETERRE 55 

plutôt de Tentretenir, et pour lui faire sa\^oir le procédé qu'on 
avoit tenu avec ceux de la religion prétendue réformée depuis 
rassemblée de Saumur. 

La partie de la mission qui se rapportait aux protestants valut au duc 
de Bouillon Taccusation de trahir la cause des huguenots (i). Quoi qu'il 
en soit, le maréchal partit, emmenant avec lui le jeune Henri de La 
Trémoille, son neveu. Ce prince, seul héritier d'une illustre famille, était 
fils de Qaude de La Trémoille, mort en 1604, et de Charlotte Bra- 
bantine de Nassau, dont la sœur Elisabeth avait épousé le duc de 
Bouillon. 




La duchesse de La Trémoille et la duchesse de Bouillon étaient filles 
de Guillaume le Taciturne et de Charlotte de Bourbon. Ce que nous 
savons d'elles par leur correspondance, que M. P. Marchcgay a publiée, 
nous révèle des femmes d'un esprit supérieur (2). Charlotte, née le 27 sep- 
tembre 1 578, épousa, le 1 1 mars 1 598, Claude de La Trémoille. La nais- 
sance du jeune Henri fiit accueillie avec des transports de joie par Louise 
de Coligny, 4* femme du prince d'Orange et belle-mère de la duchesse 
de La Trémoille : 

Ma fille, un fils! J'en pleure de joie. Enfin, je n'ai point de 
paroles pour vous représenter mon contentement, car il est 
par-dessus toutes paroles et tous discours. Vraiment vous avez 
bien de l'avantage sur toutes vos sœurs, d'avoir si bien com- 
mencé, et si promptement... Je meurs d'envie de voir ce petit- 
fils, et comment vos petites mains le manient. Croyez que votre 

(I) Cf. MémoÎTes de Henri de Rohan. 

(a) Lê$ deux Duchettes, Lettres de M»* de Booilkn à M-' de Le TréofioUIe, puM. ^r 
P. Marcfaegty; Ptrit, MesrnieiK i858, in-8. 





56 REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES 

petit frère (Henri de Nassau) est bien glorieux d^avoir ce petit 
neveu, et Monsieur de Bouillon bien en colère de ce que votre 
sœur ne lui en fait ( i). 

^^, ^_ 

En 1612 Henri de La Trémoille était dans sa quatorzième année : 
aussi eut-il la permission d^accompagner son oncle en Angleterre sous 
la conduite de son précepteur, M. Plessis Du Bellay, qui, dans une 
lettre écrite à Lx)ndres, le 12 mai 161 2, rend compte à la duchesse de 
La Trémoille de la présentation de son fils à la cour d'Angleterre. 

Jacques I*', le fils de Marie Stuart, occupait alors le trône d'Angle- 
terre avec sa femme, Anne de Danemark, princesse qui se faisait remar- 
quer, au dire de Walter Scott (2), par la blancheur de son teint, la 
beauté de sa figure, le charme de sa physionomie et l'amabilité de ses 
manières (3). Il avait trois en£mts : Henri-Frédéric, prince de Galles, 
Charles, duc d'York, qui devait devenir Charles I*', et Elisabeth. Le 
prince de Galles, né le 19 février 1594, héritier présomptif de la cou- 
ronne, était fort aimé du peuple anglais à cause de son esprit guerrier 
et de ses sympathies pour les protestants (4). Il avait même des rapports 
avec les réformés de France qui fondaient sur lui de grandes espérances. 

Cest à la cour de Jacques I*' que se présente le jeune duc de La Tré- 
moille. Voici le texte de la lettre de M. Plessis Du Bellay : 

Madame, 
Vous aurés receu lettre de monseigneur vostre fils par la 

(1) Lettre du 3i décembre 1 598 à la ducheiie de La Trémoille (Marcfaegajf p. 1 5). 
(3) Histoire d'Ecotie, dans les oeuyres trad. par A. Montéroont, t XXX^ p. 397. 

(3) Amie de Danemark, secoode fille de Frédéric II, roi de Danemark, avait épousé Jacques 
le 30 août 1590. Elle mourut le 3 mars 1619. 

(4) David Hume, dans son Histoire d'Angleterre (trad. Langlois, t VHI, p. 387), ùàt le 
portrait suivant du prince de Galles : 

« Il n'avait pas dix-huit ans, et dans sa conduite il montrait dé)à plus de dignité, il impo- 
sait plus de respect que le roi son père avec son ftge, son savoir et son expérience. Ni l'éléva- 
tion de son rang, ni sa jeunesse, n'avaient pu l'engager dans ces démarches irrégulières où peut 
entraîner la séduction du plaisir. L*ambition et les affidres semblent avoir été son unique pas- 
sion. Ses inclinations, comme ses exercices, étaient entièrement martiales. L*anibassadeur de 



LE MARÉCHAL DE BOUILLON A LA COUR D^ ANGLETERRE 5 7 

despesche que monseigneur de Bouillon fit le 7^ de ce mois; le 
lendemain delà part du Roy de la Grande Bretaigne (i) le vint 
trouver le duc de Lemnos (2) acompaigné de plusieurs seigneurs 
et gentilhommes, avec trante carosses, le conduisit à Oui- 
talle (3), dans une grande salle, autour de laquelle y a des 
galleries presque semblables à celles de Charanton, où il trouva 
(sur un lieu élevé de deux dégrés, soubs un dais de drap d'or 
fiîsé) Sa Majesté qui avoit à sa droite le prince de Galles, Tar- 
chevesque de Cantorbéry (4), le comte de Sufolc (5), grand 
chambellan, et le comte de Cherosbery (6), celuy qui vint au 
devant de monseigneur de Bouillon jusqu'à Rochestre (7), dont 
la femme est dans la tour de Londres pour avoir eu inteligence 
avec Arbelle (8). On le tient pour le plus riche comte d'Angle- 
tere. A sa gauche estoit la Re3me, le duc d'Yorc, la princesse, 
l'Amiral (9), et le duc de Lemnos, qui sy mist, ayant conduit 
Monseigneur de Bouillon jusqu'au dégrés où estant arivé leurs 
Magestés se levèrent : Monseigneur de Bouillon parlla assés 
longtemps au Roy, que personne n'avoit encore salué. Cepen- 
dant la Reyne appella Monseigneur vostre fils, luy demenda s'il 
avoit chaut, pour-ce qu'il y avoit grande presse, luy demènda s'il 



France, étant venu prendre congé de loi et lui demander ses ordres, le trouva dans l'exercice 
de la pique. « Racontez à votre Roi, lui dit-il, dans quelle occupation vous m'avez trouvé. • 

(i) Jacques I" prit le titre de roi de la Grande-Bretagne, lorsqu'il parvint au trdne d'Angle- 
terre (i6o3), après la mort de la grande Elisabeth, car il réunit sous un mime pouvoir ki 
royaumes d'Angleterre, d'Ecosse et d'Irlande. 

(aj Esme Stuart, duc de Lennox. 

(3) Whitehall, palais des rois d'Angleterre k Londres. 

(4) Georges Abbot, né à Guildford, le 39 octobre iSôs, vice-chancelier d'Oxibrd (1600), 
évéque de Londres fiôoç), devint archevêque de Cantorbéry en 1610. Cest lui qui assisU 
Jacques I" i son lit de mort. Il mourut le 5 août i633. 

(5) Suffolk. (6) Shrewsbnry. (7) Rochester, ville du comté de Kent 

(8) Arabella Stuart, 611e unique de Charles Stuart, comte de Lennox, cousine germaine de 
Jacques I", était, après celui-ci, la plus proche héritière du trdne. Elle s'unit secrètement 
(février 1609) i William Seymour, ce qui la fit emprisonner i Durham. Elle parvint i s'échapper 
le 3 juin 161 1, mais elle fut reprise dans le détroit de Calais, amenée i Londres et enfermée 
dans la Tour par ordre du Roi. C'est i cet événement que se rapporte le passage de la lettre 
de Plessis du Bellay. Arabella mourut dans sa prison le 37 septembre 161 5. 

(9) Charles Howard, comte de Nottingham, grand amiral d'Angleterre, né en 1 536, mort 
en 1634. 

TOME I. 8 



&8 REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES 

trouvoit le pais beau; die le caressa, et le baisa quand on se 
retira; elle ne baise personne à la mode de France. Le X« elle 
donna audiance à mon4it seigneur de Bouillon dans une salle 
moindre que la précédente. C'est une princesse qui a fort bonne 
mine et beaucoup de magesté : elle fit encore fort bonne chère à 
Monseigneur vostre fils, et luy demenda s'il avoit une mais- 
tresse en France, Sur ce qu'il luy dist que non, elle iuy dist 
qu'elle luy en vouloit donner une. Le jour précédent qui estoit 
le IX« mondit Seigneur jouant à la paume s'estoit £ait mal à un 
pied et avoit gardé le lict jusqu'à l'heure qu'il fallut aller chez 
la Reyne, et eust eu besoin de le garder encore davantage ; mais 
la bonne chère qu'il avoit receue de leurs Magestés à la première 
audience luy fit surmonter son mal pour se trouver à la seconde^ 
et à la troisiesme, l'XI*, vers les princes et la princesse qui sont 
tous beaus et bien nais. La princesse sur tous est digne de 
grandes louanges pour sa pieté, courtoisie, et beauté, et chascun 
publie bienheureux celuy qui l'espousera; Monseigneur l'électeur 
palatin y a beaucoup de part : mais pour avoir le tout il estoit 
du tout nécessaire que Monseigneur de Bouillon se trouvast 
issy. Le prince de Galles a fort bonne mine, et tient une grande 
gravité en public; nous ne l'avons encore point veu en privé. Le 
duc d'Yorc est fort gentil, et en l'opinion d'un chascun pour 
devoir estre quelque chose de grand; il est beaucoup moings- 
haut que Monseigneur vostre fils; aussy a il moîngs d'aage. 
Monseigneur de Bouillon a eu aujourdhuy du Roy une seconde 
audience en privé, n'ayant avec luy que l'embassadeur ordin- 
naire; demain y aura festin royal, et bal, où à peine Monsei- 
gneur vostre fils pourra dancer pour-ce que son pied luy fait 
encore un peu de mal. L'embassadeur monsieur de Bisseaus 
m'a dit qu'on avoit avisé qu'à ce festin le prince de Galles auroit 
une table à part à laquelle seroît mondit seigneur et qu'il y 
avoit eu quelque difficulté sur cela. Je luy ay répliqué que ceux 
qui mengent à la table du Roy peuvent bien menger à celle du 
Roy d'Angleterre, que Monseigneur de la Trémoille est de 



LE MARÉCHAL DE BOUILLON A LA COUR d' ANGLETERRE 5g 

ceux là ; ce qu^il m'a dit estre vray . Je ne menqueray, Madame, 
de vous mender se qui se passera à ce festin. Monsieur 
Querre (i), jadis embassadeur résidant à Paris, Test venu voir. 
Il n'a encore peu aller voir sa femme; allant demender l'au- 
dience chez la Reyne je la trouvay en la chambre de présence 
quitesmoigna un très-grand contentement de savoir de voz nou- 
velles. Le milord Sidné, autrement viscomte de Lisle, grand 
chambellan de la Reyne, auquel je demenday Taudiance, s'es- 
tant nomé, je pris occasion de luy dire que j'estois à vostre ser- 
vice et que souvant je vous avois ouy parller de luy avec beau- 
coup d'estime, dont il tesmoigna se sentir très obligé. Jusqu'icy 
voyla ce qui s'est passé que j'ay pensé aucunement digne de 
vous estre escrit. Monseigneur vostre fils vous escrit. Je prie 
Dieu, Madame, vous donner entier accomplissement de voz 
saints dézirs. 
Vostre très humble, très obéissant et très fidelle serviteur, 

Plessis du Bellay. 

De Loodretf le zii* may 1613. 

En même temps que le maréchal de Bouillon négociait pour la cour 
de France» il n'oubliait pas ses propres afbires. Il s'occupa de marier 
son nereu, rélecteur palatin Frédéric V, avec Elisabeth, fille de Jac- 
ques I*'. La lettre de Plessis du Bellay mentionne ce £ût. Le maréchal 
arriva à ses fins : il conclut le mariage, qui fut consommé Tannée sui- 
vante (14 février 161 3). On lui sut mauvais gré en France d'avoir en- 
couragé une telle alliance, qui était à l'avantage du parti protestant. 

Le duc de Bouillon revint à Paris le i3 )uin 161 a. Peu après (6 no- 
vembre) mourut le prince de Galles que nous avons vu auprès de son 
père dans la réception officielle £ûte à l'ambassadeur de France. 

Quant au jeune La Trémoille, il épousa, le 19 janvier 16 19, sa cousine 
Marie de La Tour, resserrant ainsi encore davantage les liens de parenté 
entre les familles de La Trémoille et de Bouillon. 




(I) Kerr 



6o REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES 



LA FAUCONNERIE AU MOYEN AGE 



CHARTES DU XIV ET DU XV SIECLE 
L'ART DE LA FAUCONNERIE D'APRÈS UN MANUSCRIT DU XIV SIÈCLE 



La vénerie, et surtout la chasse à Foiseau, était une des plus nobles 
jouissances de la vie seigneuriale, et quelques familles princières y 
déployaient une magnificence que les documents contemporains nous 
laissent entrevoir. La maison d'Orléans, si prompte à la dépense et si 
amoureuse d'élégance et de somptuosité, était jalouse de mener, pour 
la vénerie, un train que plus tard la maison royale fut seule à maintenir. 
Louis d'Orléans, qui employa si largement les ressources du royaume 
à embellir des châteaux et des hôtels, à occuper des peintres, des orfè- 
vres, des tapissiers, comme en témoignent les comptes qui nous ont été 
conservés, ne pouvait manquer d'apporter dans sa vénerie son luxe 
coutumier. Les pièces suivantes nous montrent quelles dépenses pour 
le soin des faucons avait à régler Godefroy Lefèvre, valet de chambre du 
duc et en même temps garde des deniers de ses cofiBres (i). 

Perrot de Tretainville, fauconnier de monseigneur le duc 
d'Orléans, confesse avoir eu et receu de Godefroy Le Fièvre, 
appodquaire et varlet de chambre du dit monseigneur le duc, la 
somme de vint frans d'or que le dit monseigneur le duc lui a 



(i) Nous AYont sous les yeux une charte de Godefroy Lefèvre, • varlet de chambre de mon- 
seigneur le duc d'Orliens et garde des deniers de ses coffres •, où il reçoit, le i6 février 1496 
(1497, n. s.}} la somme de 800 livres tournois, • la quelle ycelluy seigneur m'a ordonné recevoir 
par chaKun mois et d'iceulz ordonner et flaire son plaisir •. 



LA FAUCONNERIE AU MOYEN AGE 6l 

donnée pour une fois pour avoir un cheval, si comme il disoit, 
de laquelle somme de XX frans d'or le dit Perrot se tient à 
bien paie, etc., quictant dé ce le dit monseigneur le duc, le 
dit Godefroy et tous autres, etc., promectant coux, obligeant, 
remettant, etc. Fait le vendredi six jours de décembre Tan 
mil CGC IIII" et douze. 

J. Marquier. 

Manessier. 

Perrot de TretainviUe était un de ces fauconniers à cheval, dont le 
service plus difficile, comme on le verra plus loin, était aussi plus 
estimé (i). 

La seconde charte montre quels frais entraînaient les soins si délicats 
que comportait la mue des faucons. 

Jehan de Lyon, fauconnier de monseigneur le duc d'Orlians, 
confesse avoir eu et receu de mondit seigneur par la main de 
GodefFroy Le Fèvre, varlet de chambre dudit seigneur, la 
somme de quarente livres tournois, lesquelz mondit seigneur lui 
avoit ordonnez estre paiez et baillez pour la mue de ces faucons. 
De laquelle somme de quarente livres tournois dessus dites le 
dit Jehan se tient pour content et bien paiez et en quitte le dit 
seigneur et varlet de chambre et tous autres à qui quictance en 
puet appartenir, etc., promettant, etc., obligeant, etc., remet- 
tant, etc. Fait Tan mil CCG IIII^^ et douze le dymenche 
IX« jour de février. 

A. Bourguignon. 

A. Debeauvais. 

Six ans plus tard nous retrouvons le même fauconnier, Jean de Lyon, 
chargé encore de la mue des faucons de Louis d^Orléans. 

Loys, filz de Roy de France, duc d'Orléans, conte de Va- 



(i) L'analyse du manuscrit inédit du xtv* siècle contiendra des renseignements importants 
sur Tait du fauconnier à cheval. C'est un veneur de cette classe qui est figuré sur la miniature 
dont nous donnons la reproduction au dessus de la charte. 



62 REVUE bES DOCUMENTS HISTORIQUES 

lois, de Blois et de Beaumont, A nostre amé et féal conseillier 
Jehan Le Flament, salut et dilection. Nous voulons et vous man- 
dons que par nostre amé et féal trésorier Jehan Poulain vous 
faites paier, bailler et délivrer des deniers de noz finances, ces 
lettres veues, senz délay, à Jehan de Lyon, nostre fauconnier, 
la somme de quarante frans que donnez lui avons et donnons 
de grâce espédal par ces présentes pour et en récompensacion 
des firaiz et despens qu'il a faiz en Tannée derreinement passé 
pour la mue de noz faucons qui ont esté muez en son hostel. Et 
par rapportant ces présentes avec recongnobsance sur ce de 
nostre dit fauconnier les quarante firans dessus diz seront alloez 
es comptes de nostredit trésorier et rabatuz de sa recq)te par 
noz amez et féaulx gens commis à Taudicion de noz comptes à 
Paris senz contredit, non obstant ordenances, mandemens ou 
défenses quelconques à ce contraires. Donné à Paris le 
XXVIII* jour d'avril Tan de grâce mil CGC IIII" et dix huit. 
Par Monseigneur le duc, 

BUNO. 

Les oiseaux pris au nid et élevés loin de leur mère supportaient diffi- 
cilement la mue. Cest à la mi-avril (i), vers la fête de saint Georges, 
qu'on devait nettoyer le faucon, le purger selon des recettes qui disaient 
Tobjet de traités spéciaux (2), lui enlever ses poux, s'il en avait, et le 
mettre à la mue sur la pierre ou en liberté. 

La mue sur la pierre s'accomplissait dans une chambre éloignée de 
tout bruit, nommée la mue, et sur une table où l'oiseau était attaché 
avec la longe. Le fauconnier devait même s'habituer à dormir dans la 
mue afin d'être prêt à porter secours à l'oiseau au cas où celui-ci se 
blesserait en voletant. L'avantage de cette sorte de mue, c'est que les 
oiseaux viennent au poing; car « il est besoing, se bien sont en mile, les 

(i) Nous cmpnmtoDs tout cet détails à VArt de la fauconnerie âti tieur François Sforsin, 
Viceotin, Bibl. nat, ma. fr. 6a3, f» 3;, v, et f* 38, r*. Ce traité paraît n'être qu'une amplification 
de celui de Jean de Francières (ms. du xv* siècle, Bibl. nat , fr. 3004). 

(3) Outre la doctrine donnée par les traités généraux de fauconnerie sur la maladie des 
oiseaux et les remèdes i y apporter, nous citerons un traité spécial en italien, £ût au xv siè- 
cle, tt intitulé : hMieim di eapoiU e/akom, lequel faisait partie de la bibliothèque de Diane 
de Poitiers (Bibl. nat., it. 939}. 



LA FAUCONNERIE AU MOYEN AGE 63 

prendre en main et les porter tous les matins à la frescheur, jusque par 
tout juillet, ou plus ou moings, selon qu*ils sont impatiens, et les apeler 
au leurre aulcunes fois encores, se doibvent chevaucher par une ou 
deux heures, encores à la frescheur d. 

Ce soin, nécessaire surtout à Toiseau qui a déjà volé, ne pouvait avoir 
lieu lorsque la mue se Élisait en liberté, c'est-à-dire quand Foiseau res^ 
tait libre dans une pièce à part et qu'il ne voulait se laisser prendre oi 
soigner par le fauconnier. 

Cest la mue sur la pierre qu'avait pratiquée Jean de Lyon en son 
hostel, La délicatesse de cette opération explique les frais considérables 
(environ 3,ooo francs de notre monnaie) que Louis d'Orléans dut payer, 
en 1 398, pour la mue de ses feucons. 

La quatrième pièce donne le prix de deux faucons héronniers que 
fait acheter le duc d'Orléans. 

Lojrs, fils de Roy de France, duc d'Orléans, conte de Valois 
et de Beaumont, à nostre amé et féal conseillier Jehan Le Fla^ 
ment salut et diiection. Nous voulons et vous mandons que à 
Phelippot de Haufort, marchant de faucons, vous faites pré- 
sentement paier, bailller et délivrer senz delay par Jehan Pou- 
lain, nostre trésorier général, la somme de cent escuz pour deux 
faucons héronniers que nous avons [fait] prendre et acheter de 
lui le pris dessus dit. Et par rapportant ces présentes et quit- 
tance sur ce du dit Phelippot, les diz cent escuz seront alloez 
es comptes de nostre dit trésorier et rabatuz de sa recepte par 
noz amez et féaulx commis à Taudidon de noz comptes à Paris, 
senz aucun contredit, non obstant ordenances, mandemens 
ou défenses quelconques à ce contraires. Donné à Paris le 
XVII« jour d'aoust Tan de grâce mil CGC IIIF^ et dix s^t. 

Par Monseigneur le duc, présent messire Jehan de Roussay. 

BUNO. 

Les seigneurs terriens qui, même en dehors de la chasse, portaient 
souvent avec eux l'oiseau sur leur poing ganté, estimaient, surtout 
dans leurs promenades, le faucon qui savait s*abattrc sur le héron que 
le valet faisait lever du bord d'un étang. Le passage suivant du traité 



64 REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES 

de Jean de Francières (i) nous montre combien on prisait un bon 
héronnier. 

Le voler pour heron que met Michelin (2). 

Aultre nature est de volerie qui se dist pour le heron. Geste 
volerie est moult noble entre toutes les aultres voleries qui sont, 
car le faucon doit estre bien atempré et introduit à sçavoir moult 
bien monter et qu'il congnoisse bien le vif. Tele nature de faucons 
heronniers ne doivent pas estre communs ne mis à aultres ma- 
nières de voleries si non le plus aux hérons. La raison si est que 
entre toutes les aultres voleries ne se fait tele montée ni si grant 
effort comme du vol du héron. Et pour ce la raison voult bien 
que telz faucons ne soient pas mis plus bas ne à moindre effort 
de volerie que du héron. La raison si est : Tu auras bon faucon 
héronnier et le voiras mettre à aultres voleries communes, et 
puiz lui feras tantost prendre par ta coulpe une parresse et ung 
desdaing en tele manière que tost auras mis le faucon ainsi bon 
héronnier en ung reboutement que jamais ne vouldra voler le 
héron comme il faisoit au paravant. Et pour ce je diz que telz 
faucons font bien à entretenir en celle bonté, car il est vol de 
grant bachelerie et vaillance sur toutes les aultres voleries qui 
se font de montée. Neentmoins que du sacre poez mettre à 
toutes manières de voleries plus que aultres faucons, car il est 
convenial à tout, et se il est fort à faire et de groz entendement, 
ne fen donne merveilles, car en fin sera bon si tu y veulx 
traveiller. 

On comprend maintenant pourquoi Lx)uis d'Orléans payait cinquante 
écus un feucon héronnier. Les autres feucons étaient de moindre valeur : 
un gerfaut se payait dix livres tournois, un tiercelet gentil ou un autour 
cent sous tournois, un lanier, un laneret et un tiercelet d'autour seu- 
lement cinquante sols tournois (3). 

(I) Bibl. nat, ms. fr. 3004, fol. XVHI, v. 

(aj Michelin, fauconnier da roi de Chypre, et l'un des quatre maîtres auxquels Jean de Fran- 
dères emprunte te* principes. 
(3) Sainte-Palaye, Glossaire français, au mot Faucon. (BibL nat., ms. Moreau 1 534.) 



LA FAUCONNERIE AU MOYEN AGE. 



63 



Pour terminer sur le héronnier, nous donnons les fac-similé de 
miniatures représentant un héron surmonté par le iaucon. Il était rare 




que cette sorte de proie se laissât ainsi surprendre, « car les hérons, 

lorsqu'ils sont poursuivis, usent de 
double défension, c*est à savoir par 
voul de guenchir et par monter, 
et tuit cil qui se quierent défendre 
en volant montent par en haut 
pour ce qu'il ne peussent être sur- 
monté ne vaincu par les oiseaux de 
proie. » 

Une fois surprise, la proie était fa- 
cile à vaincre, car c li hairon ne se 
dépendent à piez, mais quan lors 
qu'il gisent à terre souvin, car adonc 
il cefiforcent de rebouteir arrier tant 
comme il puent lor nuisemant as 
piez ja soit ce qu'il puissent faire 
fesblement ». (Ms. Fr, i »40o,fol. 68.) 

Nous ajoutons aux documents pré^ 
cédents l'exemple d'un faucon offert 
en don gracieux, suivant la coutume 
Vt ^^ entre princes, mais, avant de publier 

' \ 1 cette pi^e, qui mentionne un fau- 

connier du x\* siècle, nous croyons utile de mettre sous les yeux de nos 

TOME I. 9 




()b REVUE DES DOCUMENTS HISTOiaQUES 

lecteurs une miniature (i) qui repré^nte ks divers costumes portés, à la 
même époque, par des hommes de la même profession. 

En la présence de moy, Jehan Cothereau, secrétaire de mon- 
seigneur le duc d'Orliens, de Milan, etc., le faulconier de Lau- 
rens de Médicis d'Ast a confessé avoir eu et receu de Jacques 
Hurault, conseiller, trésorier et receveur général des finances 
de mondit seigneur, la sonune de XXXij sols i denier tournois 
que ledit seigneur luy a données en faveur de ce qu'il a présenté 
audit seigneur ung faucon que ledit de Médids luy envoyoit. 
De la quelle somme de XXXij sols i denier tournois ledit faul- 
conier s'est tenu et tient pour paie et en a quicté et quicte le dict 
trésorier et tous autres, tesmoing mon seing manuel cy mis. 

Le XVj'»» jour de janvier l'an mil CCCCIIIj" et trois. 

J. COTEREAU. 

Le Médicis mentionné dans cet acte est celui que la postérité a décoré 
du surnom de Magnifique. 

Pour étendre l'intérêt des documents précédents, qui ne nous révè- 
lent que certains détails de pratique, il nous avait paru nécessaire de 
les compléter par Fexposé d'une doctrine d'ensemble. Nous avons été 
induit à le faire d'autant plus volontiers que nous avons eu la rare for- 
tune de rencontrer une translation en français, encore inédite, du 
célèbre traité De arte venandi cum ayibus (2), que l'empereur Fré- 
déric II (3) composa avec tant d'amour et de soins minutieux. L'auteur 
rapporte lui-même qu'il ne consentit à rédiger son œuvre qu'après de 
longues années d'études et d'expériences : 

Touto voie nous avons proloingnié à mettre et à rédigeir en 



(i) Cette miniature est emprantée à un exemplaire du xf siècle du Roman des déduits, de 
Gasse de la Buigne (Bibl. nat., Ma. fr. 1614) ; cf. le Dictionnaire raisonné du mobilier fran- 
fois^ pac VioUet-le-Doe, t. H, p, 436 et auiv. 

(s) Cest à ooCre collègue et ami, M. Léopold Pannier, que nous devons l'indication de cette 
œuvre précieuse, conservée dans notre Bibliothèque nationale, et dont M. Michelant prépare 
une édition. 

(3) L'auteur se fidt ainsi connaître : • Li autours est bons de grant noblesse, enquisitours et 
HtMrres de sapItoM et appeleiz dignes, augustes, Frederis secons empererei de Rome, de 
lhenis«lem«t de Cezille. • (Ms. 12400, f 3 r*.) 



LA FAUCONNERIE AU MOYEN AGE 67 

escrit nostre propos à bien près pat XXX ans, car nous ne« 
cuidiens mie dès adônc que nous peussiens soufire supple ne en 
âge ne en science. La cause qui nous retardoit estoit ceste car 
nous n'aviens onques leu que nuns fiist devant nous qui eust 
traitié ne baillié la matière de cest livre aucunes petites parties 
estîcnt bien baillîe» d^aucuns par soal us sanz art. Et pour ce 
par pluseurs temps et par cure moût diligent, nous enqueimcs 
celles choses qui estient de cest art en nous exercîtant par 
pancée et par euvre en celles meîsmes. Et pour ce que à la par- 
fin nous fiisiens soufisant de mettre en livre quelconque chose 
nostre espreve et Texperiance des autres avoit apris; lesquels, 
car il estient esprouvei sek>n lac prautice de cest art, nous ape- 
lames de lointaines terres et meîsmes grant tens à Tasambler. 
Et quant ils furent toit apdei et nous le» eûmes touz avec nous, 
nous esleumes les flours et ce qui mieux valoît de celles choses 
qui quenoissient de cest art et lors diset lors dis et lors fais 
commandement à mémoire. 

L'empereur quî^ en administrant TAllemagne avec tant d'activité et en 
conduisant de grandes guerres (i), sut trouver le loisir d'étudier la na- 
ture des oiseaux de proie et de pratiquer la chasse au vol, ne rédigea son 
livre que sur la fin de sa carrière, c'est-à-dire vers 1 240. Son œuvre, 
qui fut si hautement estimée des seigneurs de l'Europe, ne nous a tou- 
tefois été conservée que par un petit nombre de manuscrits (2), dont 
un seul, fort incomplet, a été deux fois imprimé (3). Les deux éditions 



(i) Frédéric II, né «11 194, succéda à aoo pire, Henri VI, en i t97,etnK>anitlt i3octobre ra5o 
(3) Le manuscrit qui a servi aux deux éditions de 1596 et de 1788 ne contient que deux 
Kvres : or Vctwne <fe Frédéric II comprenait six livres, dont fe texte nous a été conservé dans 
deux manuscrits du xv* siècle. L'un d'eux, cité par Brunet à rartide Fridericus^ est actuelle- 
ment i la bibliothèque Mazarine ; l'autre disait partie de la belle collection du baron Jérôme 
Pichon, et il figure, sous le numéro SyS, dans le catalogue rédigé par M. Potier, en 1869. 

(3) Reliqua libromm de arte venandi cum avibus, cum Manfiredi régis additionibus; ex 
membranls vetustis nunc primum édita. Albertus magnns de fiilconibus^ asturibus et accipi- 
tribus (edidit M. Vclscrus). Augustœ Vindelicorum, apud Joan. Prœtorium^ 1 596, pet. in-8*. 
— Rdlqua libroram Fridericî U imperatoris de arte venandi cum avibus; cum Maniredi addt- 
tionibos : aceedunt Alberti magni capita de fiUoonibns, etc. Qnibos aanotatsones addidit suas 
Jo.-Gottl. Schneider ad reliqua librorum FridericiJI, et Alberti magni capita commentarii cum 
auctario emendationum ad^iani de natura anîmaliumlibros; auctor Xo.-Gottl. Schneider. 
Upsm, 1788-89, a vor. in-^*. 



68 



REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES 



ne reproduisent que le texte latin original des deux premiers livres. Il 
fut ^t cependant, sur Tordre de princes, tout au début du xiv* siècle et 
dans la seconde moitié du xv*, des traductions françaises qui nous sont 
parvenues. La première est précieuse en ce qu'elle fournit les vocables 
usités parmi les fauconniers de cette époque ; ces vocables sont moins 
connus que ceux du xv* siècle, maintenus dans la pratique des temps 
postérieurs et mentionnés par les auteurs spéciaux, tels que Fran- 
cières, Guillaume Tardif, Arthelouche et d'Argusia. De plus, le ma- 
nuscrit qui contient la translation du xiv* siècle présente un intérêt 
tout nouveau, en ce qu'il est historié de miniatures marginales. Les 
représentations de cette sorte sont extrêmement rares et nous avons 
reproduit toutes celles qui peuvent éclaircir la doctrine que nous ré- 
sumons. 

La traduction du xv* siècle conservée à la Bibliothèque nationale sous 
le numéro 1 296, et dont nous reparlerons, ne contient que le second livre. 

Nous allons donner un résumé de la doctrine de la fauconnerie d*après 
le premier manuscrit. 




L'auteur du Deartevenandi cum avibus, après avoir décrit dans une pre- 
mière partie la nature et les mœurs des diverses espèces d'oiseaux qui peu- 
vent fournir une noble chasse, expose dans une seconde partie, la seule 
que nous résumerons, l'art d'élever et d'instruire les oiseaux chasseurs. 
Parmi ceux-ci, il distingue d'abord comme le plus fort, le plus hardi et 



LA FAUCONNERIE AU MOYEN AGE 69 

aussi le plus docile, le gerfaut^ qui a les plus belles proportions de tous 
les oiseaux de haute et noble volée (i). 

Un bon gerfaut doit avoir la partie supérieure de la tête non renflée 
et la partie postérieure spacieuse, le front large, les sourcils saillants, 
les yeux bien enfermés, les narines très-ouvertes, le bec dur et recourbé, 
le cou gras vers la tête et gros vers les épaules, le dos large, les join- 
tures moyennes des ailes, ce qu'on appelait les bouis^ tendant vers la 
tête, les ailes élevées sur le dos et non pendantes, se superposant vers la 
queue, mais pas en forme de croix, les grandes pennes des ailes larges 
et fermes, les pennes de la queue, lorsque Foiseau ne vole pas, réunies 
sous les deux pennes souveraines nommées couyercles. Il Êiut aussi que 
la fosse de Tœsophage soit large et profonde et s'arrondisse quand elle 
reçoit la viande, que le pied apparaisse en dehors, charnu et épais, que 
les hanches soient spacieuses, les jambes courtes et grosses, la palme 
épaisse et large, les doigts longs et minces, éloignés Tun de l'autre, les 
ongles maigres, courbes et aigus, les pennes de dessous de la queue, 
appelées prafer5 (2), épaisses et croisées, pour bien doubler les pennes su- 
périeures, les pennes des cuisses longues et tendant vers la queue. Bref, 
les pennes ne doivent pas être hérissées. Le plumage du ger&ut est 
plutôt gris ou blanc : parfois il tire sur le bleu ou sur le noir. Les ger- 
âiuts de tout plumage sont bons, mais les blancs, plus rares parce qu'ils 
viennent des régions plus lointaines, sont de plus de prix. Lesger&uts de 
couleur saure, avant la mue, noircissent quelquefois après, mais les 
saurets, que la mue rend chenevas (3), sont les plus chers après les blancs. 
Legerfout ùât son nid sur la pointe des rochers, près de la mer; la 
meilleure espèce est celle d'Islande. 

Le sacre fait son nid sur les arbres dans les régions moins froides, 
souvent en Bretagne. Le sacre, qui est voisin du gerÊiut par la taille et 
la force, en difïère en ce qu'il a la tête plus ronde, le bec plus bref, le 
cou plus fin et plus allongé, les plumes plus longues, les doigts des 
pieds plus courts. Saur avant la mue, le sacre devient après, brun, ten- 
dant au noir ; quelquefois sauret ou fisiuve. 

Le gentil pèlerin ou passager fait son nid comme le gerÊiut, dont il 



(i) Les traités français, et notamment celui de Francières, ne donnent pas le premier rang 
an ger&ut. L'empereur Frédéric ]I était bien placé pour apprécier les qualités de cet oiseau, 
dont l'espèce était prise conmiunément, dit Guillaume Tardif, lora de son passage dans l'Alle- 
magne du Nord. 

(a) Bracalœ. 

(3) Cannavacii. couleur de paille. 



7© 



KEVUE DfiS ÙOCUMBNTS UiSTOiliQU^ 



a'a pas la tailU, suais ôaax il possède Ifis qjoaikés de «uare éouaaésém^ 
plus haut. On reconnaît un bon péleriaea ce que ks jpMides peAoes des 
ailesyles vemttaus(i), qfiL recouvrent les petites peaaer^ dites OMftÛDLv (2), 
sont larges, et dures. L!auxeur &*ésead sur le pennag» du pélerÎA^ mai», 
nous dirons seukment que. la cèrCj peau du, bec, doit êtve teadre ei sur- 
tout de couleur verdâtre. comme les pieds^ Les pélertas bleus ou bcuas 
:sont les plus chers. 

iM/Mucom g0miil n'est ^'uœ lariété da péleriik. IL ac viens pas de 
»roairérsh>imaijies;.iiaU.tétÉ plus loade et phia petiâa, laspie^iaoii^ 
<&cei^ la couleur moins vivr. 

Le ^aaîfff est inférieur air fiuKaagsntii par les. qialîtés. de L» 

t&lretla: oou sont plus gra% le corps ess kng et charnu;, ^pi^ dc^ 
coukia bleue, est gras, et couct. Un des wes principaux da kaies est 
iléttre mains hardi et moias doux après la mue qn'aapanxint. 

De ces diverses espèces de ftniCDUSy ks: pk» belks, les plus Ibrfes es 
les plus dociles soos celles qui font leur nid vers Ir p6le apccique, • car 
bise et froidure ont seignorie au qui £iit kscors phxs fors »^ ^. fo r*.) 

Les âuicons pondeas de trois à dsuf (xut^ doat quetques^iis seol^ 





ment réussissent, et la couvée s'opère;, croit-on^ dhns ks quarante jours. 
Les poussins naissent avec de petites pkimes que suivent et rempkcent 
bientôt les bourres appelées aussi dxmes (3) ou tom. Vers Page de 
dieux mois se forment les pennes, dites sautes ^ qui muent une fois le 
premier an. Tant que les poussins ont le bec trop frêle, la mère leur 



(I)- Vamws} le mot vemntaus, qui tigniii* tuiia, fidt allasion à la forme imbriquée des 
plumes supérieures. 

(a) Cultellos. 

(3) Le texte latin porte seulement . « Secundo innascuntur lanulae et a quibusdam dicuntui 
dum». » 



ul faoconncme ac moyen agt yr 

déchiquette des rândes d'çnaeauK on, i déiiiic, de «^oadhipèdes^, «rîle 
leur en exprime le jus, qn'elie leur donne matin et mr â des heures 
réglées. Ensuite, à mesure que leur bec se fortifie , eOr leur apprend à 
déplumer une proie morte, puis vivante, et, bientôt, â swtyre cette proie, 
qu'elle ne leur présente qu'à quelque distance du nid. Les parents du 
poussin le chassent, une £Dis élevé, de la contrée, qui ne pourrait fournir 
une pâture assez abondante pour la partager. 

Cest le matin que les Êiucons sortent pour chercher leur pât, et; lors- 
qu'ils ont £ait une chasse suffisante, ils se reposent jusqu'îau lendemain. 

Les faucons, qui, par la chaleur naturelle de leur corpr, peuvent 
supporter des climats assez froids, descendent cependant chaque année 
^iers des régions plus tempérées pour suivre les oiseaux voyageurs dont* 
ils font leur proie. Les époques de cette migration varient suivant les 
espèces de Êiucons, et elles sont importantes à connaître pour pouvoir* 
s'emparer de l'oiseau à son passage. Les Êiucons gentils, qui partent les- 
premiers, se prennent du milieu de juin jusqu'en septembre; en octo^ 
bre, on prend plus de pèlerins. Quelquefois, l'hiver, on rencontre qvteh- 
ques oiseaux isolés qui n'ont pu suivre la troupe, La prise des fuieons 
avant leur traversée, ou prise de gain^ est plus fructueuse que la prise 
de retour^ laquelle s'effectue au printemps. 

On trouve les ûiucons dans les endroiu où ils ont coutume de cher* 
cher leur nourriture : les pèlerins, qui vivent d'oiseaux aquatiques, au» 
près des eaux et des rivières; les laniers, qui mangent les souris et ks 
lézards, les gentils, qui chassent les oiseaux champêtres, dans la pleine 
campagne; les gerÊiuts, à la fois aiqprès des rivières et dans les. 
champs. 

Plus souvent le âiucon était pris jeune au nid; on l'appelait alors; 
niais. Quand le nid était sur un arbre, l'homme chargé de s'emparer des 
poussins les descendait dans un panier (fig. II). Si le nid était au fond 
d'un rocher, on attachait l'homme avec des cordes et on le Élisait glisser 
jusqu'à l'aire (fig. III). 

De même que les oiseaux obtenus par des couvées artificielles sont 
de petite ou de nulle valeur, de même les) poussins sont d'autant plus, 
difficiles â élever qu'ils ont été plus tôt séparés de leur mère, et l'on voit 
bientôt leurs plumes se corroder et leurs membres devenir cassants. Aussi 
doit-on s'attacher à donner aux Êiucons niais des soins analogues à ceux 
qu'ils recevaient auparavant. Une fois pris, le poussin sera placé dans 
un lieu, le plus semblable â son nid, abrité contre la chaleur de midi, la 
pluie et la grêle, mais cependant ouvert par le haut et par trois côtés. 
Il aura près de lui une terrine élevée d'un demi-pied, large et ronde, 




ja REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES 

pour qu'il puisse y boire et s'y baigner. La demeure (fig. IV) doit 
être âoignée des bois, qui fiiciliteraient la fuite de Toiseau. 

Le choix de la nourriture ne demande pas moins de sollicitude que 
le choix de l'abri; elle se composera, telle que l'eût choisie la mère elle- 
même, de chairs d'oiseaux, dont les plus mauvaises sont celles des 
oiseaux qui vivent de poisson. Faute de chair d'oiseaux, on peut la 
remplacer par la chair de quadrupèdes sauvages, plutôt que domestiques ; 
les viandes, provenant d'animaux d'âge moyen, seront crues, dépouil- 
lées de ner6, de veines et de ten- 
dons, pour feiciliter la digestion, 
fraîches, encore chaudes de la cha- 
leur naturelle, ou au moins ré- 
chauffées dans de Peau douce. On 
les tranchera sur une table de 
bois, opération nécessaire pour les 
poussins, qui ne peuvent les déchi- 
rer avec leurs ongles (fig. V). A défeiut de viandes, les poussins peuvent 
être nourris de fromage frais et recuit, non salé, ou bien d'œu& de 
poule mélangés avec du lait de la manière suivante : après avoir retiré 
le blanc, on emplit l'œuf de lait, et le mélange se fait cuire dans une 
casse (fig. VI) à petit feu de charbon, de âiçon qu'il ne soit ni dur 
ni mou. La nourriture doit être r^ée suivant l'âge, l'appétit et le d^ré 
de cludeur de foiseau : dans les longs jours, elle est administrée deux 
fois, par petites quantités, avant la chaleur de midi, et le soir quand on 
a reconnu par la qualité des déjections que la digestion du premier repas 
est complète. 

L'oiseau sera laissé libre et pourra voleter tout autour du lieu où il 
est nourri, sans danger qu'il s'enfuie, car il ne l'essayera pas jusqu'à 
ce qu'il se sente assez fort et capable de se procurer lui-même sa pâture. 
Mais dès qu'il sera sur le point de voler il devra être adébonnairi. A cet 
effet, il sera privé de la liberté, toutes les issues seront fermées, sauf 
une, à laquelle sera appliquée une porte dite jajole (i) qui permettra de 
s'emparer de l'oiseau plus Êicilement et sans dommage pour lui. La ja- 
jole sera fermée trois soirs consécutif. Cest de nuit que l'oiseau sera 
pris, car s'il voyait, au jour, l'homme s'approcher pour le saisir il s'ef- 
frayerait et, habitué qu'il est déjà à voleter, il se froisserait les plumes. 
Le quatrième soir on vient avec un ou deux aides ; après avoir constaté, 

(I) Regiola. Le traducteur du xv* siècle emploie le mot traillttte, petite traille ou grillage. 



LA FAUCONNERIE AU MOYEN AGE ji 

h la kintenie, dans quel coin de la demeure est réfugié Toiaeau, on en- 
lave la lumière, pour éviter de Tefibroucher, et on le saisit i deux mains 
et sous la poitrine en étreignant les ailes; alors on peut k cilier (i). 
Pour cela, il ùlux l'envelopper dans un drap de lin mouillé, sans empê- 
cher toutefois les mains du porteur de maintenir les ailes et les crnsse». 
Celui qui cilié passe une aiguille ronde au-dessous de la marge de la 
paupière inférieure, de dedans en dehors, pour ne pas atteindre la pru- 
nelle, et, après avoir fiût passer le fil sur la tête du fitucoo^ il peroe la 
paupière supérieure de la même fiçon. Les deux bouts du fil, ramenés 
et noués sur la tête, seront coupés près du nœud et cachés sous lespln- 
mes, de manière que le fiiucon ne les casse pas avec ses ongles ea ae 
grattant la tête (fig» VII). Ainsi cilié^ L'oiseau peut être soumis^ sans 
qu'il s'e£fraie, aux opérations suivantes. On lui rebouche {%) ka ottr 
gles (fig. VIII), pour qu'il ne blesse pas la main du porteur^ sous ks 
coutures du gant, ou qu'il ne nuise pas à un autre fiuicon en lui dispu- 
tant k proie ; enfin on le rend captif à l'aide ànjet (fig. IX), fût de cuir 
mou et fort, et assez large à l'entour du pied pour ne pas k comprimer 
et k rendre podagre. A l'extrémité amincie du jet, deux «fi'yfL^iif de 
métal ou deux m4illes de haubert, rivés ensembk et nommés tour- 
^^ P) (fig* X)i servent â réunir au jet k longe (fig. XI) sans que l'oi- 
seau puisse s'y entortiller les pieds (4) ; c'est avec k longe qu'on lie l'oi- 
seau sur k perchoir. Outre ces entraves, on fixe au pied du kuoon, un 
peu au-dessus du jet, un grelot d'airain appek campomMe (5) ou noie 
(fig. XII). La camponnelk, qui doit être d'une grandair prc^rtionnée 
à celk de l'oiseau, a des trous assea étroits pour que celui-ci aV puisse 
ficher l'aigu de son bec : par [elk on est averti si k fiiucon se débat, se 
gratte ou mâche son jet, et on peut alors être toujours i temps pour k 
secourir ; k grelot sert encore à retrouver plus fiibcikment l'otseau sHl 
s'est égaré. Ceux qui attachent k camponti^ aux plumes de k queue 
rendent celles-ci malades et k queue mal pendante, 

Cour porter k kucon mais, k partie supérieure du bras droit doit des- 
cendre k long du corps, qu'elle ne louchera pas toutefois, car ai elk en 

(I) Ciliare seu bMre, L« tndacdoa emploie incUftiactemeot Te substantif cilié oa ciliure : 
c'est cette dernière fonne qui a prévalu, car Artheloucbe (p. 5i) dit chilleurê. 

(s) Amputare et hebetare. Notre traducteur dit reboÊuhier et rfo'npUir frognei). 

(3) Tometum. La traductionj qui porte une première fois le véritable nom tourmtt^ ne 
donne plus par la suite que touret. Le traducteur du vr* siècle a adopté la bonne forme. 

(4J Ctataor le tQvmacqac se snvaicle non dnmaltii de l'oiseau. 
(5) CampangUa. 

TOUK I. 10 



74 REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES 

suivait le mouvement, l'oiseau balancé se débattrait; Pavant-bras sera 
replié à angle droit; la paume de la main et le pouce seront maintenus 
dans Taxe du bras, tandis que l'index sera replié perpendiculairement aa 
pouce et que les trois derniers doigts seront refermés en manière de 
support. Ainsi, Toiseau ne se trouve jamais élevé près du visage de 
l'homme, dont il a peur; il devra avoir la poitrine opposée au vent 
^fig. XIII). Le lacs du jet, pris entre le pouce et le médius, doit, pour 
^tre sc^dement assuré, passer sous les doigts inférieurs. La longe, pres- 
que entièrement enroulée autour du petit doigt, aura son extrémité 
seule pendante. Le Êiuconnier saura porter l'oiseau sur l'une et Tautre 
main, bien qu'en certains pays on n'admette que la main droite (i). 

Malgré les soins apportés à son éducation, le faucon niais est toujours 
de moindre valeur que celui qui a été pris à l'état sauvage ; et l'on doit 
savoir le distinguer de celui-ci. Il a les pieds et la cère plus blancs, les 
ongles et le bec moins polis, moins luisants et moins aigus; il est plus 
criard et plus béant, hérisse ses plumes lorsqu'on lui présente le pât, et 
ie défend à coup d'ongles et de bec si on veut le lui retirer. On l'appelle 
également grigneus. 

~ Le Êiucon pris en dehors du nid et à l'état sauvage est appelé ramage. 
On s'en empare, aux époques fixées plus haut, avec des engins divers : 
les rets, le lacs, etc., et d'autres que l'auteur n'énumère pas, se con- 
tentant de recommander la plus grande délicatesse dans cette prise, car 
les blessures £ûtes alors guérissent rarement. Quand le ramage est pris, 
on l'enserre dans un sac de lin appelé maillolet, qui maintient les ailes 
et les pieds, ne laissant passer que la tête et l'extrémité de la queue. Le 
maillolet est fermé à sa partie supérieure par des lacets qui permettent 
de le serrer suivant les besoins (fig. XIV). Sous cette entrave, l'oiseau est 
dans l'impossibilité de se blesser et peut être aisément transporté à sa 
demeure, à la condition toutefois de ne pas être laissé trop longtemps dans 
le maillolet, qui comprime les organes digestif. Cependant, avant de 
l'en délivrer, il fout le cilier (fig. XV), car cette opération est plus dif- 
ficile que pour le niais; une fois cilié, on lui rogne les ongles et on lui 
met le jet. Pour le porter, on maintient la poitrine avec la main de- 
meurée libre (fig. XVI); la main qui porte ne doit jamais trem- 



(I) En effet, Gmllanme Tardif dit à la page 48 de son traité : 

• Le porter d'oisean sur le poing dextre est meilleur et pins seur pour Toiseau qne sur le 
senettre, parce qu'il est plus agilement jecté pour voiler partant de la main dextre et en est 
plus léger et soubdain, et en montant et descendant du cheval, l'oiseau est plus seurement sur 
la dextre que sur la senestre, et le mue souvent en diverses mains, afin qu'il s'asseure. > 



LA FAUCONNERIE AU MOYEN AGE yï 

bler, car Foiseau se débattrait et se blesserait les cuisses et les reins. 

Le port de Foiseau était très-difficile, et peu de fauconniers avaient les 
qualités nécessaires à cet exercice. On ne peut être un bon feuconnier 
que par une pratique de toute la vie, mais il faut aussi certaines condi- 
tions de nature : être de moyenne stature et de moyenne complexion, 
avoir bonne vue, bonne oreille, être hardi, pas trop jeune, et cependant 
alerte et léger en ses mouvements. La paresse et l'ivresse sont les plus 
grands obstacles pour devenir habile en Part de la Êiuconnerie. La 
main qui doit porter Foiseau est protégée par un gant de gros cuir, 
assez long pour couvrir jusqu'au coude et assez large pour être mis et 
retiré rapidement (fig. XVII]. Le fauconnier suspend à son côté un 
sac qui, contenant les chairs pour la pâtur« de Foiseau, s'appelle char- 
nière. Les autres parties du costume du fauconnier qui ne sont pas énu- 
mérées par Fauteur se trouvent réunies dans la miniature n* XVIII. 

Il ÙLUt être expert pour adébonnairir (i) le £siucon, c'est-à-dire pour 
le rendre maniable. Avant de le soumettre aux opérations nécessaires, on 
doit s'assurer qu'il est sain, ce qu'on reconnaît à ce qu'il a les grandes 
pennes lisses, les basses plumes (ou barbe) dressées, à ce qu'il n'agite pas 
les paupières, qu'il pousse ses cris bien clairs, jette largement, se baigne 
de bon gré et joyeusement, dort sur un pied , la tête entre les épaules, 
et respire souvent sans agiter la queue. 

Le ramage s'adébonnairit avec ou sans Faide du chapel (2), La pre- 
mière manière, qui est la plus ancienne, est plus longue et &tigue da- 
vantage le patient. On le pose d'abord tout un jour et toute une nuit 
sur la main doucement, en le irisant changer de porteurs. Pendant ce 
temps, il est privé de la nourriture, qu'il recevra après sans dégoût. 
Quand l'oiseau est suffisamment affamé, le fauconnier le porte dans une 
maison obscure, car la ténuité des paupières laisse passer la lumière 
malgré la ciliure, et solitaire, car tout bruit serait un sujet d'ef&oi ; puis 
il lui présente une cuisse de geline, la meilleure de toutes les nourritures. 
L'oiseau sera habitué à bêcher (% chaque matin, ce pât, qui lui est pré- 
senté d'abord avec la main et qui ensuite lui est abandonné en partie ; 
Fhomme en retient toujours quelques quantités pour revenir plusieurs 

(i) Mansue/acere. Dans la traductioa du xv* siècle on ne trouve que le tenne consacré dès 
lors affaiter. 

(a) U chapiaus de notre traducteur ne se trouve plus qu'au cas oblique, le chapely dans la 
traduction du xy* siècle ; il est devenu le chapelet^ dans Arthelouche, et plus tard le cha- 
peron. 

(3) L'abèchement (abbecati)) marque l'action de manger le pàt ; le màchillement (mordîca- 
tio) désigne simplement le fait de picoter le tiroir. 



r 



j6 REVUE DES DOCUMENTS HISTX>RIQUtS 

fim pendant le )Our lafammâcMlkt i roiseaa, qu'il t'ctticbera ainsi 
dftTantage. 

Une cuisse dt geline suffit pour un fiiuoon moyen, car il firat, dans 
le commencement, lui imposer un jeûne qui lui fera désirer la nourri- 
ture, n est oqpendant important de ne pas le laisser anîTer â une trop 
grande maigreur :aa fidbksse serait alors sans remède. Le ngne que 
Poiseau s'affiâblit, cf est que la partie charnue de la poitrine s'amollit et 
que les plumes se décobrent 

Quand Toiseau mange ou michine, il &ut le toucher «foucementf 
mais surtout pas avec des mains humides, qui défloreraient les plumes* 
La nuit, on le promènera dans la maison et, s'il se peut, on le fera 
dormir sur la main, car, avant tout, il convient qu'il aime la main de 
Phomme. 

Pour reposer Poiseau, le feuconnier le met sur la perche ou sur le sé- 
dile. La perche est en bois, haute ou basse : la perche haute est élevée au- 
dessus de terre au niveau des yeux d'un homme (fig. XIX), pour que 
celui-ci, sans être vis4-vis du feucon, puisse cependant voir les déjec- 
tions, les purgements de la plumée et surveiller le jet. Elle est de lon- 
gueur à supporter plusieurs feucons espacés sufibamment pour ne pas 
se nuire entre eux. Il ne feut pas deux perches dans la même chambre, 
car Poiseau serait tenté de voltiger de Pune à l'autre. La perche ne sera 
pas fixée aux parois, mais pourra être transportée en des endroits plus 
ou moins clairs, sdon que l'oiseau se montrera plus ou moins docile. 
La perche haute est large d'un pied; le feucon y g^te i l'aise et s'y 
débat sans danger. La perche basse peut être moins large, car le feucon 
n'y est pas lié court et peut descendre à terre. 

Le sédile préférable est un cône de bois supporté par une tige dont 
l'extrémité, armée d'un fer aigu, se fiche aisément en terre. On a coulé 
à la tige un anneau de bob ou de fer qui retient la longe et qui, tour- 
nant avec elle, l'empêche de s'entortiller autour de la tige (fig. XX). 
Le sédile carré en pierre, auprès duquel se fichait une cheville de bois 
qui retenait l'anneau, se transportait malaisément et ses angles bles- 
saient maintes fois les plumes de l'oiseau. Il ne feut pas omettre d'éten- 
dre, sous la perche basse ou sous le sédile, de la paille ou du sable, afin 
qu'en descendant l'oiseau ne se blesse pas la plante des pieds, qu'il a 
délicate. 

Pour poser l'oiseau, le feuconnier Pélevait insensiblement à reculons 
jusqu'à la tablette supérieure, où, la main appuyée et en lâchant le jet, 
il sollicitait Poiseau à descendre spontanément (fig. XXI et XXII). La 



LA FAUCONNERIE AU MOYEN AGE 77 

miniature XXIII explique suffisamment de quelle fiiçon le fiiuconnier 
se prend à lier la béte sur le perchoir. 

Le fiiucon mis sur le perchoir s'y agite, soit lorsqu'il se débat^ c'est- 
à-dire qu'il cherche à s'enfuir, soit lorsqu'il est simplement en mal 
repos; dans ce dernier cas, il mord ses entraves et comprime ainsi ses 
pieds ou se blesse de l'aigu de son bec; on lui garnit alors le bec d'une 
escrache de bois dur ou d'une pierre, qui lui cause du dégoût lors* 
qu'il mésuse de son bec. Quelquefois les £iucons encore ciliés se grat- 
tent les paupières endolories et se les déchirent; on'leurlie alors l'un à 
l'autre les pouces des pieds. Souvent aussi le &ucon bat des ailes : on 
le prend et, s'il est trop excité, on lui présente un tiroir de chair et, au 
besoin, on l'arrose d'eau froide ou on le baigne (fig. XXIV). 

Il ne suffisait pas, pour habituer l'oiseau i bien prendre le pât, de le 
maintenir dans une chambre obscure. Il Mait en même temps lui 
toucher les oreilles pour éveiller le jeu de cet organe. On le trans- 
portait alors dans une pièce ouverte et pleine d'un bruit de voix. 

Ces épreuves surmontées, l'oiseau pouvait être décilié. 

L'oiseau ne doit être décilié qu'insensiblement, car un passage trop 
prompt à la lumière lui rendrait effi*ayants tous les objets extérieurs et 
augmenterait sa sauvagerie naturelle. Pour décilier l'oiseau, un aide lui 
maintient lesailesetles pieds, tandis que le fiiuconnier se rend compte, par 
un examen attentif, si le trou des paupières n'est pas corrodé et supportera, 
sans se rompre, les opérations subséquentes. Si la corrosion est trop 
avancée, on décilie totalement, en tranchant les fils : dans le cas con- 
traire, on relâche les fils juste assez pour laisser seulement les pau- 
pières s'entr'ouvrir (fig. XXV). Cest de nuit ou dans une maison 
obscure que la ciliure sera relâchée. Le fiiuconnier seul demeurera avec 
l'oiseau, l'accoutumera avec une lumière douce à la vue de l'homme, 
et, en même temps, aux sons de la parole ; il le promènera dans la mai- 
son et, peu à peu, le transportera dans une chambre claire et bruyante; 
puis il le portera, d'abord i pied, ensuite à cheval. La sortie aura 
lieu avant le jour et elle sera de plus en plus longue. L'oiseau, en ren- 
trant, sera placé sur la haute perche et, pendant qu'on l'y liera, il re- 
cevra le tiroir (fig. XXVI). 

Quand le fiiucon paraît accoutumé à la demi-clarté, on le décilie tout 
à fiût. L'opération s'accomplit pendant la nuit et à l'aide d'une lu- 
mière; l'oiseau est tenu à deux mains, le fil est tranché et, les pau- 
pières une fois délivrées, on Ml disparaître vivement la lanterne; puis, 
dans l'obscurité, on prend l'oiseau sur la main, on émet les son^ qu'il 



78 REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES 

connaît, on lui présente le pât, et, s'il le prend bien, on apporte une 
lumière douce qui, augmentée peu à peu, permettra au faucon de te 
rendre compte, sans s'effi^yer, des objets de la maison. Cette nuit-là le 
Êiuconnier doit être plus que jamais attentif, soumettant Toiseau aux 
exercices ordinaires, le Élisant passer de la main à la perche et lui pré- 
sentant, au moindre efiroi, le tiroir. Il le laisse aussi seul sur le perchoir 
vers la fin de la nuit, mais qu'il ait soin, avant le jour, de venir le re- 
prendre, en lui présentant le tiroir, qui est le meilleur aide pour adé- 
bonnairir sans chapel le faïucon, «comme nulle chose ne soit » dit notre 
auteur, a qui puisse être moienne qui face le fisiucon tant ameir le fitu- 
connier comme li tireours. » (Fol. 1 37 v*.) 

Il y a deux sortes de tiroirs (i) : Tun, de chair bien fraîche, n'est autre 
qu'une patte, ime aile ou un cou de gellne ou d'autre volatile conve- 
nable (fig. XXVII) ; l'autre se compose d'un os ou de muscles garnis de 
plumes et de pennes et sert seulement à distraire l'oiseau ou à le pur- 
ger des humeurs mal&isantes (2). 

Le feuconnier doit toujours avoir dans sa main ou dans sa charnière 
le tiroir : il ne le montrera qu'après avoir adressé l'appel coutumier, et 
surtout, en le donnant, il détournera les yeux, le mettra aux pieds de 
l'oiseau et attendra que celui-ci y bêche, pour l'examiner, s'il a besoin 
de s'assurer de son état. Ce n*est que dans les cas urgents qu'il usera 
du tiroir, ne l'abandonnant pas entièrement, pour se ménager plus 
souvent les ressources de cet expédient. Plus tard, il le présentera d'en 
haut, pour habituer le faucon à la face humaine. 

Après cette éducation intérieure, le Êiuconnier se préparera à sortir 
l'oiseau et il le laissera quelque temps sans nourriture, pour le forcer 
à accepter plus volontiers le pât au dehors, mab il réglera le jeûne 
selon l'étrangeté, la convoitise ou la maigreur du patient. Plus celui-ci 
sera étrange^ c'est-à-dire plus il sera sauvage et plus il refusera la 
nourriture, plus on la lui détiendra. Plus il sera maigre et vorace^ 
moins on lui en retranchera. Alors on le portera à l'air franc, soit à 
pied, soit à cheval. Pour la sortie, le meilleur moment est le matin, 
par une pluie fine, car alors l'oiseau distingue moins nettement les 
objets qui l'eâBrayent, et ses plumes, un peu humides, se prêtent 
moins aux débats : d'ailleurs, le Êiucon mouillé est toujours paresseux. 
En quittant la maison, le fauconnier doit, pour empêcher l'oiseau de 



(i) Tiratorium. 
(2) C'est le leurre 



LA FAUCONNERIE AU MOYEN AGE 79 

se débattre et de se blesser ainsi aux jantes de la porte, lui donner le 
tiroir à mordre et passer d'abord la partie du corps qu'il a libre et la 
tête, pour voir s'il n'y a rien qui effraye le faucon (fig. XXVIII). Une 
fois dehors, il reprend le tiroir. Puis, il se place de manière à empê- 
cher que l'oiseau, ayant le vent dans le dos, se débatte. Chaque 
jour, il choisira des endroits de plus en plus fréquentés, et il aura soin, 
après avoir rentré l'oiseau à la maison, de lui reproduire les bruits 
qu'il aura entendus pendant la promenade. 

Cest pendant les sorties que les débats du faucon décilié sont péril- 
leux : ils se produisent de diverses &çons. L'oiseau se débat vers la 
visage de son porteur, comme pour s'envoler par-dessus son épaule 
(fig. XXIX) ; mais il risque peu de se blesser, car il retombe de son 
propre poids sur la main. Il se débat vers l'épaule du porteur, mais, 
comme il baisse alors légèrement la queue, il la froisse en retombant* 
Enfin, il se débat hors la main du porteur en s'élevant, et il ne peut 
être sans grands détours rassis, ou en s'abaissant, et alors, entraîné par 
son poids, il reste pendant et se blesse toujours (fig. XXX). Aussi im- 
portc-t-il de régler ces débats, qu'on ne peut empêcher, et d'habi- 
tuer l'oiseau à les effectuer de la &çon la moins dangereuse, c'est-à- 
dire vers le visage de l'homme. On y arrive en lui montrant d'en haut 
le tiroir (fig. XXXI), ou bien encore, l'homme l'oblige à passer par- 
dessus sa tête pour sauter sur le perchoir (fig. XXXII). En le prome- 
nant dans la maison, le &uconnier s'arrêtera, tournant le dos aux fe- 
nêtres et aux issues, vers lesquelles l'oiseau s'envolera. Quand l'oiseau 
est sur la perche, il faut le placer près d'une fenêtre élevée, pour l'in- 
duire à se débattre en haut. Enfin si, pendant la promenade, il se 
débat le long du bras, le porteur, pour le ramener à la fece, reploiera 
son coude (fig. XXXIII). 

L'oiseau se débat, soit lorsque le porteur le regarde, veut le tou- 
cher ou simplement fait des mouvements pour se lever, s'asseoir, pres- 
ser le pas, frapper du pied, tousser ou étemuer. On voit alors le faucon 
ouvrir le bec, tirer la langue en soufflant, pousser même des cris de 
peur, hérisser ses plumes, ouvrir les ailes et la queue, en fixant au visage 
le porteur. Celui-ci doit aussitôt détourner la fece, faire l'appel au 
pât et, au besoin, présenter le tiroir; il a soin, par la suite, de multi- 
plier les abêchements pour se feire aimer de l'oiseau, d'éviter de le fixer 
et, s'il a besoin de le voir, de ne le regarder que les yeux baissés 
(fig. XXXIV). 

Que le feuconnier mette et ôte alternativement son galeron ou cha- 
peau de feutre (fig. XXXV). 



8o REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES 

Veut-il toucher roiseni friîcfaement décilié pour asseoir sur la main 
les plumes, les pennes ou les pieds, il ne l'essayera qu'après ayoir £ût 
l'appel au pftt et donné k tiroir. S'il a la main étendue et que l'oi- 
seau s'en aperçoive, il ne la retirera pas brusquement et la laissera sans 
bouger jusqu'à ce que celui-ci regarde d'un antre côté. Il ménagera tous 
ses mouvements; s'il va étemuer ou tousser, non-seulement il donnera 
le tiroir, mab il se détournera et ae retiendra pour se satisûiire c tant 
comme il pourra soueifinent w (fig. XXXVI). Si le faucon se détourne de 
la main, il ne le ramènera pas en le touchant, mais en te tournant 
lui-même, de manière que l'oiseau ae retrouve dans une bonne po- 
sition. 

Lorsque k fitucon est effrayé par des choses extérieures, comme un 
animal^ on k voit tourner vivement la tte, fiûre sortir ses yeux, éten- 
dre son cou, retirer à lui ses plumes, dresser ses jMeds et se dâ>attre. 
L'homme se mettra akrs entre lui et la cause de sa peur et, au besoin, 
lui donnera k tiroir. 

Ce qu*il in^>orte, c'est de ménager le £iucon de &çon à ne pas être 
réduit â le dlier de nouveau, ce qui k rendrait vicieux. Il fiiut surtout 
se perfectionner à bien k porter pour éviter une des causes principales 
de ses débats. 

Rentré à k maison, l'oiseau ne sera pas plus docik sur k perchoir 
qu'il ne Tétait sur k main. En se débattant sur k perche, il risque de 
s'y briser les plumes et de s'y frapper dangereusement k poitrine. Le 
secours doit alors être rapide. L'homme apportera un tiroir savoureux, 
fera un appel plus doux, prendra l'oiseau sur k main, ne k repkcera 
sur k perche qu'à reculons, sans k regarder, et liera k knge très- 
court. Il ne s'éloignera guère. 

Que le fauconnier examine avec soin pourquoi Foiseau se débat : si 
celui-ci a feim, on le voit ouvrir doucement les yeux, bêcher k jet et k 
camponnelle et battre feibkment des ailes; s'il veut sortir, il regarde 
avec inquiétude l'issue ouverte et bat vivement des ailes. L'homme, 
alors, se mettra entre lui et l'issue, et, s'il ne le voit pas se calmer, il 
pensera qu'il veut vokr, parce qu'il a eu trop de repos. Il le prendra 
et essayera de le remettre sur k perche jusqu'à l'heure ordinaire de k 
sortie. Mais s'il ne réussit pas encore, le feuconnkr ne donnera pas 
le tiroir à l'oiseau, qui deviendrait trop gras et se débattrait chaque 
fois qu'il voudrait obtenir des mâchiUements. Il lui présentera seulement 
le tiroir d'os et de plumes, et, s'il ne le satisfait pas, il l'arrosera d'eau 
froide de k manière suivante. Il lui lavera trois ou quatre Ibis k bouche 
pour en enlever les viscosités salivaires qui, sans cette précaution, sorti- 



LA FAUCONNERIE AU MOYEN AGE 8l 



raient lors de rarrosement et rendraient les plumes molles et gluantes. 
Puis le fiiuconnier prendra dans sa bouche de Teau froide et la souf- 
flera doucement sur le dos et sur la poitrine de Toiseau, auquel il fera 
lever les ailes pour pouvoir arroser également les côtés, jusqu'à ce que 
les plumes et les pennes soient moites (fig. XXXVII). On renouvellera 
deux ou trois fois, s'il le faut, Farrosement, qui aura toujours lieu dans 
une pièce obscure. On reconnaîtra que le &uoon se sent asses mouillé 
pour ne plus compter sur ses ailes, lorsqu'il les secouera souvent ainsi 
que sa queue. 

Si l'arrosement réprime les débats de l'oiseau et le rafraîchit lorsqu'il 
est échauffé, le bain a des effets encore plus salutaires (fig. XXXVIII). 
D'ailleurs le faucon, qui, à l'état sauvage, se baigne fréquemment, ne 
pourrait, sans danger de maladie, être privé de cette hygiène. Aussi 
doit-on lui ménager ime tine de bois ou de terre, ronde, de deux pieds 
de diamètre, haute proportionnellement à la grandeur même de l'oiseau^ 
et qui sera remplie d'eau froide, claire et douce, n'ayant pas de pro- 
priété mauvaise. Que la tine n'ait pas de fissure, car l'eau, en s'écou- 
lant, nuirait aux plumes de l'oiseau ; qu'elle soit ptàcéc^ l'hiver, dans la 
maison, et, l'été, dans un champ ou dans un jardin, mais qu'elle soit 
hors la portée de toute béte pouvant effitiyer l'oiseau. Le bain sera pris, 
pendant les chaleurs, avant midi, et, pendant les fix>ids, lorsque le so- 
leil sera déjà haut. Le feucon se baignera après le pât, qui toutefois lui 
aura été donné en moindre quantité. Si l'oiseau est maigre, il recevra, 
le soir, un second pât, car le bain aura hâté la digestion dn premier. 
Le bain ne sera administré que tous les deux jours, et, s'il est surtout 
utile pour adébonnairir le fiiucon déjà décilié, il pourra cependant être 
aj^qué auparavant, pour qu'il soit moins e£&ayant à l'oiseau. 

Pour baigner le &ucon sauvage, il fiiut d'abord placer près de la tine 
soit le sédile, soit la pierre, avec unpassel où l'on boute la longe, me- 
surée de sorte que ce ûucon entre dans le bain sans pouvoir voleter 
au delà (fig. XXXIX) ; que le £iuconnier ne reste pas près de l'oiseau, 
mais que cependant il ne s'éloigne pas trop, et qu'il revienne i^rès le 
bain. Alors, qu'il ait soin de ne pas regarder l'oiseau ; qu'il l'attire sur la 
main par l'appel au pât ou par le droir, puis qu'il le tienne exposé au 
soleil jusqu'à ce qu'il le voie parùinàre^ et, s'il ne réussit pas, qu'il le 
fiisse paroindre à l'ombre. Le fiiuoon paroint quand il prend avec son 
bec la graisse qu'il a sous la queue et s'en enduit les pennes et les plu- 
mes. Il &ut agir autrement avec l'oiseau qui est encore cilié ou seule- 
ment à demi décilié. Pour l'attirer au bain qu'il ne peut voir, l'homme 
l'approche tout près de l'eau, agite celle<i avec une baguette et attend 

TOMl I. 1 1 



82 REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES 

que Toiseau s'y jette de lui-même, car il ne doit jamais le contrain- 
dre (fig. XL). Il Texcite encore dans le bain en agitant Teau. Quand Toi- 
seau témoigne, par ses mouvements, qu'il veut sortir, le fauconnier tire 
à lui la longe jusqu'à ce qu'il arrive à prendre le jet le plus près possible 
des pieds (fig. XLI). 

Le faucon n'est pas entièrement adébonnairi s'il n'a pas été habitué 
à se laisser porter sur un cheval. Pour les premières sorties, il fiiut 
choisir un temps de pluie fine, qui, humectant les plumes de l'oiseau, les 
rendra paresseuses et impropres aux débats. Levé avant le jour, le fau- 
connier prendra l'oiseau de son si^, sur la main gauche, puis, pou r 
monter à cheval, affermira cette main sur l'arçon de devant, saisira de 
la main droite l'arçon de derrière, s'élancera, et une fois en selle aura 
soin de d^ager rapidement la main qui porte (fig. XLII). L'auteur in- 
siste sur cette méthode parce qu'une habitude contraire, fi^uente 
parmi les Êiuconniers à cheval (fig. XLIII), avait pour effet d'efibrou - 
cher et même de blesser l'oiseau. 

Il ne convient pas de prendre une allure vive qui inquiéterait le fau- 
con inexpérimenté, de passer près des haies, des bois ou des étangs, de 
rencontrer des charrettes, des foules d'hommes ou des troupeaux. 

11 &ut surtout éviter de sortir à la chaleur du jour ; si toutefois le 
fauconnier y est contraint, il devra soufBer souvent de l'eau froide à 
son oiseau, souvent aussi lui présenter le pât, mais par petites quan- 
tités, pour ne pas nuire à la digestion. 11 mouillera les chairs d'eau 
froide, car, si elles n'étaient pas amorties, l'oiseau, chaud et sec de 
lui-même, s'échaufferait et se débattrait fort. En hiver, au contraire, le 
fauconnier attendra pour sortir que le soleil soit haut et portera des 
gants fourrés extérieurement qui tiennent chauds les pieds de l'oiseau. 
Si le mauvais temps le surprend, il cherchera un abri ou au moins garan- 
tira son £Eiucon de son galeron, et, tournant contre sa poitrine la poi- 
trine de l'oiseau, laissera seul à la pluie le dos, qui y est moins sensible. 

L'oiseau, pendant la route, se débat vivement s'il est mal porté. Alors 
il baisse les ailes ; il n'a pas la queue droite, mais foisant bosse au point 
d'attache avec le dos ; il bat la main du porteur, l'étreint avec ses pieds, 
se secoue et s'agite âdblement, ne flagelle pas des ailes ; étendant tantôt 
l'une, tantôt l'autre, il clôt un œil et souvent même les deux. L'oiseau 
qui a été ainsi vicié par un mauvais porteur devra, pour être corrigé, 
être remis dans une maison obscure, sur un siège au-dessous duquel 
il trouvera en hiver de la paille, et en été du sablon, lorsqu'il voudra 
descendre pour se délasser. Il sera laissé au repos d'autant plus qu'il aura 
été lassé. Il paraîtra guéri lorsqu'il aura les yeux allègres et ronds, les 



LA FAUCONNERIE AU MOYEN AGE 83 

pennes recueillies, qu'il dressera les pieds, secouera fortement et vive- 
ment les ailes; dès lors il reprendra le régime coutumier. 

Après avoir traité de Tadébonnairissement sans chapel, Pauteur parle 
de la manière, moderne alors, d'adébonnairir avec le chapel; il nous 
apprend que ce procédé a été imaginé en Orient, et qu'il était appliqué 
par les Arabes. 

... et nous quant nous passâmes la meir veismes que cist 
arabe usient dou chapel en cest art, car li roi des arabes nous 
envoient lor plus sages fauconniers en cest art à tout plusours 
menières de faucons, et, fuer ce, nous ne fumes pas négligens 
d'apeleir à nous les plus esprouvez de ceste chose tant d'Arabe 
comme des régions de Penviron de nous dès ce tens, c'est à sa- 
voir ouqueil nous eûmes propos premièrement de mettre en li- 
vre les choses qui sont de cest art, et preimes dans toutes les 
choses qui cognoissient estre millors de cest art, si com nous 
avons dit on commancement. Dont pour ce que li us dou cha- 
pel estoit une des mieudres choses qu'il seussient et nous veîmes 
le grand profit qui estoit ou chapel pour adébonnairir les fau- 
cons, nous usâmes de Padébonnairissement des faucons qui est 
fais par le chapel ; et ainsinc Tus dou chapel esprouvé, cil de 
nostre tens qui sont dessa la mer Tourent de nous. Pou coi di- 
gne chose seroit qu'il ne fust laissez des ensievans qui vanront 
après nous. 

Le chapel, que l'auteur est si glorieux d'avoir importé et qu'il lègue 
aux fauconniers à venir, est en cuir souple, et suit la forme de la tête 
qu'il emprisonne jusqu'au cou, ne laissant libres que le bec et les na- 
rines. Il est large au-dessus de la tête, éloigné des yeux, étroit sous le 
cou pour qu'il ne tombe pas Êicilement. Il reçoit, à sa partie supé- 
rieure, de petits trous qui sont destinés à rafraîchir la tête de l'oiseau, 
et dont Frédéric II préconise ainsi l'emploi : 

Ces permis avons nous acostez à la première fourme en re- 
gardant le profit de quil sont, car quant li chapiaus estoit ps- 
teiz dou chief du faucon qui estoit eschaufiez desous le chapel 
et il estoit abandonnez après l'osteir dou chapel à Pair froit en 



84 REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES 

reumat, et non pas de ce seulement vient reumes au faucon 
mais plusours maladies autres dou chief ; lesquelz maladies n^a- 
vindrent pas si souvant au faucon après ce que nous eûmes fait 
percier le chapel par dessus et onques puis nuilec si soudaine 
mutacion n'avint au faucon de chalour en froidour ou de froi- 
dour en chalour, le chapel mis ou osteir (1). 

Le chapel qui se prolonge en pointe sur le haterel (la nuque) reçoit 
une courroie étroite de cuir tanné et mou, assez longue pour descendre 
entre les deux ailes jusqu'au bout des pennes de la queue (fig. XLIV). 

Lorsque le faucon ramage vient d'être pris il faut, avant de le coiffer du 
chapel, lui reboucher les ongles, lui mettre les jets, la camponnelle, et le 
cilier. Cette dernière opération reste nécessaire pour permettre de sortir 
et de remettre à volonté le chapd. Quelques maîtres prétendent qu'on 
doit soumettre au chapel l'oiseau â peine débarrassé du maiUolet, car 
alors, fort e£fiayé, il le subit avec moins de résistance. D'autres afi^- 
ment qu'il ne faut user du chapel que lorsque l'oiseau est déjà habitué 
à être touché au cou et à la poitrine, vu qu'auparavant, étrange et ré- 
pugnant de l'homme, il se défend et risque de se blesser. L'auteur, plus 
sage, considère que les &ucons, tels que le sacre et le lanier, qui, même 
après la ciliure, ne sont pas effirayés et se débattent de toutes façons, 
doivent recevoir immédiatement le chapel ; nutis qu'au contraire pour le 
fiiucon, rendu peureux par la ciliure, il âiut ajourner la mise du chapel. 
On voit que l'oiseau a peur quand il retire ses ailes à son dos, ne bouge 
ni du bec ni du soufBe, ne remue pas la tête et n'horripile pas les plu- 
mes sous l'attouchement. 

Quand viendra le moment de mettre le chapel, le £aiuconnier portera 
dans une maison obscure l'oiseau qui, même étant cilié, percevrait la 
lumière et serait rebelle à l'opération. 11 tiendra les jets plus étroits et 
plus courts pour mieux affermir l'oiseau sur la main ; il prendra le cha- 
pel de fiiçon à avoir le médius et l'index sur la partie supérieure con- 
vexe, et le pouce un peu au-dessus de l'ouverture par où doit passer le 
bec (fig. XLV), il gardera la courroie entre les deux premiers doigts et 
les deux derniers (fig. XLVI); puis devant la main il présentera à la 
lace du faucon le trou où doit entrer la tête, en même temps qu'avec les 
deux doigts inférieurs il retiendra l'oiseau pour l'empêcher de se reje- 
ter en arrière. Il aura soin surtout de rendre aussi douce que possible 

(1) roi. 173 



LA FAUCONNERIE AU MOYEN AGE 85 

Timposition du chapel ; car le âiuoon qui aurait été irrité contre le cha- 
pel s*eflirayerait, une fois décilié, à sa seule vue. Dans ce dernier cas le 
seul remède est de foire l'imposition en conduisant le chapel par der- 
rière le dos (fig. XLVII). 

Le chapd mis, le fauconnier fera descendre la courroie doucement le 
long du dos, la fera passer entre Taile supérieure et la queue et la re- 
cevra entre le médius et l'annulaire, afin de la mieux contenir lorsqu'il 
s'avisera queU'oiseau va secouer le chapel. Au contraire il la tiendra^^ 
lâche à l'oiseau tranquille, qui, s^il se sentait tiré, essayerait d'attaquer 
du bec la courroie et risquerait de s'endommager les plumes du dos. 

Mais il ne .négligera pas, tant que l'oiseau sera rebelle, de maintenir 
l'extrémité de la courroie, de peur, si le chapel tombait, de causer en le 
ramassant des débats dangereux. Par contre, s'il voit le fisiucon supporter 
débonnairement d'être coiffé , il laissera libre la courroie, qui ne per- 
dra pas cependant toute utilité , car elle servira encore à attacher le 
chapd à la perche (fig. XLVUl). Les faucons qui sous la mise du cha- 
pel horripilent les plumes et ouvrent le bec seront touchés doucement 
sur le cou et sur la poitrine avec la main, des pennes ou une baguette. 
Ib seront maniés plus souvent si, après l'imposition du chapel, il se- 
couent la tête, soufflent, se hérissent, se jettent sur la main et l'étrei- 
gnent de leurs ongles, mordent les jets et le gant, cherchent à saisir le 
chapel avec les pieds. Le fauconnier alors maintiendra plus fortement la 
courroie, serrera plus étroitement les jets, assurera avec les doigts le 
chapel sur le front. Il laissera aux oiseaux qui s'effrayent ainsi le cha- 
pel, jusqu'à ce qu'ils montrent qu'ib veulent bien le garder, c'est-à-dire 
lorsqu'ils se secouent, se font la plumée, se paroignent, étreignent 
moins fort la main du porteur et dorment. Après qu'on se sera assuré, 
en les veillant longtemps et les tenant sur la main , qu'ib supporteront 
bien désormais le chapel, on le leur ôtera doucement. Et à l'avenir on 
les laissera décoiffés chaque fob qu'on leur présentera le pât, qu'on leur 
offrira le tiroir à mordre ou à bêcher, et de temps en temps aussi lors- 
qu'on les mettra sur la perche pour qu'ib y trouvent un meilleur 
repos. 

Il importe de ne pas relâcher la ciliure avant que l'oiseau soit accou- 
tumé à recevoir et à garder le chapel , mais il faudrait* la renouvder si 
cdui-ci se refusait de nouveau à la coifiiire. Qu'on n'applique jamais 
un chapel mal formé qui opprime ou les yeux ou le bec. On reconnaî- 
tra le premier défaut à ce que l'oiseau se frottera le front aux épaules et 
que les pleurs des yeux mouilleront l'intérieur du chapd; le second dé- 
fiBiut sera manifeste quand l'oiseau ouvrira le bec, secouera la tête, 



86 



REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES 



comme sHl voulait vomir les chairs , lorsque le bec rouge et enflé à sa 
partie supérieure sera déplumé en dessous. Quelquefois encore le chapel 
opprime le cou, qui se gonfle et dont le^ plumes se hérissent. Que 
Poiseau ne soit pas changé souvent de chapel, quUl ne soit pas confié 
à un fauconnier mal appris en Tusage du chapel. On saura qu^un oi- 
seau a été gâté par des mains inexpérimentées lorsqu'on le verra se dé- 
battre devant le chapel et s'effrayer dessous. Pour le corriger on le sou- 
mettra à une nouvelle ciliure et on le traitera doucem|pt jusqu'à ce 
qu'il ait pris la coutume d'une meilleure forme de chapel. 

Les sorties auront lieu comme pour l'adébonnairissement simple ; 
toutefois, le chapel rendant l'oiseau plus étrange, on donnera plus sou- 
vent du tiroir. L'été, c'est la nuit qu'on choisira pour sortir le âiucon 
dont la tête s'échaufferait trop sous la coiffure ; mais si l'on est contraint 
de le sortir de jour, on l'arrosera souvent, on le baignera et on lui don- 
nera la viande mouillée à l'eau froide. 

Le chapel a enfin cet avantage, c'est que le âiuconnier pourra porter 
deux oiseaux sur la même main (fig. XLIX) et donner le tiroir à l'un 
sans que l'autre s'en inquiète et s'en trouble. 

On le voit, l'art de la fauconnerie (i) voulait des hommes particuliè- 




(1) a., pour rcnscmblc de la doctrine, les traités de Fnincières, de Tardif et d'Arthelouchc 
réunis en un volume sous le titre suivant : 

• La fouconnerie de F. Jan des Franchiercs, grand prieur d'Aquiuinè* recueillie des livres 
de M. Martino, Malopin, Michelin et Anne Calsian. Avec une autre Éiuconnerie de Guillaume 
Tardif du Puy en Vellay. Plus, la Vollerie de messire Artclouche d'Alagona, seigneur de Ma- 
raveques. D'avanUge, un recueil de tous les oiseaux de proye, servans à la Fauconnerie et 
Vollerie. A Poitiers, par Enguilbert de Mamef,et les Bouchetz, frères, i567, in-4. • 
. Voir aussi l'article de YEnryclopédie rédigé par M. Le Roy, lieutenant des chas es du parc 



LA FAUCONNERIE AU MOYEN AGE 87 

rement doués et les prenait tout entiers. Celui qui s^y donnait y perdait 
jusqu'au loisir du dormir et du manger, et Tempereur Frédéric exige un 
pareil zèle de son fauconnier exemplaire : 

Derechief il ne doit pas estre soumillous ne de grief somme, 
car plusours choses sont requises à nécessaires à qu'il entroit 
tart on lit, c'est à savoir en requérant de nuit plusours fois son 
oisel et en levant devant jour ; et la legiertez dou somme li est 
nécessaire en noiant la componnelle de Toisel et le mouvement 
de ses eiles et son mal repous. Il ne doit pas estre glous ne trop 
abandonnez à servir la goule soit en sa maison ou soit as chans, 
et se il pert son oisel il ne doit pas estre contrains par sa gloute- 
nie de repairier plus tost à Tosteil, se il est en Tostel il ne doit 
pas oblier son oisel en trop entandant à sa gloutenie. Ne soit 
pas yvrais, car jrvresse est une forcenerie par laqueille il dé- 
gateroit trop légierement son oisel ja, soit se qu'ille cuidast bien 
gouvemeir et traitier. De foui ne d'ivre ne doit on faire garde 
d'oisel, car il cuident tout bien faire et ne se font niant bien. Ne 

soit pas félons ne legiers à soi courecier Ne soit pas pe- 

reseus ne négligent car cist ars est de plusours labours et de 

grant estude La quelz chose montrera que tout vient 

de Tamour qu'il a en l'art (ms. fr. 12400, f> 1 15 v© et 1 16 r°). 

Il est vrai que Frédéric II dépeint ici le fauconnier tel qu'il doit être, 
et le soin même que prend Fauteur d'énumérer les cas où son homme 
ne doit point Êiillir nous avertit que dans le train ordinaire des choses 
une telle perfection ne se trouvait guère. 

L'empereur Frédéric avait écrit en six livres son Art de la chasse à 
l'oiseau. Les deux premiers seuls ont été publiés : ce sont les seuls aussi 
qui aient été traduits. On comprend que les quatre derniers aient été 
n^ligés : ils traitent des maladies particulières aux foucons et des re- 
mèdes à y apporter. Or cette partie de la doctrine JËEiisait l'objet de trai- 



de Versailles ; le chapitre consacré par Buffbn aux diverses espèce de faucons ; le Parfait Fou- 
eonnUry publié par la Société des Bibliophiles ; les Chasses Je François /'% par le comte 
Hector de La Ferrièrc, Paris, 1869, in-8*. 



S8 REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES 

tés spéciaux, déjà répandus au znr* siècle. Cétait d'ailleurs le sujet qui 
devait flatter le moins les princes amoureux de la chasse de noble vol^ 
pour lesquels étaient faites ces traductions. 

Le moine qui translata en français au commencement du xiv* siècle 
les deux premiers livres du De arte venandi cum ayibus s'exprime ainsi 
dans son proéme : 

Geste œvre haute et grief à expozeir ai je envoie se sachent 
tuît et entreprise à trançlater de latin en frençois à la requeste 
et à la péticion de très-noble baron mon douz sîgnor Jehan, 
chevalier descendu de très noble lîgnfe, nei de sainte racine, si- 
gnor de Dampierre et St Disier, et à la révérence de ma douce 
dame Ysabel, dame de ces meismes leus, descendue de très 
haute sainte lignie de roys, et à Tonor de très noble damoi- 
sel Guillaume lor fil, et à la grâce de très noble damoiselle 
Jehanne de Woingnonri, ma dame jone (i). 

Le seigneur de Saint-Dizier, auquel s'adresse ce proéme, était le fils de 
Jean de Dampierre et de Laure de Lorraine (2), et par conséquent pe- 
tît*fils de Marguerite, comtesse de Flandre, dite la Noire ou de Constant 
tinople. Il avait le même prénom que son père, et sa femme, Isabeau de 
Brîenne-£u (3) était de sainte lignée de rois, puisqu'elle descendait de 
Jean de Brienne, roi de Jérusalem et empereur de Constantinople. Il eut 



(I) Fol. I ▼•. 

(3) Gaillaame de Dampierre et Marguerite de Flandre eoreat trois fila : Guillaume, mort tant 
«ifuits, eo I35i ; Gui, qm devint comte de Flandre après sa mère, en 1280, lutta longtemps 
et TaiHamment contre Philippe le Bel et mourut captif à Pontoise, en i3o5; et Jean. Cest 
oe dernier qui est le père du seigneur de Saint-Dizier mentionné dans le proéme. Il épousa, en 
ia5o, Laore de Lorraine, fille du duc Mathieu Ih qui lui apporta en dot la terre de Saint-Di- 
xier. (V. dans XHistoire des comtes de Champagne, par D'Arbois de Jubainville, t V, 
p. 453, un acte du 9 mars laSo concernant le mariage de Jean de Dampierre avec Laure; cf. 
Muati Histoire de Lorraine, pu Do^ Cahnet, t II, p. 340, et Histoire de la maison de 
Chastillon, par André Du Chesne, p. 358.) Jean de Dampierre devint,'par ce mariage, seigneur 
de Saint-Dizier et chef d'une nouvelle branche de sa fiimille. 11 mourut en 1357. 

(3) Isabeau était, d'après le Père Anselme {Histoire généalogique de la maison de France, 
t. II, p. 760 et suiv.), fiHe de Jean I de Brienne, comte d'En, et de Béatrix de Chàtillon Saint- 
PanL André Du Chesne donne pour fiunmc à Jean de Dampierre Marguerite d'Eu, qui était 
aoBur d'Isabeau et épousa Gui II, vicomte de Thouara. Le Père Anselme rectifie cette erreur, 
que notre manuscrit rend manifeste. 



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LA FAU0MNERI8 M MOJW AXSC 89 

poiir fils GuiUtumt, épowL de imuM d» Vifn«rf {ih %y^n4 M m^*^ 
dédie auaai sa translation. 

Cette filiation, exprimée si dairament dam non^ mM^visiCFiC» 4^9^^ 
de ceUe qu^cot adoptée AB(ké Du Chasne et 1^ Père Ansekaç. QxMllaviine 
aurait été, d'après ces géa^ogisies, le âvèri» et nim le fik de J«iaa j(a). 
Ceu là, croyofis-flous, une «rreur mmUwv^ «»r i'««bK»ité 4e i^l^e 
translateur ne saurait (tre niseea doute. D'aJUew^ iKHAsavcp^spu voir 
aux Archives nationales des kttros de J^ean, ^Ji^^r de PasapifCrre et 
de Saint- Diaer, doanées à Saint-Dixier, en juin i)q3, par lesq^Mes il 
affiranchÂt de redeirances et de lailtes Vinoenit dit Mar«)MAd, 4$ ^aist- 
Dizier, son clerc (3). A cette pièce en a«t ^te unea«tre imm^f^X de 
QuiUaume de Dampierra, seigneur xk &aÎAi*-Dmer, e» lEi^vrier i3o7 
(i3o8, n. s.), et confirmant les lettres de feu Jeao, son pànç. I^ aussi 
la filiation de Jean et de Guillaume est évidente (4). Nous signalons ce 
fidt aux érudits cfaaac^aoîs qm^ sans do9%, itreureiBQVUt fl'autres actes 
venant à Tappui de notre man^Mcrit. 

Les deux cbarfiaa pr4<^defiies nous evraiiae 441 pir9Me de fixer ap- 

(I) Jeanne de Chaktt, 4mm 4t VSgiQrF» de Rau^pe et de Mootiaat,aUe unique d'Etienne 
de Chalon, seigneur de Rouvre et de fàoaf m m, m 4e faaiair, bMMre 4t V%noi7. 

(a) U généalogie de la fiimille de Duppivut, «afie fie la d<iuaia Aadci Du Chesne et le 
Père Anselme, est assez embrouillée. H semble qulfs dent ftit de Jean deux personnages dis- 
tincts. Le Jean qui noua occu|«e était seigoeor de Da«^ierre, Saint-Dizier, Sompuis, BaiUeul 
et L'Ecluse. Il transmet son titre à son fils GuiUauTie, qui devient en outre, f>ar son mariage, 
seigneur de Vignory. Aussi le fib de ce dernier, Jean IH, est>i1 dénommé dans les ehartes sei- 
gneurde Saint-Dixief et de Vignorf (Aroh. ntt., H 71, a^ floSit 33o, U 6Sa,ariM 
ctSoT). 

i3) Afc|k.Qat.,iJ^,iiMi.**»le«ad« IXA^fii^mi e|t maai cité d«ps une oadtyioaace ^ 
Philippe le Bel, donnée à Château-Thierry, en i3o3, pour la levée d'up subside pour la guerre 
de Flandre (Arch. qat., J 384, n* i). 

(4) Voici le tableau généalogique de la branche des seigneura de Saint^Disier, d'après notre 
aMBMcrit^ctoschaitsa : 

jtMi I, filixk G»i M » W we da B^wyi^ar^at ^ Mwgnarite de F lan d r />, é poux 
de Uyuc de Lorgai ae, q>oy ^ j a Sy. ..—— 

Jean H, épaox dlsahaan ae Brianaa, mort m» i3o7. 

Guillaume, époux de Jeanne de Vignorr, mort vers i320. 
••^ — - uur i i i M -y^ — ""'^Wpp— — 

J eMin, sa<gqqpr4eSaiia^i?iar# d e Vignory^ époux d'Alix d'Offemgn t^ 

<•« IV» ywTqpem d e F wwtf». wyt ^ers 1367. 

l^uard, mort en 140 1, sans enfuits. 
Les archives nationales possèdent un acte où est cité Guillaume de Dtmpierre (J 434«n* li 
et trois lettres de Jean II, en i3a3, i3a« et i328 (JJ 71, n" io5, et JJ 65a, n- i$6 et 307). 
TOMB I. 12 



90 



REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES 



proximativement la date du manuscrit, puisqu'elles nous montrent 
qu'en 1 3o8 Guillaume de Saint-Dizier avait succédé à son père. D'ail- 
leurs le scribe avait eu soin d'indiquer dans la rubrique finale l'année 
où il avait achevé son œuvre. Cette rubrique est aujourd'hui effacée et 
les procédés tentés pour la faire revivre ont achevé de la détruire ; mais 
le foulage profond de la plume dans le vélin a laissé au verso du feuillet 
un relief assez sensible pour que nous ayons pu lire à l'aide d'une glace 
la date ainsi conçue : c L'an de grâce nostre Seigneur mil trois cens et 
dix. Amen. Deo gratias. » Le mot dix est seul un peu douteux ; si tou- 
tefois notre lecture est exacte, le manuscrit n'aurait été terminé qu'a- 
près la mort de celui qui en avait ordonné l'exécution. 

Les miniatures qui illustrent le texte sont de Simon d'Orléans (i) qui 
a signé ainsi son œuvre : 



feimûn.îml 



a nimn iaeur> 

UlLLUX • e l 



Il semble que la chasse au vol ait été un goût héréditaire dans la fa- 
mille des Dampierre : un Jean de Dampierre, que son titre de simple 
écuyer (armiger) ne nous permet pas d'identifier avec le seigneur de Saint- 
Dizier, scellait, en 1275, un acte avec le sceau qui le représentait à che- 
val, vêtu du surcot, tenant sur la senestre un Êiucon chaperonné et ac- 
compagné de son lévrier (2). 

Le manuscrit du xv* siècle (3) ne comprend que la traduction du se- 
cond livre de Frédéric IL II a appartenu à la fisimille de Luxembourg, 
alliée à la maison de Dampierre. On trouve en effet sur le dernier feuil- 
let les signatures de Pierre II de Luxembourg, fib du connétable de 
Saint-Pol, mort en 1482, et de Marie, fille de Pierre II, morte en 1546. 
Ce manuscrit devint ensuite la propriété de l'historien Jacques-Auguste 
De Thou qui a mis sur le premier feuillet : «Traduction du dernier livre 
De arte venandi cum avibus de l'empereur Frédéric IL » 

(1} a. ArtUtes Orléanais, ^m Herluisoo (i863, in-u), et Dictionnaire des artistes 
français, par Bérard, 1872, in-8, p. 756. 

(2) Arch. nat., J 541, 3'^' ~ Nous avons troayé la mention de ce sceau dans l'inTentaire 
de M. Doaet d'Arcq. Une partie du sceau est malheureusement enlevée. 

(3) Mss fir. 1296, in-4, de 1 10 ff., sur papier. 



CAVOUR (CAMILLE, COMTE DE) 



CAVOUR (CAMILLE. COMTE DE) 



Les deux lettres qui suivent ont été écrites à une romancière. Lline, 
datée de Paris, vers 1834, ^^^ ^^ P^^^ grand honneur au patriotisme et 
au bon sens du jeune Italien, qui ne devait entrer dans la vie politique 
qu'en 1847, mais qui déjà avait trouvé sa voie. L'autre, écrite de Turin 
le 26 avril 1849, après la funeste bataille de Novare, est une page d'his- 
toire contemporaine qui peut se passer de commentaires. Toutes deux 
nous ont paru fort curieuses pour la biographie du fondateur de l'indé- 
pendance italienne : elles se rattachent à notre histoire parles jugements 
portés sur des écrivains français et sur la révolution de 1848. 

Voici d'abord la première lettre : 

Non, Madame, je ne puis quitter ma famille ni mon pays. Des 
devoirs sacrés s'y opposent et me retiennent auprès d'un père et 
d'une mère qui ne m'ont jamais donné le moindre sujet de plainte. 
Non, Madame, je ne plongerai pas un poignard dans le sein de 
mes parents; je ne serai jamais un ingrat envers eux, je ne les 
quitterai que lorsque le tombeau nous séparera. Et pourquoi. 
Madame, abandonner mon pays ? Pour venir en France cher- 
cher une réputation dans les lettres? Pour courir après un peu 
de renommée, un peu de gloire, sans jamais pouvoir atteindre 
au but que se proposerait mon ambition ? Quel bien pourrais-je 
faire à l'humanité hors de mon pays? Quelle influence pour- 
rais-je exercer en faveur de mes frères malheureux, étrangers et 
proscrits, dans un pays où l'égoïsme occupe toutes les princi- 
pales positions sociales? Que font à Paris toute cette masse 
d'étrangers que leurs malheurs ou leur volonté ont jeté loin de 



92 REVUE ùSÈ DocuMttrrs HfffncntiQuEs 

' ' - - - - - - - 

leur terre natale ? Qui, parmi eux, s^est rendu vraiment utile à ses 
semblables ? qui d'eux est parvenu à se créer une grande exis- 
tence, à conquérir une influence sur la société? Aucun. Ceux-là 
même qui auraient été grands sur le sol qui les vit naître végè- 
tent obscurs au milieu du tourbillon de la vie parisienne. 

Les troubles politiques qui ont désolé Tltalie ont forcé ses 
plus nobles enfants à fuir loin d'elle. Ce que mon pays conte- 
nait de plus distingué en tout genre s'est expatrié ; la plupart de 
ces nobles exilés sont venus à Paris. Mais leur génie, qui avait 
pris un brillant essor sous le del de leur patrie, s'est énervé à 
l'étranger. Pas un seul n'a réalisé les brillantes errances qu'ils 
avaient fait concevoir. Tous ceux que j'ai connus personnelle- 
mcnt m'ont attristé jusqu'au fond du cœur par le spectacle de 
grandes facultés demeurées stériles et impuissantes. Un Italien 
seul s'est fait un nom & Paris, y a gagné une position, c^est le 
criminaliste Rossi. Mais quelle place ! quelle position ( Lliomme 
le plus spirituel de l'Italie, le génie le plus flexible de l'époque, 
l'esprit le plus pratique de l'univers peut-être, est parvenu i 
avoir une chaire à la Sorbonne et un fauteuil à l'Académie, 
dernier but auquel son ambition puisse prétendre en France ( i ). 
Cet homme qui a abjuré sa patrie, qui ne sera jamais plus rien 
pour tious, aurait pu dans un avenir phis ou moins éloigné 
jouer un i^le immense dans les destiné» de son pays et aurait 
pu aspirer à guider ses compatriotes dans les voies nouvelles 
que la dvilisation fr^jt tous les jours, au lieo d'avoir arpenter 
des écoliers indociles. Non, non, ce n^estpas en fuyam sa patrie 
parce qu'elle est malheureuse qu'on peut atteindre im but glo- 
rieux. Malheur à cehn qui abandotme avec mépris la terre qui 
Ta vu nahre, qui renie ses firères comme indignes de hii! Quam 




, ■« à OtfTwe k i3 futttt 17S7, avni «loitté ntriM aprti k 
tdi Mont, ta 181 5. D'abori professeur à Gcaève, il vint à Paris (iS33) etftiti 
r Jl ki juo B rifc p6litic|Be ts tolMjp de Ffsnoc, pois mritÉh r t de VActôbtÉtt des 1 

t {iS36>. Bm>y^tn ia»3, liimii iiiMitri pMrt^llH■f■ill^É to»— >ad>- 
^iat Vmà éà utm^imn pipe Pis EL, et, après la rérolatno de fiérncr, ministre dt rtntéritv da 
lilbafCfMaènf ^apdL t péiif assassiné à Rome le 1 5 noTembre iH^ 



CAVOlIlt (CAMILLE, COMTE DE) gS 

i moi, j^y suis décidé, jamais je ne séparerai mon sort de celui 
des Piémontab. Heureuse ou malheureuse, ma patrie aura toute 
ma vie; je ne lui serai jamais ii^dèle, quand je serais sûr de 
trouver ailleurs de brillantes destinées. 

Mais laissant de côté la question du devoir^ oubliant mes 
qualités de citoyen et de fils, voyons ce que gagnerait mon 
avenir à quitter Tltalie pour la France. Que viendrais-je y faire, 
dans cette France ? comment y trouverais-je une rq>utation et 
de la gloire? Le seul moyen à ma portée serait la littérature. 
Or, Madame, je vous Tavoue firandiement, je ne me sens aucun 
génie littéraire; ma tête est raisonneuse et peu inventive. Je 
chercherai en vain à développer en moi les talents de Phnagi- 
nation ; je n^en possède aucun germe. De ma vie je n'ai pu par- 
venir à inventer la moindre fable, le plus petit conte à amuser 
un enfant. Quelques efforts que je fisse, je ne serais jamais qu'un 
littérateur médiocre, un hcnnme de lettres du troisième ordre. 
Or, Madame, c'est là une perspective qui ne me tente guère. En 
fait d'art, je ne conçois qu'une position tenable, le premier rang. 

Mais si la littérature ne pouvait être mon refuge, n'aurais-je 
pas pour moi tout le vaste domaine de la science? Il est vrai. Je 
pourrais devenir un savant, un mathématicien profond, un grand 
physicien, voire même un chimiste distingué. Je pourrais me 
faire un nom dans les académies de l'Europe et me créer ime 
réputation parmi le public des savants. C'est une manière d'ob- 
tenir de la gloire tout comme une autre ; seulement elle a 
peu d'attrait pour l'Italien au teint rose et au sourire d'enfant. 

J'oubliais les sciences morales, champ vaste où l'on trouve 
bien des sillons à tracer. J'aime les sciences morales, je les 
aime avec passion; mais croyez-vous qu'on ne puisse les cultiver 
qu'à Paris ? Je ne le pense pas : tout au contraire il me semble 
que cette société factice est un entourage peu convenable pour 
celui qui veut émdier les lois de l'humanité. Les grands philo- 
sophes, les grands moralistes, lés économistes célèbres, n'ont 
pas vécu dans les grandes ci^itales. Ils ont travaillé dans le 



94 REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES 

silence de leurs obscures retraites; c'est de là qu'ils ont fait 
jaillir sur le monde les jets de leurs génies. Voyez ces honunes 
qui s'annonçaient comme des génies précoces, qui étonnaient le 
monde parisien par la promptitude du développement de leur 
esprit: que sont-ils devenus? comment ont-ils réalisé les bril- 
lantes espérances de leur début sur le terrain de la science? 
Qu'est devenu le philosophe Cousin, qui devait faire oublier Kant 
et les Écossais? De quel pas la science est-elle redevable aux 
Lerminier (i) et à ses confrères du monde parisien? D'aucun. 
Jusqu'à présent tous ces embryons de génie n'ont pu former un 
grand homme à la manière des Allemands ou des anciens pen- 
seurs français. Un seul, à mon avis, eût été vraiment grand 
dans la science, si la politique ne l'eût entraîné loin du champ 
de l'étude. C'est Guizot, le grand penseur de l'époque. Mais lui 
aussi est perdu pour la science; il l'a abandonnée entre les 
mains inexpertes de ses élèves, et la science n'a plus avancé. 

Je reçois à l'instant votre lettre de ce matin. Je me hâte de 
vous répondre. Ce soir je ne serai pas à Paris ; mais si vous 
voulez bien me donner quelques instants jeudi ou samedi, je 
serai heureux de pouvoir vous assurer une dernière fois de mes 
sentiments d'estime, d'affection et de sincère et franche amitié. 

C. DE C. 

Nous donnons ensuite le texte de la lettre du 26 avril 1849 : 

Le dramaturge à qui vous aviez confié votre réponse a ou- 
blié de me la remettre, de sorte que j'ai été privé pendant un 
an du plaisir d'avoir de vos nouvelles. 

Durant cette époque de tristes et grands événements se sont 
accomplis. Le Piémont, après de magnanimes efforts, a suc- 
combé sous les coups de l'Autriche, moins à cause des forces de 
nos ennemis que par suite de l'incomparable impéritie du parti 



(1) Jean-Louis-Eugène Lenninier, né à Paris le 29 mars i8o3, profetseor de législation 
comparée au collège de France (i83i], mort le 25 août 1857. 



CAVOUR (CAMILLE, COMTE DE) g5 

ultra-démocratique, qui s'était emparé du pouvoir. Ce parti 
lâche et imbédlle a tout fait pour nous perdre. Il a tout désor- 
ganisé, et n'a su tirer aucun parti des éléments immenses de 
force que possédait le pays. 

Trahi par le roi Charles- Albert, mal secondé par l'immense 
majorité du pays qui partageait ses opinions, le parti modéré 
a été obligé de céder le pouvoir à des démagogues sans énergie 
et sans talent qui croyaient bêtement qu'une nation peut recon- 
quérir son indépendance et sa liberté avec des phrases et des 
proclamations. 

L'armée a été dégoûtée, les meilleurs oflSciers tenus à l'écart, 
et les démocrates ont lancé des jeunes recrues à peine en état de 
manier le fusil contre les troupes aguerries de Radetsky. Au lieu 
de confier le commandement de l'armée aux jeunes généraux 
qui avaient la confiance de l'armée, on a nommé général en 
chef un Polonais (i), connu uniquement par des travaux de 
cabinet, d'une tournure ridicule et portant un nom que jamais 
nos soldats n'ont pu apprendre à prononcer. 

Nous avons succombé lorsque nous avions tous les éléments 
pour vaincre. Les sacrifices d'hommes et d'argent prodigués 
pendant un an n'ont abouti qu'à nous placer dans une condi- 
tion pire que celle où nous nous trouvions avant la révolution 
de Milan. 

Un amour-propre excessif peut m'égarer, mais j'ai l'intime 
conviction que si l'on avait écouté mes conseils, si j'avais manié 
le pouvoir, j'aurais, sans efforts de génie, sauvé le pays, et, à 
l'heure qu'il est, fait flotter l'étendard italien sur les Alpes Sty- 
riennes. Mais mes amis se sont joints à mes ennemis pour me 
tenir éloigné du pouvoir. J'ai passé mon temps à déplorer les 
fautes qu'il aurait été bien facile d'éviter. 

Maintenant il est impossible de prévoir ce qui arrivera. Ce 

(I] Ce Polonais t'appeltit Chrztnowski. Il perdit 1« bataille deNovare,le 33 mare 1849. 



96 REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES 

qui est certain, c^est que nous n'avons que le choix des désas^ 
tt«s. Je vois que vous n'augurez guère mieux de la France. J'ainie 
à croire que vos prévisions sont exagérées et que votre patrîf 
évitera les malheurs terribles qui la menacent. Quds que soient 
les torts de la France à notre égard, >e ne puis m^empêcher de 
m'intéresser à son sort comme si c'était le nôtre. Au reste, cpMÂ 
que fassent les hommes qui gouvernent, le sort de l'Italie dé* 
pend de celui de la France. Si vous parvenez à fonder un gou* 
vemement libre et fort, vous serez forcés de nous tendre une 
main secourable. Si vous êtes emportés par une tourmente ré» 
volutionnaire ou si vous tombez momentanément dans les em- 
bûches de la réaction, l'Italie restera dans les fers ou a^a ra- 
vagée par l'incendie révolutionnaire. 

Je dirige toujours le Risorgimento. J'ai donné l'ordre qu'on 
l'expédiât à M* B... Je recevrai avec plaisir l'Impartial de 
Rouen. 

On n'ouvre pas les lettres chez nous ; d'ailleurs le directeur 
général des postes est un de mes bons amis. Ainsi veuillez m'é- 
crire avec abandon, en découvrant quelques coins du drame 
qui se joue actuellement à Paris. Vos lettres seront une bonne 
fortune pour moi. 

Adieu, ma bonne amie. Il m'est doux de pouvoir vous appe- 
ler par ce nom. 

C. C. 



1 



{ 



BONAPARTE & BOURMONT 97 



PACIFICATION DE LA VENDÉE 



BONAPARTE & BOURMONT 



Monsieur le duc de La Trémoille veut bien extraire pour nous de ses 
précieuses archives un document intitulé : Précis de la conversation de 
Buonapartc et de Bourmont. Cette pièce est écrite de la main de 
Charles- Bretagne- Marie- Joseph, duc de Tarente, prince de La Tré- 
moille, qui, ayant émigré lors de la révolution, reçut, en 1798, de Louis 
XVIII le commandement du Poitou (i). Envoyée par le prince au comte 
de Saint- Pries t pour être mise sous les yeux de Louis XVIII, elle nous 
est parvenue accompagnée de la lettre d'envoi et de la réponse royale. 
Avant de publier des documents d'une si haute importance il convient 
de donner quelques explications préliminaires et d'en préciser la date. 

Après la journée du 18 brumaire, Bonaparte mit tous ses soins à ac- 
célérer la pacification de la Vendée. Il adressa, les 7 et 21 nivôse an VIII 
(28 décembre 1799 et ii janvier 1800) des proclamations aux habitants 
des départements de l'Ouest pour les exhorter à la soumission, et il leur 
promit le libre exercice du culte catholique (2). Il parvint à rallier à lui 
le curé Bernier, d'Autichamp, Chatillon et d'Andigné. Il écrivit même 
à ce dernier pour lui témoigner sa satis^ction des bons sentiments ma- 
nifestés par les citoyens les plus marquants des départements de 

(1] Né à Paris le 24 mars 1764, il était frère du prince de Talmont, guillotiné à Laval en 
janvier 1794. Il mourut le 9 novembre 1839. ~ M. le duc de La Trémoille possède dans ses 
archives la lettre de Louis XVIII, du 9 février 1798, écrite à son ancêtre pour lui annoncer sa 
nomination au commandement en chef du Poitou. 

(2) Correspondance de Napoléon /•', t. VI, p. 48 et 73. 

TOME I. l3 



98 REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES 

rOuest(i). Mais Bourmont tenait encore dans le Maine, tandis que le 
comte de Frotté et Georges Cadoudal guerroyaient en Normandie. Bo- 
naparte, pressé d'en finir avec la Vendée, écrivit au général Hédou- 
ville: 

Bourmont nous joue; il n'a rendu ni ses canons ni ses ar- 
mes. Donnez Tordre aux généraux qui commandent au Mans 
et à Laval de réunir leurs troupes et de se diriger contre ce re- 
belle Faites connaitre à Bourmont qu'il ait à rendre ses ca- 
nons vingt quatre heures après votre sommation à cet efiFet, et 
3,000 fusils trois jours après. Sur la réponse négative, mettez- 
vous à la tête de vos troupes et ne quittez vos bottes que lorsque 
vous Paurez détruit (3). 

Le même jour il écrivit à Brune, général en chef de Tarmée de 
l'Ouest : 

Ordonnez au général Hédouville de mener Bourmont vi- 
goureusement et de le menacer fortement, 1° s'il ne rend pas 
sur le champ ses canons et ses 6,000 armes; 2° s'il ne sort pas 
personnellement du territoire qu'il habite en ce moment pour 

se rendre à Paris ou dans les environs Ne perdez jamais 

de vue que la gloire et l'honneur sont attachés au succès com- 
plet, et que, pour faire triompher la République de la ligue des 
puissances de l'Europe, il faut que, dans la première décade de 
ventôse, les trois foyers de la guerre civile de Georges, de 
Frotté et de Bourmont, aient été anéantis, ou au moins que 
Georges et Bourmont n'aient plus, comme Frotté, que deux ou 
trois bandes de 60 à 80 honmies, errantes et n'osant se mon- 
trer (3). 

Bourmont mit bas les armes. Bonaparte en exprime sa satisfaction à 
Hédouville dans sa lettre du 29 pluviôse an VIII (18 février 1800^ : 



(ij Lettre du 9 nivôse an VIII {Correspondance, t. VI, p. 61 J. 

(2) Lettre du 34 pluviôse an VIII [id., p. ia6j. 

(3) Id.,p. 137. 




BONAPARTE & BOURMONT 99 

Je trouve fort bonne la réponse de Bourmont, que vous 
m'avez envoyée. En effet, dès qu'il a licencié ses bandits, il n'a 
plus aucune autorité. Qu'il se rende à Paris (i). 

En même temps Frotté était arrêté et fusillé, et le premier consul 
communique cette nouvelle à Brune : 

Frotté a été pris avec tout son état-major-, je m'étais re- 
fusé à aucun traité. Dans le moment actuel, il doit être fu- 
sillé (2). 

Bourmont vint à Paris. Une lettre de Bonaparte à Brune nous le fait 
savoir t 

Bourmont est à Paris; il va se marier. Il déclare vouloir 
vivre tranquille dans cette ville ou partout ailleurs et ne se mê- 
ler de rien, puisqu'il est rentré en grâce auprès du Gouverne- 
ment (3). 

Au milieu des triomphes militaires qui suivirent la victoire de Ma- 
rengo il songeait toujours à la Vendée et il écrivit de Milan, le 1 5 prai- 
rial an VIII (4 juin 1800), à Bernadotte, qui avait remplacé Brune dans 
le commandement de Tarmée de TOuest : 

Prenez mort ou vif ce coquin de Georges. Si vous le tenez 
une fois, faites-le fusiller vingt-quatre heures après, comme 
ayant été en Angleterre après la capitulation (4). 

Revenu à Paris il insista de nouveau, et dans des termes énergiques, 
sur la nécessité d^en finir avec Georges : 

Faites donc arrêter et fusiller dans les vingt-quatre heures ce 
misérable Georges (5). 



(I) Correspondance, t. VI, p. i36. 

(2j Lettre du 39 pluviôse an VIII. — Bonaparte accorda à Bourrienne la grftce de Frotté, 
alors qu'il savait déjà que ce chef était fusillé (Cf. Mémoires de Bourrienne et Histoire de 
Napoléon par Lanfrey). 

(3) Lettre du 4 ventôse an VIII {Correspondance, t. VI, p. 144J. 

(4) Id., t. VI, p. 334. 

(5) Lettre du 1 5 messidor an VIII (4 juillet 1800]. 



lOO REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES 

Il conservait d'ailleurs des soupçons à Tégard des chefs qui avaient 
fait leur soumission, et il écrivait, le 21 messidor an VIII (10 juil- 
let 1800), à Bernadotte : 

Je crains, comme vous, que Bourmont et les chefs de chouans 
se conduisent mal ( i ). 

Bonaparte eut souvent des entrevues avec les chefs de l'insurrection 
vendéenne. Il dîna même avec Chatillon (2). Bourmont fut aussi maintes 
fois appelé auprès du consul, qui cherchait par des offres séduisantes à 
l'attirer à son service (3). Au mois d'octobre 1800 quelques troubles 
s'étant manifestés dans l'Ouest, Bonaparte fit venir Bourmont pour lui 
adresser des reproches à ce sujet. Le premier consul et le chef vendéen 
eurent une longue conversation dont le fils du maréchal a cité, dans un 
mémoire justificatif, trois phrases que voici : 

Non seulement je suis soupçonneux par position, mais je 
le suis encore par caractère, et si vous entreprenez quelque 
chose contre moi, je vous ferai casser la tête. J'en serai fâché 
maintenant que je vous connais, mais je n'hésiterai pas, 
l'homme politique n'a pas d'entrailles. 

— Mais, répondit le comte de Bourmont, je vous demande 
au moins de ne pas vous en rapporter légèrement aux accusa- 
tions, et de ne pas juger sur les apparences. 



(I) Correspondance, t VI, p. 399. 

(aj On lit dans une lettre adressée à Brune le 14 ventôse an VHI (3 mars 1800) : • J*al 
vu aussi Cbfltillon, qui a dtné aujourd'hui avec moi ; j'ai été fort content de lui ; mais je crois 
que toujours le meilleur parti A prendre est de désarmer le plus que Ton peut. • 

(3) Voici ce que dit à ce sujet le fils du maréchal de Bourmont dans une notice consacrée à 
son père, p. 3a ; • Aussitôt la pacification accomplie, le comte de Bourmont se rendit à Paris, 
ainsi que tous les autres chefs, pour veiller A l'observation des traités ; tous y furent accueillis 
avec des égards étudiés. Le comte de Bourmont fut mandé plusieurs fois par le premier Con- 
sul, qui cherchait à l'attirer à son service, tandis que le comte de Bourmont s'efforçait de lui 
persuader de réublir la monarchie légitime. N'ayant pu l'éblouir par l'offre du grade de géné- 
ral de division qu'il fit au comte de Bourmont comme à Cadoudal, Bonaparte crut vaincre ses 
répugnances en lui proposant le commandement d'une expédition destinée à agir dans l'Inde 
contre les Anglais et à reconquérir les anciennes possessions de la France. Le comte de Bour- 
mont applaudit au projet du premier Consul, mais il refusa de s'y associer; toutes les tentati- 
ves de séduction le trouvèrent inébranlable. • (Notice pour servir à ta biographie de M. le 
maréchal comte de Bourmont extraite de la Biographie des hommes du jour par MM Ger- 
main Sarrut et Saint-Edme; Paris, Baudouin, 184s, in-4^. 



BONAPARTE & BOURMONT lOl 

— Je VOUS le promets , quoi qu'on puisse me dire contre 
vous, je vous enverrai chercher, vous vous expliquerez, et si je 
ne suis pas content de vos réponses, vous aurez quatre jours 
pour quitter la France. Si vous y êtes le cinquième, vous serez 
fusillé (r). 

Bourmont avait sans doute noté les termes de cette conversation, 
mais il n'était pas le seul à avoir eu ce soin. Le prince de La Trémoille 
avait pris une copie du manuscrit de Bourmont, et c'est sur cette copie 
que nous pouvons donner in extenso cet entretien caractéristique. 11 
semble en lisant ce document voir dans le cabinet des Tuileries, devant 
la haute bibliothèque remplie de cartons (2), les deux interlocuteurs, 
Tun tournant le dos à la cheminée, assis dans le riche fauteuil dont il 
taillait impatiemment les bras avec son canif, pâle, les yeux étince> 
lants et mobiles, fougueux, jetant ses ordres comme des menaces, Tau* 
tre, calme, froid, et jouant serré avec un adversaire dont il avait pu 
juger le caractère. Bonaparte laisse pénétrer au chef vendéen ses pen- 
sées les plus intimes, et il répond aux ouvertures de Bourmont sur 
le rétablissement des Bourbons par une déclaration formelle de s'em- 
parer du trône et de fonder une dynastie. Peut-être les Français rappel- 
leront-ils un jour le Roi, mais lui , Bonaparte, conservera le pouvoir 
toute sa vie. Prophétie bien significative mais dont la première partie 
seule devait se réaliser ! 



PRÉCIS DE LA CONVERSATION 
DE BUONAPARTE & DE BOURMONT 

Le G)nsul. — Je vous ai fait prier de passer chez moi, 
M. de Bourmont, pour vous parler de TOuest. Il me semble 
qu'il y a de la fermentation dans vos départemens. 

Bourmont. — Il est vrai, général, qu'il y a un peu d'agita- 
tion dans quelques départemens, notamment dans celui de la 
Sarthe. Ce mal vient de ce que plusieurs des promesses faites 



(1) Notice de Charles de Bourmont sur sou père, citée ci-dessus^ p. 33. 

(2) Mémoires de Bourrienne, t. III, p. 329. 



102 REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES 

pour la pacification n'ont pas encore été remplies, que ceux qui 
en souffrent se plaignent, et que ceux qui sont ruinés par le dé- 
faut d'exécution de ces promesses menacent de s'armer si on 
leur refuse justice -, cela vient encore de la conduite de quelques 
préfets; mais au total rien n'annonce des troubles sérieux : on 
vous a exagéré le mécontentement. 

Le C. — Vous avés conservé de l'influence, vous avés fait 
un voyage dans l'Ouest, vous avés répandu de l'argent que 
vous aviés reçu de l'Angleterre. 

B. — Oui, tout cela est vrai, si vous appelez répandie de 
l'argent les secours que j'ai distribués à chacun des hommes 
blessés sous mes ordres et le payement des dettes que j'avois 
contractées pendant la guerre; mais, avant de faire ce voyage 
et de remplir les obligations contractées par moi antérieurement 
à la paix, j'ai fait part de mon projet à vos ministres, ainsi qu'à 
celui qui gouvernoit en votre absence, et j'ai eu leur agrément. 

Le C. — Oui, je sais cela, mais je veux qu'il n'y ait plus 
deux gouvernements en France. Il est scandaleux de répandre 
ici l'or des Anglais et cela doit enfin cesser. Vous êtes jeune, 
mais vous avez de l'esprit et de l'expérience ; je vais vous par- 
ler jfranchement. Toute influence qui ne vient pas du gouverne- 
ment est un crime en politique. Vous en avez acquis trop dans 
l'Ouest pour que je n'en sois pas inquiet. La moitié au moins de ce 
pays est encore sous le gouvernement royal et l'autre sous le 
mien. Cela ne peut aller ainsi et je ne le veux pas souffrir. Je dois 
vivre dans la postérité. Que dirait-elle si en faisant la loi à l'Eu- 
rope entière je me la laissais faire à moi-même par un parti que 
le mien a vaincu ? 

B. — Cela est juste, général, nous ne devons pas vous faire 
la loi et nous n'y prétendons pas ; mais je dois être surpris du 
reproche que vous me faites d'avoir conservé ou même aug- 
menté mon influence, puisque ce sont les hommes qui gouver- 
naient en votre absence qui m'ont prié de la conserver afin de 



BONAÎ>ARTE & BOURMONT lo3 

maintenir la paix. Cette influence vous déplaît, j'y dois renon- 
cer sans doute, mais assurément elle vous a été jusqu'à ce jour 
plus utile que nuisible puisqu'elle a contribué à empêcher les 
troubles et que, s'ils s'étaient rei^ouvelés , les troupes qui ont 
vaincu à Marengo eussent été forcément employées à combattre 
des Français dans l'Ouest. 

Le C. — Pensés-vous que je doive vous en savoir gré ? Je ne 
suis pas un enfant ; vous avez été adroit, mais le ministre de la 
police n'a pas été votre dupe ; il a bien fait de vous laisser al- 
ler, de vous endormir , parce qu'alors je craignais la guerre 
dans l'Ouest. Aujourd'hui je suis sûr de la paix avec l'empe- 
reur, elle sera signée dans 1 5 jours ou un mois, et vous sentez 
qu'après cela il ne doit pas être tiré un coup de canon en Europe 
sans la permission de la France (i). Je veux profiter de cette 
paix continentale pour détruire le parti qui dans une nouvelle 
guerre pourrait encore s'armer contre moi ou au moins me 
donner assez d'inquiétude pour m'obliger à conserver 1 5 ou 
20,000 hommes dans l'Ouest, et je crois que la meilleure ma- 
nière de détruire un parti c'est de perdre les chefs et de bien 
traiter les masses. Je ferai cela. Quant aux prêtres, je les trai- 
terai bien, je serai là dessus d'accord avec le Pape. Je veux 
mourir dans la religion où j'ai été élevé. A ma place vous en 
feriez autant. 

B. — Oui, je ne voudrais pas qu'un parti intérieur pût con- 
trarier mes projets, mais pour cela il est, je crois, d'autres 
moyens. Qu'entendez-vous par perdre les chefs ? les tuer ? 

Le C. — Non, non, je ne veux faire périr personne. Je ren- 
verrai de France ceux qui m'y déplairont. 

B. — Quoi I vous voul^exiler de France tous les chefe. 
Cela n'est pas du tout aimable pour moi et j'étais loin de m'y 
attendre. 

Le c. — Je ne renverrai pas tous les chefs. Il en est qui 

(I) La paix fut conclue avec l'Empereur par le traité de Lunérille (9 ftvrier 1801). 



104 REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES 

sont mes amis. Par exemple Chatillon , Bernier et d'Auti- 
champ ( I ). Je m'en entourerai avec plaisir dans toutes les circon- 
stances, mais vous, M. de Bourmont, je ne puis vous regarder 
comme mon ami. Vous avez conservé des relations avec l'An- 
gleterre, vous avez encore le désir de servir les Bourbons, au 
moins vous vous vantez de leur rester attaché. Les habitants 
du Maine sur qui vous avez de Tinfluence conservent le désir de 
servir leur parti. Cest à vous que je dois m'en prendre, et, si 
dans i5 jours vous n'avez pas entièrement perdu votre in- 
fluence, je vous enverrai un de mes aides de camp pour vous 
prier de passer chez moi, et ce sera pour vous dire que je vous 
donne quatre jours pour quitter le territoire français, et que si 
vous y êtes trouvé le cinquième, vous serez fusillé (2). Au reste 
comment voulez-vous que je vous considère : est-tce le Roi qui 
vous a chargé de commander dans le Maine ? 

B. — Non, c'est de Monsieur que sont mes lettres de com- 
mandement et au nom du Roi. 

Le C. — Eh bien le Roi (pour parler dans votre style) désa- 
voue tout ce qu'a fait Monsieur et vous ne servez que l'Angle- 
terre en obéissant à Monsieur. Je sais que le Roi a blâmé la 

guerre de l'Ouest. Je l'ai vu écrit de sa main. L'abbé me l'a 

fait lire. 

B. — Je pense que le Roi blâmerait de nouveaux troubles, 
mais je ne pense pas qu'il ait blâmé les efforts que nous avons 
faits contre le Directoire. Au reste je vous donne ma parole que 
je n'ai jamais cru et voulu servir que le Roi et que je n'aime 
ni l'Autriche ni l'Angleterre. 



(ij Ces chefs avaient fait leur soumission A Montluçon le 17 janvier 1800. Les Mémoires de 
Gourgaud sur Napoléon (t 1. p. 1 3o] disent : « Ces chefs vendéens furent reçus plusieurs fois 
à la Malmaison. La paix une fois faite, Napoléon n'eut qu'à se louer de leur conduite. • Dans 
une lettre du premier consul à Bemadotte, du 1 1 floréal an VIII (i" mai 1800J, on lit : • Cha- 
tillon n'est pas dangereux non plus; je le crois décidé à vivre tranquille. » (Correspondance, 
t. VI, p. 244). 

(2) Cest ce passage que le fils de Bourmcfit a cité dans la nodco sur ton père. 



BONAPARTE & BOURMONT lo5 

Le C. — Vous me dites que vous n'aimez pas TAngleterre 
et cependant vous en recevez des fonds ? 

B. — Oui, cela est vrai; j'en ai reçu depuis la paix qui m'a- 
vaient été promis antérieurement et qui étaient indispensables 
pour remplir des engagements contractés de confiance sur ma 
parole. Vous ne pouvez trouver mauvais que j'aie voulu acquit- 
ter des dettes sacrées, et ce que la révolution m'a laissé de for- 
tune ne suffisant pas pour cela, j'ai dû recevoir de l'Angle- 
terre. 

LeC. — Non, il fallait vous adresser au gouvernement. Il 
eut payé vos dettes et vous n'auriez pas donné le scandale de 
vos relations avec les Anglais. 

B. — Général, je l'ai fait. Le g«' Hédouville promit de payer 
les dettes de ma division. Depuis il m'a fait dire qu'il ne dépen- 
dait pas de lui de tenir sa promesse à cet égard. 

Le C. — Vous avez réponse à tout. Vous avez mis de l'a- 
dresse dans votre conduite ; je ne puis dire le contraire, mais 
j'ai trop d'expérience pour être trompé, trop d'habitude des 
honunes et des affaires. Je vois le fait. Vous avez des relations 
avec mes ennemis, vous en recevez de l'argent, donc vous vou- 
lez les servir. Ce n'est pas le Roi que vous servez, c'est l'An- 
gleterre ( I ). Vous obéissez à Monsieur qui joue un rôle indigne de 
son sang. Il est le chef des espions de l'Angleterre. Cette puis- 
sance se sert de l'influence des Bourbons en France pour se 
procurer des notes du gouvernement autrichien et pour nuire 
à la France, et Monsieur écrit lui-même pour engager ceux qui 
lui restent attachés à faire cet infâme métier ! Quelle honte ! Je 
vais faire imprimer ses lettres et je ne ferai la paix avec l'Angle- 
terre qu'à la condition de l'en chasser. Quant au Roi, c'est dif- 



(1) On lit dans les Mémoires de Napoléon (t. VI, p. igS) : •< La guerre de la Vendée se di- 
vise en trois époques. Elle a été soutenue par deux armées, agissant sous des directions diffé- 
rentes, l'une, l'armée catholique, l'autre, la chouanerie ; toutes deux ont fait en réalité la guerre 
pour les intérêts de l'Angleterre. >• 

TOME I. ^4 



106 REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES 

férent. Je Tavais mal connu, il se conduit bien, il blâme son 
frère, il ne veut pas servir les ennemis de la France, il connaît 
r Angleterre et ne Taimepas. Aussi loin de lui nuire je respecte- 
rai ses malheurs et lui rendrai tous les services que je pourrai 
(bien entendu excepté sa couronne) ; elle est perdue pour sa mai- 
son; rhistoire ofire d'autres exemples d'un changement de 
dynastie. Je gouverne, je conserverai la puissance jusqu'à ma 
dernière heure; l'armée le veut; les généraux m'ont dit : faites 
ce que vous voudrez, soyez Roi, si cela vous plait, mais ne 
nous en donnez jamais un contre lequel vous ne pourriez nous 
protéger. Ils ont raison, ils ne veulent pas que ceux qu'ils ont 
vaincus viennent leur faire la loi. Il est bien égal à nous autres 
militaires d'obéir à tel ou tel homme pourvu qu'il nous traite 
bien, mais on ne veut pas que tous les émigrés viennent entou- 
rer l'autorité et faire la loi à ceux qui les ont vaincus. Cela se- 
rait à peine supportable si nous l'avions été. 

B. — Mais, général, cela est juste. Dans aucun cas vous ne 
devez recevoir la loi des émigrés. Mais en rétablissant le Roi 
vous seriez placé à ses côtés, il serait environné de vos amis, 
de vos admirateurs. La France entière serait pour vous, et 
alors vous auriez sûrement assez de pouvoir pour protéger les 
généraux, et le Roi est tellement bien disposé pour eux, au- 
rait un si grand besoin de leurs services, qu'à coup sûr ils n'au- 
raient pas de reproches à vous faire. 

Le C. — Oh ! je ne sais ce qui arriverait. Les généraux pen- 
sent que rappeler le Roi ce serait les trahir. Je ne le ferai pas. 
Si c'était un grand Prince qui dut régner, s'il avait fait de 
grandes choses, s'il était comme le duc d'Enghien après la ba- 
taille de Rocroi, je me ferais honneur de servir sous lui. Je ne 
balancerais pas à lui remettre un sceptre dont il serait digne. 
Mais on ne connaît pas le Roi : il est à Mittau, qu'il y reste. 
Un jour peut-être, s'il se conduit toujours bien, les Français 
l'appelleront, mais pendant ma vie je conserverai l'autorité su- 
prême, j'étendrai la gloire des armes françaises, j'écraserai l'An- 



BONAPARTE & BOURMONT 107 



gleterre, et la France fera la loi au reste du monde. Quant à 
vous, M. de Bourmont, je vous le répète, si vous ne perdez pas 
votre influence, si je ne suis pas bientôt rassuré sur vos inten- 
tions, je vous ferai sortir de France. Je serai fâché que vous ayez 
préféré de rester mon ennemi. Vous avez des moyens qui au- 
raient été utiles à la patrie. Vous auriez acquis de la gloire en la 
servant, vous auriez obligé vos amis. Mais si vous préférez 
lutter contre moi, si tous ceux que vous influencez encore res- 
tent éloignés du gouvernement, vous en serez les victimes. C'est 
le pot de terre contre le pot de fer. 

B. — Je le sais, général. Aussi je ne veux pas lutter mais 
faire tout ce que je pourrai pour rester en France. Je suis maî- 
tre d'abandonner mes relations, je n'en aurai plus. Mais je ne 
suis pas maître également de perdre mon influence en un temps 
donné. Si on conserve quelque amitié pour moi dans le Maine, 
il serait injuste de m'en punir. 

Le C. — Ce raisonnement serait parfait en société ; mais 
pour moi il ne vaut rien du tout. Travaillez à perdre votre in- 
fluence, occupez-vous en sérieusement, ou arrangez^vous pour 
quitter la France ? 

B. — J'ai fort envie d'y demeurer, mais enfin vous en déci- 
derez. Je veux cependant vous parler de mes camarades. J'es- 
père qu'ils seront rayés et que vous remplirez à leur égard tout 
ce que vous avez promis pour la pacification. 

Le C. — J'ai rayé le nombre que j'avais promis ; je n'ai pas 
traité avec les émigrés. 

B. — Pardonnez-moi, vous avez traité avec des émigrés, 
avec moi par exemple que vous connaissiez bien pour tel. Vos 
agents ont promis la radiation d'un certain nombre sans exiger 
les formalités habituelles, et celle de toutes les autres en les 
soumettant à des formes faciles, et j'ai annoncé cela à tous 
comme une des conditions arrêtées. 

Le c. — Combien en avez-vous donc sur votre liste ? 

B. — Plus de soixante. 



I08 REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES 

Le C. — Oh ! vous avez mis le nom de tous ceux qui sont 
rentrés en France, quoi qu'ils n'eussent jamais été avec vous 
dans rOuest. 

B. — Non, les soixante dont je parle étaient tous avec moi. 

Le C. — Eh! bien, j'ai pris un arrêté là dessus. Vous le trou- 
verez dans le Moniteur. Au reste leur sort sera le vôtre. Si vous 
partez, ils vous suivront tous, rayés ou non. 

B. — Quoi I vous les feriez partir parce que vous seriez mé- 
content de moi ; cela serait injuste. 

Le c. — Juste ou non, ils partiront si vous partez, voilà 
mon dernier mot. En tout je tiendrai ma parole. Je vous don- 
nerai dix jours pour sortir du territoire français; ce sera comme 
un armistice conclu entre nous : on se prévient dix jours d'a- 
vance. Quelque chose que vous fassiez, je vous considère à Pa- 
ris comme dans ma maison. Vous pouvez dormir tranquille : 
vous ne courrez aucun risque pour votre existence; mais si je 
ne suis pas satisfait, vous et les vôtres serez punis par le ban- 
nissement. 

B. — Vous êtes trop fort pour que j'essaye de résister; mais 
il eut été plus loyal de me parler ainsi il y a six mois. Alors 
j'aurais pu choisir le parti qui me convenait le mieux. 

Le c. — Non, je devais alors vous parler autrement, parce 
que je traite la politique comme la guerre : j'endors une aile 
pour battre l'autre (i). J'avais la guerre avec l'Empereur et je 
la craignais dans l'Ouest. 

B. — Eh ! bien, c'est lorsque j'ai travaillé à empêcher le re- 
nouvellement de cette guerre qu'au lieu de tenir vos promesses 
vous voulez proscrire mes amis et moi ! 

Le C. — En empêchant la guerre vous n'avez pas voulu me 



(I) On peut rapprocher de ces mots ceux adressés à Bourrienne lors des négociations avec 
TAutriche pour séparer cette puissance de TÂngleterre : 

• Voyez-vous, Bourrienne, j'ai là deux grands ennemis sur les bras ; je conclurai avec le 
plus complaisant, le plus empressé, cela me donnera le moyen de tomber tout de suite sur l'au- 
tre. * (Mémoires de Bourrienne, t. III, p. i83). 



BONAPARTE & BOURMONT IO9 

servir. Vous avez fort bien calculé qu'une reprise d'armes ne 
pouvait pas être assez soutenue des Anglais parce qu'ils por- 
taient leurs principales forces dans la Méditerranée et qu'ils 
n'avaient que 6,000 hommes à Quiberon. Mais s'ils en avaient 
débarqué 3o,ooo, si un Bourbon s'était présenté, vous auriez 
pris les armes contre moi. Si même j'avais été battu à Ma- 
rengo, je ne sais ce que vous auriez fait. Ainsi donc en ne pre- 
nant pas les armes vous avez montré du raisonnement, vous, 
avez servi votre parti : je ne dois vous en savoir aucun gré. 

B. — Ainsi donc ce qu'on m'avait promis ne sera pas tenu ? 

Le C. — Vous n'avez pas voulu vous rallier au gouverne- 
ment, vous avez voulu courir d'autres chances, vous n'avez pas 
compté sur l'exécution des promesses. 

B. — Je l'avoue à ma honte, j'ai eu la bêtise d'y croire. J'ai 
cru qu'on était de bonne foi en voulant réparer le mal qu'avait 
fait la révolution dans nos provinces. D'honneur, j'en ai été 
complètement la dupe. 

Le C. — Cela prouve que vous êtes encore jeune et que j'ai 
plus d'expérience que vous. 

B. — Oh ! sans doute vous me donnez une bonne leçon. Je 
vous en remercie, je suis charmé de votre franchise, cela pourra 
me servir dans quelques unes des circonstances où le sort me 
placera. Mais enfin, pour rester en France que faut-il que je 
fasse ? 

Le c. — Je ne le sais pas moi-même; il faut que je sois 
content : cherche^ ce qui peut me satisfaire (i). 

B. — Je chercherai sans doute, mais j'ignore si je trouverai. 
Je vais toujours cesser mes relations. 

Le c. — Je ne saurais vous dire ce qu'il faut faire. Quand 
même vous cesseriez vos relations, que vous n'auriez pas un 
tort, il est possible que je vous ordonne de partir. Vous savez 



(I) Le prince de La Trémoille ayant souligné cène phrase, nous l'avons imprimée en 
italiquej». 



110 REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES 

qu'on est coupable en politique quand on inquiète celui qui 
gouverne. Eh ! vous avez trop d'influence. 

B. — Je ferai tout ce que je pourrai, surtout pour mes cama- 
rades. Je ne veux pas avoir un reproche à me faire. Je suis re- 
connaissant de la franchise que vous avez mise à cette conver- 
sation. Je compte sur votre parole. J'ai l'honneur de vous 
saluer. 

Le C. — Allons, réfléchissez-y. Rappelez-vous ce que je vous 
ai dit. Comptez sur ma parole et tâchez de me contenter. Dans 
quelque temps je vous enverrai chercher. Si vous voulez me 
voir auparavant, vous vous adresserez au général Clarcke. 
Adieu. 

M. de La Trémoille s'empressa d'envoyer au comte de Saint- Priest, 
alors ministre de la maison de Louis XVIII, une copie exacte du docu- 
ment que nous venons de publier. Il l'accompagna d'ime longue lettre 
dont nous reproduirons les principaux passages. 

Après avoir annoncé Fenvoi de la dite conversation qui Êdt honneur 
au caractère et à la bonne tête de l'un et aux funestes talents de l'autre, 
M. de La Trémoille fait part d'un mémoire dans lequel on démontre la 
nécessité de secours puissants en hommes et en argent, si, dans le cas 
du renouvellement de la guerre, on voulait attaquer Buonaparte dans 
l'intérieur, « ne dissimulant pas même alors la difficulté de réussir, mais 
annonçant en même temps un succès bien plus Êicile et presque cer- 
tain dans le cas de la mort ou naturelle ou accidentelle dont le consul 
paraît assez fortement menacé ». De ces deux documents, M . de La Tré- 
moille déclare que deux idées opposées s'élèvent naturellement, et il les 
expose en ces termes : 

lo La première est celle d'un rapprochement total et intime 
du Roi et de T Angleterre. Tel est Tesprit du mémoire de L..., 
telle est la base du mémoire de N... que j'ai cité, telle est l'induc- 
tion même qu'on peut tirer de la conversation de X..., s'il est 
vrai qu'on peut presque regarder comme un bon conseil et une 
bonne règle de conduite le contre-pied des suggestions d'un en- 
nemi et d'un ennemi pénétré du principe qu'il faut endormir une 
aile pour battre Vautre. C'est cette idée qui me conduisit il y a 



BONAPARTE & BOURMONT 1 l I 

deux ans à Mittau, portant au Roi là-dessus le vœu de tous ses 
plus zélés serviteurs, et embrassant dans l'objet de mon voyage 
tous les détails propres à établir et à consolider ce rapproche- 
ment. Je suis fermement persuadé que l'Angleterre, éclairée 
sur ses intérêts, désire sincèrement depuis longtemps, mais cha- 
que jour plus vivement, le rétablissement du roi légitime en 
France. Il est, de plus, évident qu'aucune puissance en Europe 
ne peut, par sa richesse et sa position topographique, aider plus 
facilement et plus puissamment le parti royaliste dans l'inté- 
rieur. Mais on se demande si la volonté la plus ferme, si les 
secours les plus considérables de la part de l'Angleterre, peu- 
vent aujourd'hui permettre les mêmes succès qu'eussent assurés 
il y a deux ans une volonté et des secours médiocres. Alors le 
parti royaliste était encore florissant, les organisations mili- 
taires en vigueur dans l'Ouest, l'esprit du pays à la guerre, le 
mécontentement, la haine, le mépris pour le gouvernement à 
leur comble, l'amour de la royauté, l'espoir de la rétablir en- 
core puissans, l'union, la conformité la plus parfaites de vues 
et de sentiments régnoient entre des chefs pleins de zèle et de 
talens, qui sont aujourd'hui tous morts ou divisés. Et qui s'a- 
gissait-il d'attaquer alors ? Une faction à cinq têtes dont aucune 
ne pensait, méprisable et méprisée, prodige de corruption et de 
foiblesse, de férocité et de lâcheté, de nullité et d'ignorance ou 
de vacillation perpétuelle dans tous les principes de gouverne- 
ment et de politique, dont l'armée, qui seule soutenait encore, 
faute de mieux, ce fantôme de gouvernement, ne supportait le 
joug qu'avec un sentiment de honte ou d'indignation concen- 
trée, ouvrant, par l'infidélité de ses moyens, l'accès le plus fa- 
cile à toutes les intelligences, à tous les complots, parce qu'il 
n'avait pas un agent fidèle, enfin prêtant le flanc de toute part 
à quiconque eut voulu l'attaquer. Qu'il est affligeant d'avoir à 
comparer cette époque encore si récente, et déjà si loin de nous, 
avec la lutte qu'on voudrait recommencer aujourd'hui sous les 
drapeaux décolorés du royalisme contre un usurpateur à grand 



1 r 2 REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES 

caractère, entouré de tous les prestiges de la victoire, amoureux 
de i^autorité, mais profond, dissimulé, vigoureux dans le choix 
et remploi de tous les moyens de la sentir et de la faire sup- 
porter, auquel la France ne reproche aucune part directe aux 
crimes de la révolution, mais auquel elle doit une grande partie 
de sa gloire et qui a couvert ses plaies de lauriers. Quelles res- 
sources un tel homme, s'il vit, ne saura-t-il pas tirer du carac- 
tère des Français, de leur enthousiasme pour un maître guer- 
rier, de leur confiance en sa fortune, de leur haine pour l'étran- 
ger, de leur amour pour la patrie qu'il défendra-, et à quel prix 
faudra-t-il acheter la victoire si on parvient à la lui arracher ! 
Ne vous semble-t-il donc pas comme à moi que les secours de 
l'Angleterre les plus loyalement offerts, les plus énergiquement 
employés, que ces secours, dis-je, d'ailleurs nécessairement su- 
bordonnés à la chance de la guerre continentale , qui peut être 
probable, mais qui n'est pas sûre, laisseraient encore à craindre 
ou des revers ou des succès désastreux, dont les suites pour- 
raient devenir funestes à la France et à la maison de Bour- 
bon. 

20 La seconde idée qu'a fait naître en moi la lecture de la 
conversation de V... et de X... et à la possibilité de laquelle je 
n'eusse jamais cru avant de l'avoir lue serait : de se tenir quel- 
que temps encore sur la réserve vis-à-vis de l'Angleterre, sans 
rien accepter , sans rien repousser, et de tenter une démarche 
très prompte et très secrète vis à vis de B***. 

Quel inconvénient verriez-vous à cette démarche qui pour- 
roit être noble, franche, sublime de la part du Roi, ne pourrait 
pas le compromettre et pourrait séduire le Consul ? 

Pourquoi ne pas l'attaquer par ce côté romanesque de son 
caractère qui se décelle en tout? Jaloux de toutes les réputa- 
tions, de tous les genres de gloire de tous les siècles, cet homme, 
toujours en scène, copie l'antique qu'il veut surpasser et joue 
pour la postérité. Eh bien I tâchons de lui trouver dans l'anti- 
que quelque grand modèle à surpasser, et de lui promettre avec 



BONAPARTE & BOURMONT I ï 3 

vraisemblance les applaudissements de cette postérité. Cela 
n'est peut-être pas impossible. Il aime l'autorité, mais il aime 
encore plus Péclat; il Taime, cette autorité, comme moyen de 
faire des choses brillantes ; mais il la sacrifierait peut-être à 
l'occasion qu'on lui offrirait de faire une action plus brillante 
encore. Quels sont les traits dominants dans sa conversation 
avec N*** ? Haine de l'Angleterre, estime personnelle pour le 
Roi, désir de conserver l'autorité pour faire encort de grahdes 
choses; espèce de disposition ou de non-répugnance au moins 
qu'il avoue qu'il aurait eue à la céder à un prince qui eut enlevé 
son admiration par des faits éclatants. « Je me ferais honneur, 
dit-il, de servir sous lui, je ne balancerais pas à lui remettre un 
sceptre, etc. », et cela après avoir balbutié un moment aupara- 
vant qu'il ne le rétablira pas parce qu'il l'a promis aux géné- 
raux. Ce n'est donc pas parce qu'il a promis à ces généraux, 
pour lesquels il n'a certainement aucune inquiétude , qu'il ne 
veut pas rétablir le Roi, msds parce qu'on ne connaît pas le 
Roi, et parce qu'il eût voulu des batailles de Rocroi, parce 
qu'enfin il faut offrir quelque chose de saillant à son admira- 
tion et à celle de la France. Mais le Roi, en laissant parler sa 
grande âme vîs-à-vis de lui , ne peut-il pas, au défaut de hauts 
faits militaires dont la fortune lui a refusé l'occasion, offrir à son 
admiration ces vertus sublimes, ces grandes qualités administra- 
tives, cette bonté paternelle, cette fermeté d'âme et de carac- 
tère, ces lumières profondes que la nature et l'expérience lui ont 
données et dont la France a bien plus besoin aujourd'hui que 
de victoires ? a Buonaparte, pourrait-il lui dire, vous êtes bon 
Français, je le suis aussi ; vous ne pouvez vouloir que le bon- 
heur de la France, car vous devez être saturé de gloire et d'é- 
clat ; l'ambition de gouverner peut donc seule être encore une 
barrière entre nous ; mais voiis êtes au-dessus de l'ambi- 
tion. Je le suis aussi, car je sais supporter mon malheur, et le 
pouvoir suprême aurait pour moi bien moins de charmes que 
d'épines. Raisonnons donc à froid du bonheur de cette France 

TOME I. i5 



114 REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES 

que nous aimons tous deux. Voyez TEurope qui s'arme ! 
Voyez... (enfin ce qu'on verroit). Je pourrais aussi peut-être, à 
la tête des légions étrangères, espérer reconquérir un trône qui 
m'est légitimement dû et où la majorité des vœux des Français 
me rappelle. Mais je veux sauver, si je puis, ces malheurs à 
ma patrie. Entendez ses cris; acceptez ce qu'elle vous ofifre par 
mon organe; ces offres sont dignes de vous et votre modération 
seule pourra mettre des bornes aux marques de sa reconnais- 
sance et de la mienne. Je suppose que vos talents, ceux de vos 
généraux, la valeur et le patriotisme des Français vous fassent 
encore sortir victorieux de cette lutte terrible dont votre usur- 
pation est le prétexte; mais la France en sortirait-elle moins 
épuisée ? mais après vous I... Ah I ne choisissez pas d'être son 
fléau quand vous pouvez être son bienfaiteur et son soutien I 
Réunissons-nous pour la défendre, la pacifier, guérir ses plaies, 
légitimer sa gloire; ce seul exploit vous manque; il les cou- 
ronne tous. Dès longtemps vous n'avez plus de rival que vous- 
même , et Buonaparte conquérant ne peut être effacé aux yeux 
de la postérité que par Buonaparte restaurateur de la monar- 
chie. » 

M. de La Trémoille pense donc que le Roi devrait envoyer auprès du 
Consul un homme sûr pour entamer des négociations secrètes ; il s'offre 
lui-même pour cette mission de confiance, au cas où le Roi approuve- 
rait ses idces. 

Louis XVIII reçut la lettre et le document et il répondit au prince de 
La Trémoille la lettre suivante : 

A MittaO) ce 9 novembre 1800. 

Le comte d'Avaray m'a fait part de votre lettre, mon cher 
prince. Si je n'y avois trouvé que la preuve du zèle et du coura- 
geux dévouement que je vous connoîs depuis longtemps pour 
mon service, j'y eusse été moins sensible; mais vous m'offrez 
encore le sacrifice du juste ressentiment que vous inspire le 



BONAPARTE & BOURMONT I l5 

meurtre de celui que nous regrettons tous les deux (i), c'est là 
ce qui me touche au delà de ce que je puis dire. Les mesures 
que j'ai prises ne me permettent pas d'accepter ces offres géné- 
reuses, mais le gré que je vous en sçais est le même et je ne 
manquerai pas d'autres occasions de mettre à profit le senti- 
ment qui vous les a dictées. 
Vous connoissez, mon cher prince, tous les miens pour vous. 

Louis. 

Louis XVIII avait fait antérieurement des démarches personnelles 
auprès du premier Consul. II lui avait écrit dans une première lettre, le 
20 février 1800 : 

Sauvez la France de ses propres fureurs; vous aurez rempli 
le premier vœu de mon cœur. Rendez-lui son roi, et les géné- 
rations futures béniront votre mémoire. 

Le Consul, très-agité, pressé par Joséphine et par Hortense de donner 
quelque espoir au Roi, laissa passer le temps sans répondre. Louis XVIII 
n'hésita pas à renouveler ses ouvertures : 

Non, le vainqueur de Lodi, de Castiglione, d'Arcole, le con- 
quérant de l'Italie et de l'Egypte ne peut pas préférer à la gloire 
une vaine célébrité. Cependant vous perdez un temps précieux. 
Nous pouvons assurer la gloire de la France. Je dis nous, parce 
que j'ai besoin de Bonaparte pour cela, et qu'il ne le pourrait 
sans moi. 

Général, l'Europe vous observe, la gloire vous attend, et je 
suis impatient de rendre la paix à mon peuple. 

Bourrienne nous a conservé le texte exact de ces deux lettres (2) dont 
parle aussi le Mémorial de Sainte-Hélène, Il a publié également la ré- 
ponse de Bonaparte, qui est du 2 vendémiaire an IX (24 septembre 1 800) : 

(1) Il s'agit de U mort du comte de Frotté, ami et compagnon d'armes du prince de La Tré- 
moille. 
(3) Mémoires, t. IV, p. 74 et suiv. 



1 l6 REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES 

J^ai reçu, Monsieur, votre lettre. Je vous remercie des choses 
honnêtes que vous m'y dites. 

Vous ne devez pas souhaiter votre retour en France; il vous 
faudrait marcher sur 100,000 cadavres. 

Sacrifiez votre intérêt au repos et au bonheur de la France : 
rhistoire vous en tiendra compte. 

Je ne suis pas insensible aux malheurs de votre famille et 
j'apprendrai avec plaisir que vous êtes environné de tout ce qui 
peut contribuer à la tranquillité de votre retraite (i). 

Cette pièce explique sufiBsamment la teneur de la réponse faite, le 
9 novembre 1800, à M. de la Trémoille par Louis XVIII, désabusé sur 
les prétendus sentiments royalistes du premier Consul. 

Bourmont ne resta pas longtemps sans ressentir les effets de la me- 
nace de son puissant adversaire, qui recommandait, le 1 3 nivôse an IK 
(3 janvier 1801), à Fouché de surveiller les amnistiés de l'Ouest résidant 
à Paris (2). Le complot de la machine infernale, tramé par des agents 
royalistes, fournit au ministre de la police un prétexte pour faire arrê- 
ter Bourmont, qui fut enfermé au Temple et transféré dans la citadelle 
de Besançon d'où il s'échappa vers la fin de l'année 1 804. 



(1) Nous possédons les copies de ces trois lettres de la maio ni£me de Bourneone. Elles il- 
lustrent le bel exemplaire des Mémoires de Bourrienne qui fait partie de la bibliothèque formée 
par notre père. 

(2) Correspondance de Napoléon, t. IV, p. 548. 



LOUIS XII 117 



LOUIS XII 



DEUX LETTRES SUR LA VILLE DE LYON 



Les deux lettres suivantes du roi Louis XII, que nous empruntons à 
notre collection particulière, sont relatives à la ville de Lyon. La pre- 
mière, datée de Loches, le 19 février 1499, a été écrite alors que 
Louis XII méditait son expédition contre le Milanais. Elle nous montre 
le roi résolu à aller s'établir à Lyon afin d'être plus près de son armée, 
et enjoignant aux conseillers et habitants de la ville de £ûre provision 
de blés et de grains ; ceux-ci répondent qu'ils tirerodt du blé de Lan- 
guedoc et de Provence, à la condition d'être exemptés des impôts si 
onéreux prélevés par le roi et par les seigneurs sur la navigation du 
Rhône. Le roi abandonne volontiers ses droits, mais il est forcé de de- 
mander aux seigneurs riverains du Rhône de suivre son exemple. Il 
écrit à chacun d'eux une lettre dans laquelle il invoque ie biem du ptu- 
j^ et de la chose publique. Nodis allons donner le texte d'une de ces 
missives, qui est un témoignage des derniers vestiges de la puissance 
féodale au xv* siècle et qui nous permet d'étudier la nature des rapports 
du roi avec les aei^enrs. Notre pièce est dépourvue d'adresse ; en voici 
le texte : 

De par le Roy. 

Cher et bien amé, pour ce que en bref nous avons délibéré 
aller en nostre ville de Lyon et illec nous tenir quelque temps 
pour la conduite d'aucuns noz exprès affaires^ nous avons or- 



Il8 REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES 

donné aux conseillers habitons de nostre dite ville qu'ilz faœnt 
bonne provision de vivres, mesmement de blez, aflfin que nous 
et nostre compaignie n'en puissions avoir faulte. Lesquelz con- 
seillers et habitans nous ont advertiz que de noz pays de Lan- 
guedoc et Provence ilz pourroient tirer et faire venir en ladicte 
ville ung bon nombre des dits blez et grains, mais que les péa- 
ges et droiz qui se prennent sur iceulx tant par nous que autres 
au long de nostre rivière du Rosne feussent levez et quictez 
jusques à la Saint Jehan prochaine seulement, ce que avons fait 
de nostre part, et aussi Pavons remonstré et fait remonstrer à 
aucuns des dits seigneurs qui prennent peaige sur les dits blez 
estans par deçà, lesquelz pour amour de nous et du peuple ont 
esté contens de lever et quicter en tant que à eulx les dits droiz. 
Parquoy nous vous prions que vostre,part vous vueillez faire 
le semblable et estre contans que la dite traicte se face pour le 
dit temps et sans préjudice de voz previllèges pour l'avenir, en 
quoy vous ne pourrez pas avoir grant interest, car aussi bien si 
les dits droitcz estoient levez la dite traicte ne se feroit jamais, 
et oultre que en ce faisant ferez le bien du peuple et de la chose 
publicque , nous ferez aussi très agréable plaisir et dont vous 
saurons bon gré. Donné à Loches le XIX°*« jour de février. 

LOYS. 

ROBERTET. 

Les seigneurs abandonnèrent sans doute leurs droits, car Louis XII 
vint à Lyon où il fît son entrée solennelle le lo juillet 1499. Les chro- 
niques du temps consignent le £ait en ces termes : 

En cestuy an le dixiesme jour de juillet, le roy Loys XII 
fist son entrée a Lyon sur le Rosne, la quelle fut très solemnelle 
et fut fait plusieurs beaulx misteres et choses joyeuses et les rues 
richement tendues de fines tapisseries (i). 



(i) Séjours de Charles VIII et Loys XII à Lyon sur le Rosne, publ. par P. M. Gonon; 
Lyon, i84if in-8, p. 3g. 



\ 



LOUIS XII I ig 



Louis XII séjourna longtemps à Lyon, qui était la place la plus favo- 
rable pour suivre les opérations militaires dans le Milanais. Cest a Lyon 
qu'il vit arriver prisonnier son adversaire Ludovic Sforce, suivi bien- 
tôt de son frère le cardinal Ascagne , et qu'il rendit grâces à Dieu solen- 
nellement dans les églises de ce triomphe (i i avril i5oo) (i). Louis XII 
accueillit volontiers les demandes des consuls de Lyon relativement au 
rétablissement des fortifications de la ville du côté de la Bresse. Déjà, 
en 1476, le voisinage de Charles le Téméraire avait forcé les Lyonnais 
à construire des remparts : la crainte d'une invasion des Suisses, ligués 
avec les Vénitiens contre la France, les obligea à réparer leurs mu- 
railles (2). Louis XII ordonna en conséquence à son amé et féal conseil- 
ler et chambellan le capitaine Sarron de visiter les clôtures de la ville 
de Lyon et de s'entendre avec le sénéchal. Voici le texte de cette lettre : 

De par le Roy. 

Nostre amé et féal, noz chers et bien amez les conseillers et 
habitans de nostre ville de Lyon nous ont escript et fait faire 
plusieurs remonstrances par leurs depputez que pour ceste 
cause ilz ont envoiez devers nous qu'il est très neccessaire et re- 
quis faire faire certaines clostures et reparacions en la dite ville 
du costé de la Bresse, lesquelles noz prédécesseurs les roys Loys 
et Charles que Dieu pardoint ont autrefibiz délibéré faire faire ; 
et pour ce que nous congnoissons assez les dites clostures et re- 
paracions estre très urgentes et neccessaires nous avons advisé 
que vous vous transporterez en la dite ville et illec ensemble 
noz amez et féaulx les sires de Saint André Menault, De 
Guerre et Le Poulfailler, ou les deux de vous quatre, appeliez 
le seneschal du dit Lion ou son lieutenant et aucuns des princi- 
paulx et gens de bien de la dite ville qui vous semblera estre en 
ce congnoissans, voiez et visitez les dites clostures et répara- 
dons neccessaires y estre faictes et regardez combien les coustz 
se pourront monter et où se pourront prendre les deniers plus 
aisément à la moindre foulle du peuple que faire ce pourra , 

(i) Notes et documents pour servir à thistoire de Lyon, 1483-1546, par Péricaud; Lyon. 
1840, iii-8. 
(2) Histoire de Lyon par Monfidcon, 1 1, p. 555 et 567. 



120 REVUE DES DOCUMEhTTS HISTORIQUES 

sans charger noz finances. Si vous prions que vacquez en ce 
que dit est en la meilleur dilligence que pourrez, et ce fait 
nous envoiez de tout voz advis et oppinions pour après en 
ordonner ainsi que verrons estre affaire, vous priant de rechief 
que en ce ne vueillez faillir, à ce que par faulte de la dite clos- 
ture et réparacion inconvénient n'en puisse advenir eft la dite 
ville. Donné à Loches le XXVIII* jour de novembre. 




J. CoTBRGAU(l). 

Notre pièce est dépourvue de date ; mais nous savons qu^en juin 1 5 1 2 
Louis XII accorda au consulat de Lyon la levée de plusieurs droits sur 
les marchandises, pour subvenir aux frais de construction des fortifica- 
tions du côté de la Bresse, et que le 20 juillet il enTôja àui Lyonnais 
son conseiller et chambellan le sieur de La Votilte pour aviser aux ré- 
parations nécessaires à la ville (2). Notre lettre est donc antérieure a cette 
année i5i2. 



(1) Péricandf dans ses Notes sur l'histoire de Lyon, mentionne (p. 16) que Jean Cotereau 
donna, le 30 )anvier i5oi, cent écas anx conseillers de Lyon pour créer une pension de 10 H- 
yres 10 soos, ■ pov iairc somcr ks ckxhettes et âdre Téveil tôt» lee lundis et veilles des 
trépassés, au long des mes par toute la ville, pour avoir souvenance de prier Dieu pour les tré- 
passés •. 

(2) Péricaud, ut supra, p. 35. 



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Vii^ 



PHILIPPE LE BEL 121 



PHILIPPE LE BEL 

ROI DE FRANCE ^ 



Nous avons entre les mains une charte de Philippe le Bel, donnée à 
Paris au mois d'août 1 289, et relative à la reconstruction en pierre des 
ponts de Melun a qui chooiz et rompuz estoient en Tan M.CC. et qua- 
trevingz ». Cette pièce n'est pas comprise dans le recueil des ordon- 
nances des rois de France, et elle est restée inconnue aux historiens de 
Melun (i). Nous la publions en fac-similé. 

La famille de Melun était une des plus illustres de France. La généalo- 
gie publiée dans le dictionnaire de Moreri (2), d'après les recherches du 
Père Prévost et les collections de l'abbé Descors, nous apprend que le 
premier membre de cette ûimille dont on ait trouvé mention dans les 
chartes est Salon, vioomte de Melun, en 991. 

Le vicomte dont parle notre charte est Adam III, fils d'Adam II, mort 
le 9 février 1270. Il avait succédé, en 1278, à son frère Guillaume, qui 
avait accompagné saint Louis dans sa dernière croisade. Il avait fait un 
acte de partage, le 2 avril 1285, avec son frère Jean , ce qui explique 
qu'ils soient mentionnés ensemble dans les lettres de Philippe le Bel. 
Jean possédait en effet la moitié de la vicomte de Melun et de toutes les 
terres en Brie, avec toute la terre de la Borde-le-Vicomte. 

Ph., par la grâce de Deu Roys de France. Nous feson sa- 
voir à touz presenz et à venir que cum nostre gent voussissent 

(i) Histoire de Melun, par Sébastien Roulliard; Paris, Lyon, i6a8, in-4. — Histoire de 
Melon, par Nicolet; Melun, Desrues, 1843, in-8. 
(3) DicHamuUre de Moreri, édition de 17S9, additions et corrections, p. 3a et sniv. 
TOME I. , 16 



122 REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES 

# 

lever de Adam viconte de Melehun et de Jehan de Melehun, 
chevaliers, frères, cent livres de tornois pour leur partie afferant 
en refeire de pierre les ponz de Melehun qui chooiz et rompuz 
estoient en Tan M.CC. et quatrevinz, les diz chevaliers disanz 
à leur deffense de ce : que ja soit ce que il et leur devantier deus 
des arches dou dit pont par devers le chastel ensîc cum Ten va 
vers la Brie, quant on les refeisoit ou convenoit réfère, élussent 
et ehussent bien esté tenuz dou refeire et retenir dou leur, cumme 
de soles et de planches tant solemant et non de plus, ne en chose 
qui a pierre ne à façon de pierre appartenist il ne metoient riens 
ne n'avoient onques mis ; Il n'estoient pas tenuz à mettre en la 
dite refaçon de pierre pour les resons desus dites et que a des- 
reson voloient nostre gent lever d'aus les dites cent livres tor- 
nois ; Et toutes voies à la parfin, cum li dit vicuens et sum frère, 
par Tacort et Tordenance de mestre Jefrei dou Temple, nostre 
clerc, et des ovriers pour nous mis et ordonnez en ces besoignes, 
aient mises outroiées les dites cent livres en la dite refaçon des 
ponz de pierre; Nous volons et outroions as diz frères que ceste 
mise ou refaçon ne face préjudice ou temps à venir à eaus ne à 
leur heirs ne à leur successours, et que se on temps à venir li dit 
pont fondoient ou rompoient ou se meffesoient par quoi il les 
convenist refaire, il ne leur heir n'i seroient tenuz à mettre pour 
chose que Ton i feist de pierre nule autre chose que il i metoient 
et estoient tenu à mettre ou point que les dites arches estoient 
de fust, si cum il est desus dit. Et pour ce que ce soit chose 
ferme et estable. Nous, sauf nostre droit et Tautrui, havons fet 
mettre nostre seial en cestes lettres faites et données à Paris Tan 
de grâce M.CC. quatrevinz et nuef, ou mois de ahoust. 

Adam III, vicomte de Melun, mourut en i3o5. Sa femme, Jeanne de 
Sully, décéda le 4 mai 1 3o6, et elle fut enterrée dans le chœur de Pabbaye 
de Saint-Antoine-des-Champs, à Paris. Quant à Jean, il ne vivait plus 
en 1298. 

Nous publions à la suite trois chartes du même Philippe le Bel, 



PHILIPPE LE BEL 123 



données à Paris, le lundi avant la Chandeleur 1296 (i). Elles concer- 
nent un payement de gages à Raoul, Bertin et Regnauld de Saint-Ouen, 
pour leurs services pendant la guerre de Gascogne. Cette province, que 
possédaient les Anglais, avait été envahie, en 1 296, par Philippe le Bel, 
mais les hostilités avaient été suspendues par une trêve intervenue en- 
tre le roi de France et le roi d'Angleterre Edouard I*. 

Voici le texte de ces trois pièces ; nous ne donnons la traduction que 
de la première, la rédaction des autres étant la même. 

Philippus, Dei gratia Francorum rex, baiiivo Caleti vel ejus 
locum tenenti salutem. Mandamus vobis quatinus Radulpho de 
Saint Oein, decenario, aut ejus mandato présentes litteras deffe- 
renti, undecim libras et decem solidos turonensium, in quibus 
eidem tenetnur de residuo tam vadiorum suorum, in facto guerre 
nostre Vasconie annopresenti acquisitorum, quam restauratio- 
nis cujusdam equi, absque dilacione quacumque, ad instantem 
mediam quadragesimam, de nostro intègre persolvatis ; quam 
pecunie summam in nostris computis volumus allocari et pênes 
vos présentes litteras remanere, Actum Parisius die lune ante 
Candelosam, anno domini M9 CCo nonagesimo sexto. 
Fer Helyam (2). 

Philippe, par la grâce de Dieu roi de France, au bailli de 
Calais ou à son lieutenant salut. Vous mandons que à Raoul 
de Saint Ouen, dizenier, ou à son mandataire porteur des pré- 
sentes lettres, vous payiez intégralement sans aucun délai, à la 
mi-carême prochaine, de nos deniers , onze livres et dix sous 
tournois, desquels nous lui sommes tenus pour le résidu tant 
de ses gages gagnés sur le fait de notre guerre de Gascogne 
dans Tannée présente, que du restor (dédommagement) d'un 
cheval, laquelle somme d'argent voulons être allouée dans nos 
comptes et les présentes lettres rester entre vos mains. Fait à 



(1) Le lundi avtnt U Chandeleur 1396 correspond au 28 janvier 1297. 
(3) Hélie est le nom du secrétaire qui a iait U pièce. 



124 REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES 

Paris le lundi avant la Chandeleur, Tan du Seigneur MCC 
quatre vingt seize. 

Philippus, Dei gratia Francorum rex, ballivo Caleti vel ejus 
locum tenenti salutem. Mandamus vobis quatinus Bertino de 
Saint Oein, aut ejus mandato présentes litteras defferenti, vi- 
ginti très libras, duodecim solidos et sex denarios turonensium, 
in quibus eidem tenemur de residuo tam vadiorum suorum, in 
facto guerre nostre Vasconie anno presenti aajuisitorum, quam 
restaurationis cujusdam equi, absque dilacione quacunque, ad 
instantem mediam quadragesimam, de nostro intègre persolva- 
tis ; quam pecunie summam in nostris computis volumus allo- 
cari et pênes vos présentes litteras remanere. Actum Parisius 
die luneante Candelosam, annodomini millesimo duccentesimo 
nonagesimo sexto. 

Per Heliam. 

Philippus, Dei gratia Francorum rex, ballivo Caleti vel ejus 
locum tenenti salutem. Mandamus vobis quatinus Raginaldo 
de Saint Oein, aut ejus mandato présentes litteras defferenti, 
sexdecim libras, duos solidos et sex denarios turonensium, in 
quibus eidem tenemur de residuo vadiorum suorum, in facto 
guerre nostre Vasconie anno presenti acquisitorum, absque di- 
lacione quacunque, ad instantem mediam quadragesimam, de 
nostro intègre persolvatis ; quam pecunie summam in nostris 
computis volumus allocari et pênes vos présentes litteras rema- 
nere. Actum Parisius die lune ante Candelosam, anno domini 
M<> CCo nonagesimo sexto. 
Per Heliam. 



CH ATEAUBRUND 1 2 5 



CHATEAUBRIAND 



Dès 1802 Chateaubriand était un littérateur célèbre, car il avait pu- 
blié Atala et le Génie du Christianisme. Après avoir donné ce dernier 
livre il parfit pour visiter le midi de la France. Les Mémoires d'outre- 
tombe contiennent le récit de ce voyage, mais nous devons à l'obli- 
geance de notre ami M. Alfred Bovet la communication d'une lettre par 
Chateaubriand adressée d'Avignon à Fontanes, laquelle complète les 
renseignements donnés dans les Mémoires. Chateaubriand avait connu 
Fontanes en 1789 (i), s'était lié avec lui à Londres où le futur grand 
maître de l'Université s'était réfugié après le 18 fructidor (a), et enfin 
l'avait retrouvé à Paris, en revenant d'exil. Il resta toujours son ami et, 
en i838, il écrivait ces mots : 

« Cest M. de Fontanes, j'aime à le redire, qui encouragea mes pre- 
miers essais; c'est lui qui annonça le Génie du Christianisme; c'est sa 
muse qui, pleine d'un dévouement étonné, dirigea la mienne dans les 
voies nouvelles où elle s'était précipitée... » (3). 

Avignon, samedi 5 novembre 1803. 

Si Ton ne contrefait que les bons ouvrages, mon cher ami, 
je dois être content. J'ai saisi dnq contrefaçons dCAtala^ et une 
du Génie du chr. La dernière étoit l'importante. Je me suis 

(i) Mémoires (foutre-Umbe, édition Krtbbe, i856, 1 1*', p. 209. 
(a) U., t II, p. 106. 
(3)A/.,LU,p. i85. 



126 REVUE DES DOCUMENTS HISTOIUQUES 

arrangé avec le libraire; il me paye les frais de mon voyage, 
me donne de plus un certain nombre d^exemplaires de son 
édition, qui est en quatre volumes et plus correcte que la mienne, 
et moi je légitime mon bâtard, et le reconnois comme seconde 
édition. Je vous avoue que je suis confondu de la manière dont 
j'ai été reçu partout; tout retentit de ma^oire, les papiers de 
Lyon, etc., les sociétés, les préfectures ; on annonce monpassagt 
comme celui d'un personnage important. Si j'avois écrit un 
livre philosophique, croyez-vous que mon nom fiitmême connu ? 
Non, j'ai consolé quelques malheureux, j'ai rappelle des prin- 
cipes chers à tous les cœurs dans le fonds des provinces. On ne 
juge pas ici mes talents, mais mes opinions. On me sait gré 
de tout ce que j'ai dit , de tout ce que je n'ai pas dit , et ces 
honnêtes gens me reçoivent comme le défenseur de leurs propres 
sentimens, de leurs propres idées. Il n'y a pas de chagrin, pas 
de travail, que cela ne doive payer. Le plaisir que j'éprouve est, 
je vous assure, indépendant de tout amour propre; c'est r homme 
et non Fauteur qui est touché. 

J'ai vu Lyon. Je vous en parlerai à loisir; c'est, je crois, la 
ville que j'aime le mieux au monde. Quel beau et bon pays ! 
J'ai vu tout le cours du Rhône, Vienne, Tain, Valence, Avi- 
gnon, où je suis et d'où je pars demain pour Marseille. Je reviens 
par Nimes, Montpellier, Toulouse, Bordeaux, Nantes et Tours. 
J'aurai vu toute la France. Mais ce n'est pas aussi rapidement 
que je voudrais la voir; j'ai un dernier projet : si on ne fait rien 
de moi, ce qui est très probable, je proposerai à votre grand 
ami (i) de me faire faire le voyage de France en détail; il me 
donnera un peintre et nous aurons un ouvrage complet sur ce 
vaste empire, dont il n'existe pas une description passable. Cet 
ouvrage a manqué au siècle de Louis quatorze; j'en ai tous les 
plans et toutes les parties dans la tête. S'il réussissoit, comme il 



(i) Laden Bonaparte, à qui Fontanes avait présenté CtMuMbnikd {Mémoirts {Poutre- 
tombe, t. n, p. i8i). 



CHATEAt7BRIAND 1 2 7 



y a quelque raison de le croire, il rembourseroit Lucien de ses 
frais, en cas qu'il ne voulut pas me les abandonner, et lui feroit 
honneur, même dans Pavenir, si Pouvrage étoit de nature à me 
survivre. On est bien bon d'aller courir si loin, quand on a un 
pareil pays à sa porte. Le voyage pourroit durer trois ans, et ne 
couteroit pas soixante mille francs. 

J'arrive de Vaucluse; je vous dirai ce que c'est. Cela vaut sa 
réputation : quant à Laure, la bégueule, et Pétrarque, le bel 
esprit, ils m'ont gâté la fontaine. J'ai pensé m'y casser le cou 
en voulant grimper sur une montagne où les voyageurs ne vont 
jamais, et où le guide a refusé de me suivre. J^en suis venu à 
mon honneur, mais non sans danger. Il faut que je renonce 
désormais à ces expéditions; j'ai encore, comme certains vieux 
chevaux, de l'ardeur, mais les jambes se refusent. Adieu, mon 
cher ami, je compte vous embrasser le i«' décembre. Remer- 
ciez votre femme de la lettre qu'elle m'avoit donnée pour Lyon. 
M. Bellecise étoit à la campagne, mais sa sœur m'a reçu admi- 
rablement. N'oubliez pas de présenter mes respects à toute la 
cour. Allez-vous quelquefois rue Neuve du Luxembourg? (i). 
Si le petit Guénau est à Paris , dites4ui un million de choses 
aimables. J'ai fait passer à Bertin l'article sur Bonald (2). 

Il y a beaucoup de difierence à raconter un événement au moment 
même où il vient de se produire, ou à décrire, de souvenir, les fidts. 
Le temps efface ou dénature les impressions premières, et la réflexion 
modifie la manière de voir. Ainsi Chateaubriand, racontant trente-six 
ans plus tard son voyage dans le Midi, ne nous donne pas les mêmes dé- 
tails que dans sa lettre. L'épisode du libraire est singulièrement aggravé. 
On voit que Chateaubriand n'a pas retrouvé dans ses souvenirs cette 
impression de plaisir et de fierté que lui causèrent, en 1802, les contre- 
façons dM /a/a et du Génie du christianisme, Cétait alors une sorte de 



(i) C'est là qae Mtdtme de Beaomoftt, fille du comte de Mootmorio, recevait, dans son stloo, 
Footanes, Joabert, Booald, Ghênedollé, et antres littérateurs. Chateaubriand était on des fa- 
miliers de la maison. 

(3) Chateaubriand avait terminé à Tain, dans une auberge, cet article sur la Législation pri' 
mitive du vicomte de Bonald {Mémoires cToutre^tombe, t. II, p. a 1 5). 



128 REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES 

gloire que l'homme d'État de i838 ne pouvait plus apprécier. Voici 
d'ailleurs le passage des Mémoires qu'il est intéressant de comparer 
avec la lettre : 

Arrivé à Avignon la veille de la Toussaint, un enfant por- 
tant des livres m'en offrit : j'achetai du premier coup trois édi- 
tions différentes et contrefaites d'un petit roman nommé Atala. 
En allant de libraire en libraire je déterrai le contrefacteur, à 
qui j'étais inconnu. Il me vendit les quatre volumes du Génie 
du Christianisme^ au prix raisonnable de neuf francs l'exem- 
plaire, et me fit un grand éloge de l'ouvrage et de l'auteur. Il 
habitait un bel hôtel entre cour et jardin. Je crus avoir trouvé la 
pie au nid : au bout de vingt-quatre heures, je m'ennuyai de 
suivre la fortune, et je m'arrangeai presque pour rien avec le 
voleur (i). 

Nous avons vainement cherché trace dans les Mémoires de ce projet de 
description de la France qui tient une si grande place dans la lettre. Il 
semble que Chateaubriand ait perdu jusqu'au souvenir de ce vaste des- 
sein que nul encore n'a exécuté. 

L'accident de Vaucluse n'est pas mentionné, et le sévère jugement du 
jeune homme sur Pétrarque et sur Laure n'a pas été conservé par le 
vieillard. 

Chateaubriand visita, comme il l'annonce, Marseille, Nîmes, Mont- 
pellier, Narbonne, Toulouse et Nantes. Il rentra à Paris au commence- 
ment de l'année i8o3. Il ne retourna dans le Midi qu'en i838, et c'est 
ce nouveau voyage qui le conduisit à fixer ses souvenirs de 1802. 

(i) Mémoires d'outre-tombe, t. H, p. 216. 



JEANNE VAU6ERNIER 129 



JEANNE VAUBERNIER 

COMTESSE DU BARRY 



Jeanne Vaubernier, si bien douée pour l'emploi qu'elle tint dans les 
tripots, dans les petites maisons des roués et à la cour d'un vieux roi 
avide de débauches nouvelles, est présente et vivante pour nous sur une 
toile de Drouais et en un buste de Pajou. Drouais nous a conservé de 
cette courtisane les cheveux blonds, les cils et les sourcils bruns, la 
lueur humide des yeux, le port irritant du col entouré de dentelles d'An- 
gleterre et de la taille prise dans un habit d'homme à larges pare- 
ments (i). Pajou a fixé sur le marbre les contours arrondis de cette 
tête ^voluptueuse et de ces épaules hardies. Cest à ce buste, aujourd'hui 
conservé au Louvre, que se rapportent les deux actes que voici : 
l'un est un engagement pris par le fondé de pouvoirs de la comtesse 
de payer à M. Pajou, en quatre termes, la somme qui lui est due; l'au- 
tre est un reçu par lequel on voit que, si Pajou fiit payé intégralement, 
du moins il ne le fut pas aux époques déterminées par le précédent 
engagement. 

Il est dû à M. Pajou, sculpteur du Roy et professeur en son 
Académie Royale, pour un buste en marbre blanc représen- 
tant le portrait de Madame la Comtesse Du Barry, la somme 
de quatre mille livres que je soussigné, fondé des pouvoirs de 
madite dame Comtesse, promets payer au dit sieur Pajou en 
quatre termes de trois en trois mois, à commencer en octobre 
prochain et ainsi de suite à raison de mille livres pour chacun 
desdits termes dont le dernier échéra et se fera en juillet de 

(1) Lt comtesM porte aussi l'htbit d'homme sur le portrait dessiné par Bonneville. 
Tom I. 17 



l3o REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES 

l'année prochaine, lesquels étant acquîtes seront pour solde et 
parfait payement. A Paris ce 27. juillet mil sept cents soixante 

q^^^- Noël (I) 

Le 9. 9*^ i775.,p$5ré à coflipte d'a«i»t ixhiUe livres par quit- 
tance particulière 1000 liv. 

Le 10. avril 1776. payé comme dessus et pour second terme, 
mille livres, cy 1000 

Le 10. septembre 1776. payé comme dessus et pour le 
3« terme, mille livres, cy 1000 

J'ai reçu de Mad« la Comtesse Du Barry par les mains de 
M. Noël la somme de mille livres pour le quatrième et dernier 
terme du présent arrâté. A Paris ce ao. janvi^ 1777. 



^■, 




Bon pour 1000 liv. 

M"« Du Barry avait la premUre qualité d'une courtisane, Fart 4e ae 
transformer, d'être chaque jour une femme nouvelle. Les portraits té- 
moignent de cette science des métamo^hoses : le plus surprenant à 
cet ^ard est une gravure qui représente la comtesse en habit de Cour 
et portant fièrement la haute coif^re à plumes (2). Les repnésenta- 
tions de M"" Du Barry sont fréquentes. La pièce qui suit meatioane 
un buste exécuté par Jean-Jacques Caffieri. 

Je reconnois avoir reçeu de M. Humbert la somme de milk 

livres pour avoir fini le buste en marbre de Louis Quinze ap- 

parttenant à Madame la Comtesse Du Barry, sans préjudice 

de se que Madame la Comtesse Du Barry me doit pour avoir 

Éait son portrait. Fait à Paris ce 5 novembre mil sept cent 

soixante dix neuf. ^ 

Caffieri 

(i) Les deux actes sont réunis sur on même feuilletf au veno duquel Pajou a écrit son 
comptCf après avoir effacé au recto la signature de M. No£I 
'2; En tête des Mémoires de Madame Du Barry (par M** Guéraud de Méré), 1804, in-8. 



»Ain» VitUBERNIBR, 



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l32 REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES 

Louis XV était vieux quand son valet de chambre Lebel lui amena 
Jeanne Vaubernier. Il fallut se hâter de donner un nom, un état, une 
demeure à cette maîtresse. On la maria, on la présenta à la Cour et 
l'architecte Le Doux éleva le château de Luciennes en trois mois. Cé- 
tait un pavillon carré, à cinq croisées de chaque côté, et précédé d'un 
péristyle de quatre colonnes. Ce château, ce boudoir fut orné de tout 
ce que l'argent jeté sans mesure peut obtenir dans une époque où de 
l'ensemble des arts associés à la vie résultent un style véritable et des 
harmonies parfaites. Fragonard, Greuze, Briard, Vien firent les pein- 
tures des panneaux et des plafonds; Pajou, Caffieri, Vassé ornèrent les 
vestibules et les cheminées de groupes, de bustes et de bas-reliefe. 
Métivier sculpta finement les arabesques du salon ; Gouthière travailla 
les bronzes (i). Les guéridons, les tables, les commodes étaient plaqués 
de médaillons en porcelaine de Sèvres, d'après Patère et Vanloo (z). 

Là, dans cette demeure exquise, en présence du vieux roi, le plus 
beau des gentilshommes de son temps, du chancelier de Maupeou re- 
vêtu de la sîmarre, du duc d'Aiguillon et de quelques dames de la Cour 
surprises malgré leur expérience. M" Du Barry reprenait le ton des 
tripots et des magasins de modes, moins par impuissance de garder les 
façons de la Cour que par un goût raffiné des choses ignobles, et elle 
disait chanter devant le royal auditoire les couplets de Cc41é, les re- 
frains des halles et de la Courtille. 

Les travaux de Luciennes ne furent jamais entièrement payés. Nous 
voyons par la quittance qui suit que M" Du Barry était parfois obligée 
de retarder ses échéances. 

Je reconnois avoir reçeu de Madame la Comtesse Dubary, 
par les mains de M. Noël, la somme de trois mille livres, à 
compte, et pour le premier terme de son arretté en datte du 
huit octobre dernier, échu dans le courant du mois de janvier 
dernier; à Paris ce sept, mars mil sept cent soisante et seize. 




1 1 ) Mémoires de Baehaumont, 1 77 1 . 

{2)' Noies prises sur Vinventaire du mobilier de Madame la Comtesse du Barry sous la 
Terreur. — lettre de M. le baron Jérôme Pichon (Auguste Aubry, 1872, in- 12). 



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JEANNE VAUBERNIER l33 



La toilette était naturellement la grande occupation de la comtesse 
Du Barry, Toeuvre de sa vie. Ses comptes (i) mentionnent des robes 
fond argent semé de bouquets de plumes, des robes fond blanc à guir- 
landes de roses, des robes d'amazone de gour gourant blanc, du prix de 
six mille livres. 

M** Du Barry se montra grande courtisane, particulièrement dans 
son aptitude à dévorer, au profit de sa beauté, des sommes immenses 
et royales. Un état des sommes payées pour son compte par M. Beau- 
jon, dressé par rintendant Montvalier, le i5 juillet 1774, s'élève à 
6,52i,oo3 livres, dont : 

Aux orfèvres 3i3,328 liv. 

Aux joailliers i,8o3,635 

Aux bijoutiers 1 5o,8oo 

Aux marchands de dentelles, de toiles, de modes, etc. 738,061 

Aux tailleurs et brodeurs 53i,5oo 

Aux marchands de meubles, tableaux, vases, etc. . . 1 15,918 
Aux doreurs, fondeurs, sculpteurs, marbriers, etc. . . 370,108 
L'argenterie de la comtesse était d'une exquise beauté : Boettiers 
l'avait ciselée « de la Êiçon la plus fine et l'avait portée au plus haut 
degré pour le poli j» (2). 

Les deux billets qui suivent se rapportent, ainsi que les précédentes 
quittances, à une époque où M** Du Barry était privée des inépuisa- 
bles ressources que lui faisait M. d'Aiguillon sur les fonds de l'État. Le 
10 mai 1774 avait emporté le roi, à qui elle s'était rendue néces- 
saire. Le nouveau roi était chaste, froid ; la reine était cette dauphine 
que la comtesse avait longtemps appelée avec mépris la Petite Rousse. 
Louis XVI, dès son avènement, avait exilé la maîtresse du roi défunt à 
l'abbaye de Port-aux- Dames, dans le diocèse de Meaux ; mais Marie- 
Antoinette avait intercédé pour son rappel, et dès l'année 1775 M»* Du 
Barry avait pu fixer son séjour à Luciennes ; au moyen de sommes (3) 



(i) Bibliothèque nationale, ms., Supplément français, 5146. Ces comptes ont été publiét 
notamment' par MM. E. et J. de Goncoirt : Les Maîtresses de Louis XV, lettres et docu- 
ments inédits, par Edmond et Jules de Concourt, in-8, t 11. 

(3) Comptes, loc, cit. 

(3) Le Livre rouge mentionne les sommes suîTantes données à M** Du Barry : 
1773, à Versailles, ai mars, par ordre du Roi. . . . 3oo,ooo Ut. 

— — i3 juin — .... 3oo,ooo 

— — 23 août — ... 3oo,ooo 

— — 33 novembre — .... 3oo,ooo 
. 1774 — i3 février ' — .... 3oo,ooo 

1784. Ordonnance au porteur d'un million de livres pour remboursement à 
compu de 35o,ooo livres de comptant à 4 pour 100, dont la Comtesse Du Barry fait l'aban- 
don an Roi. 



(34 REVUE DBS DOCUMBNT» MOTORIQUES 



tngigwfMinte pm avM rayéamtihi fi» roî. 



No i3. I400''- 

Je prie M. Ruel caissier de M** Buffault (i) de payer à 

Mcttisieur Far^Boo, parfiimeur, la soflame de qpatonge Gcnt 

livre de laquette somme fe tiendnd compte à maudît âeur 

Btrflfeuft en me rendant le présent acquité. Fait à S^Vrain 

ce i^ï'mai Ï776 (2J. 

La Comtesse Du Barrt 

Pour aquit. A Paris, 

Le 3may 1776. 

FiLROBOII 

Afr Judot voudra bien faire payer à Madame Savant pour 
solde de tous ces mémoires îusqn^à ce jour la somme de treiz 
cent Hvre, dont je dendrés compte en me remefanr eeprésent 
acquit, fait à Louvedenne ce i5 février 1782. 

L^ Comtesse Du Baery 

Bonpoitf i3ooliv. 

Payable en trois termes. 
Cootrollé à Paris le 1 7 janvier 1 783, reçu dix livres dix sols. 

LfiZJkN 

(f) Ntfa^traBscriyoatioi ua autre billtt deM** Du Banyqni nous appnnd la qualité de 
M. Bufiault et nous montre que Louis XVI avait conservé à M** Du Barry un crédit sur la 
viUe: 

« Seprte M. ItQtl caltalerde M. BdAttrit reeeveur de I« tfBede pajFW a M. Marc Uentearti 

• criminel d'Epemay dans le courant de aoust {*) la somme de neuf cent livres dont je luy 

• tiendrai compte en rapportant ce mandat 

• Au ebiseaa de Louvedenne ce i3 may 1781. 

• La CoimssK DuBiutr • 
Au dos du billet : 

• Payez à l'ordre de Monsieur Montauban valleur en compte, à Paris ce 36. mty 1781 

\ ALuK 

Poor acquit 

Montauban » 

(3) La comtesse a complété elle-mime le billet. Les mots : Monsieur Fargeon, parfkmeur, 

quatorze cent livre, St Vrain, ce ler nuU 1776, tXlg signature so^t de sa main. 

(^ Ce mot aoust est, dans Toriginfll, de la main de M^ Du Bany. 



5 






s: 



o 

s 













J84NNE VADBERNI£R l35 



Au dos du billet : 

Payable à Tordre de Monsieur Martinet valeur en compte 

Paris le 2 x*^ 1782. 

Sauvan 

CôntroUé à Paris le 17 janvier 1783, reçu dix livres dix sols. 

Lezan 
Pour acquit 

Martinet 

M"* Dn Barry était une courtisant trop accomplie pour n'aroir point 
un épagneul, un singe, ime perruche et un négrillon. Ce négrillon 
était un en&nt né dans le Bengale. La comtesse Pavait tenu sur les 
fonts avec le prince de Conti. Il se nommait Louis, comme son par- 
rain, mais on l'appelait Zamore, en souvenir de la tragédie d^Alpre, 
qui était alors à la mode. Zamore avait pour fonction de tenir le para- 
sol de sa maîtresse. Elle fit faire un frac vert de Saxe galonné à* or (i) 
pour Zamore, /<>Mr le nègre^ comme disent les fournisseurs. Il* fut des- 
siné par le peintre Portail avec un turban de soie à grand panache de 
plumes blanches et rouges, des perles aux oreilles, un grand gilet, un 
bel habit, un jabot et des manchettes de dentelle. 

En mai 1772, le roi expédia un brevet qui nommait Zamore gouver- 
neur du pavillon de Luciennes avec 5o louis de gages (3). 

Voici un reçu signé de la main de 2^amore : 

J'ai reçu de Monsieur Tabbé de S^ Joire la scmune de 72 liv. 

pour maître et autres dépenses faites à Louvedenne ce 16 avril 

1781. 

Zâmor 

Ce nègre avait trente et un ans quand, en 1793, il accusa sa maîtresse 
devant le tribunal révolutionnaire, qui condamna à mort k malheu- 
reuse femme, dont tout l'ouvrage avait été de livrer la royauté aux bro- 
cards des grands et au mépris haineux du peuple. 

Il) Comptes, loc. cit, 

(a) Anecdotes sur M^ la Comtesse Du Bttrry. 



l36 REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES 



LOUIS II DE BOURBON 

DUC DE MONTPENSIER 

ET LA VILLE NEUVE DE NANTES 



M. de Montpensier, Louys de Bourbon, fut extraict de l'es- 
toc de ce grand roy sainct Louys, ainsy qu'il en faisoit grande 
jactance; et tascha fort de l'imiter en l'observance de saincte 
religion catholique, et en probité de mœurs tant qu'il pou- 
voit, bien qu'il fust homme comme un autre. 

Cest ainsi que Brantôme parle de Louis II de Bourbon, duc de 
Montpensier, qu'il a placé parmi les Capitaines illustres (i). Lx>uis II, 
né à Moulins, le lo juin i5i3, de Louis I*^, prince de La Roche-sur- 
Yon, était neveu du connétable de Bourbon. 

Cette parenté avec un seigneur qui était mort révolté contre son 
souverain ne valut pas à Louis de Bourbon la faveur de François I" et 
celle de Henri IL A peine obtint-il, à la condition toutefois de renon- 
cer complètement à ses droits sur les biens de la maison de Bourbon qui 
avaient fait retour à la couronne, le comté de Montpensier, en i538, 
et le titre de duc et pair, Tannée suivante. Mais Catherine de Médicis, 
devenue régente, donna à Louis de Bourbon le Beaujolais, le dauphiné 
d'Auvergne et la terre de Dombes (i56o), ainsi que le gouvernement gé- 
néral de la Touraine, de TAnjou et du Maine (i56i). Dès lors le duc de 

(t) Édîûoa du Panthéon, p. 479. 



LOUIS II DE BOURBON l^J 



Montpensier devint un des chefs du parti royal et un des adver- 
saires les plus redoutables des huguenots. Voulant du tout imiter le roy 
sainct Louys, son grand mirouer^ contre les infidelles, il se montra 
d'une cruauté extrême envers les protestants, disant qu'à un hérétique 
on n'estait nullement obligé de garder sa foy (i). On sait qu'il fut un 
des plus ardents à conseiller le massacre de la Saint- Barthélémy et à 
l'exécuter; et qu'il écrivit de Paris, le 26 août 1572, au maire et aux 
échevins de Nantes pour les décider à massacrer les huguenots (2). 

Vers la fin de 1579, tandis qu'Albert de Gondy, comte de Retz, ma- 
réchal de France, était nommé gouverneur, de Nantes, le duc de 
Montpensier obtenait le gouvernement de Bretagne. Félicité par le 
maire et les échevins de sa capitale, le duc les remercia par une lettre 
du 14 janvier 1570 (3). Mais il n'aUa prendre possession de son gou- 
vernement que trois ans plus tard : il vint à Nantes , où il fit son en- 
trée solennelle, selon la coutume, le 23 décembre 1672, par la porte 
Saint-Nicolas (4). Il y revint, le 25 septembre 1576, accompagné de sa 
seconde femme, Catherine de Lorraine, à laquelle la ville offrit en don 
gracieux des dragées, des confitures , et six livres de soie plate de Gre- 
nade, de diverses couleurs (5). Il était fréquent au xvi* siècle que les 
administrateurs d'une province n'y vinssent que fort rarement. Les 
grands seigneurs pourvus de ces importantes charges résidaient pour 
la plupart auprès du roi. Le maréchal de Retz, gouverneur de Nantes 
depuis 1569, ne fit son entrée dans la Ville que le 8 avril 1579, et il 
reçut, à cette occasion, deux haquenées et trois pipes de vin, partie 
d'Orléans, partie d'Anjou (6). 

Les rapports les plus actifs qu'eut le duc de Bourbon avec le maire 
et les échevins de sa capitale eurent pour objet la construction de la 
ville neuve de Nantes. 



(i) Brantôme nconte à ce sojet l'anecdote suivante, p. 482 : 

• Quand on lui amenoit quelque prisonnier, si c'cstoit on homme, il luy disoit de plein 
abofd seulement : • Vous estes un huguenot, mon amy ; je vous recommaide à M. Ba- 
• belol. • Ce M. Babelot estoit un cordcllier, sçavant homme, qui le gouvernoit fort paisible- 
ment et ne bougeoit jamais d'auprès de luy, auquel on amenoit aussy tost le prisonnier, et 
luy, un peu interrogé, aussy tost condanmé à mort et exécuté. • 

(a) Dictionnaire historique, géographique et topographique de Nantes et de l'ancien 
comté Nantais, par M. J.-F. de Macé de Vaudoré; Nantes, Merson, i836, in-4*, p. 210. 

(3) Histoire civile, politique et religieuse de la ville et du comté de Nantes, par l'abbé 
Travers; Nantes, Forest, 1836-41, 3 vol. in-4, t. II, p. 421 

^ Travers, t. IL, p. 442 ; Macé de Vaudoré, p. 4x2. 

(5) Travers, t. II, p 463; Macé de Vaudoré, p. 2i3. 

(6J Travers, t. II, p. 480. 

TOME 1. ï8 



l38 REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES 

En iii8, la cité de Nantes avait été misérablement brûlée, Guy de 
Thouars, dès les premières années du xiii* siècle, avait rétabli le châ- 
teau près de la cathédrale et lui avait donné le nom de château de la 
Tour-Neuve. Il avait fait commençât une nouvelle enceinte, plus éten- 
due que Fancienne; elle a montait du château vers la cathédrale , de- 
vant laquelle elle passait, et descendait vers TErdre, dont elle suivait 
ensuite le cours sur la rive gauche, à peu près jusqu'à remplacement 
de Fécluse actuelle ; puis elle traversait l'Erdre et allait contourner l'é- 
glise Saint-Nicolas, pour descendre de là sur la Loire, dont elle remon- 
tait la rive droite jusqu'au château. » (i) On y comptait cinq entrées 
principales, toutes flanquées de deux tours et précédées d'un ouvrage 
avancé, en forme de demi-lune, destiné à les couvrir. Cette enceinte 
enveloppait une ville nouvelle qui avait pour centre la paroisse Saint- 
Léonard. 

En 1 364, Jeanne de Bretagne était venue à Nantes, après la mort de 
son mari Charles de Blois , tué au combat d'Auray, et elle avait fait 
réparer et continuer les fortifications. 

En 1498, la reine Anne, devenue veuve, s'était occupée aussi des 
remparts de la capitale de son duché. Mais la ville, quoique agrandie, 
ne pouvait contenir le nombre toujours croissant de ses habitants, et 
on avait conçu le projet d'une ville neuve au Marchix, sur le coteau de 
la rive droite de l'Erdre. Des lettres de Charles IX, données à Paris le 
25 août 1573, et confirmées trois fois (2), ordonnèrent l'exécution de 
ce projet, que Henri III £sivorisa en Élisant entourer le faubourg du 
Marchix d'une enceinte bastionnée de 1 ,600 mètres de circonférence. 

Cette ville neuve ne fut pas établie sans de vives protestations de la 
part du maire et des échevins de Nantes qui employèrent le duc de Mont- 
pensier pour demander au roi de suspendre les travaux, déclarant « que 
la dite construction aideroit à la peste, dommage et ruyne du païs, et 
en conséquence porteroit grand préjudice à ce royaume », représentant 
aussi qu'on a pris plusieurs maisons et jardins appartenant à de pau- 
vres personnes qui viennent journellement réclamer le dédommage- 
ment de la perte qu'elles ont subie (3). 



(1) Notice historique sur le chdteau de Nantes et les anciennes fortijications de la ville ^ 
ptr le colonel du génie Allard; Nantes, Masseaux, 1 85 1, in- 16» p. 11. 

(a) ATignon, 28 décembre 1574; Reims, 19 février iS/S; Paris, 2a août 1576 (Travers, 
t. II, p. 481). 

(3) Articles présentés le 10 avril 1^79 ao maréchal de Retz par le maire et les échevins 
de Nantes (Travers, t. II, p. 481). 



LOUIS II DE BOURBON I Sg 

Le maire obtint encore du duc de Montpensier, le 3o septembre iSyg, 
des lettres royales au sujet de cette ville neuve. Le 29 octobre suivant, 
il implore la protection de M. de Gondy, évéque de Paris, pour £ûre 
agréer au roi et au duc de Montpensier la cessation entière des travaux, 
disant « que si Sa Majesté ne trouvoit pas la ville assez forte du côté du 
Marchix, elle permît de la fortifier d'un boulevard ou de quelqu'autre 
fortification au dedans ou au dehors de la ville proche Sauvetour, et 
d'en prendre les frais sur les cinq mille livres ordonnées pour les ou- 
vrages de la ville neuve (i) ». 

Le duc de Montpensier était alors dans son château de Champigny, 
en Touraine, d'où il veillait aux intérêts de sa province. C'est là qu'un 
courrier vint le prévenir que les huguenots venaient de s'empa- 
rer de Montaigu (i3 avril i58o). Aussitôt le duc invita les habitants de 
Nantes à faire réparer la brèche du côté du Marchix et à s'approvision- 
ner de vivres, au cas où les ennemis tenteraient le siège de la ville (2). 
Enfin c^est de Champigny qu'il écrit à Henri III, le 20 juin i582, la 
lettre suivante dont l'original est actuellement entre nos mains, lettre 
où il reproduit au roi son avis sur la ville neuve de Nantes. 

Sire, suyvant le commandement dont il vous avoit pieu 
m'ohonnorer au dernier voyage que je feys en mon gouverne* 
ment, je visité le lieu où Ton a cy devant prétendu faire con- 
struire et édifier la ville neufve de Nantes, que je trouve d'une 
merveilleuse entreprise et grande despence; oultre qu'elle ren- 
droict ladite ville de beaucoup plus difficille garde qu'elle n'est 
de présent, ce que je feis dès lors entendre à Vostre Majesté, 
luy en envoyant mon advys, avec ung desseing de ce qu'il est 
besoing fortifier à la porte de Sauvetout pour commander à la 
montaigne de St-Sambin et garentir la ville de ce costé la, où 
est le plus grand danger, et que vostre dite Majesté m'a de- 
puis mandé avoyr eu agréable, ordonnant qu'il feust suivy, 
dont les habitans dudit Nantes sont en bonne volonté. Et 
neanlmoings j'ay sceu que au préjudice de cela aucuns auroient 
obtenu commission pour continuer ladite nouvelle ville, qui 



(I) Travers, t II, p. 485. 

(3) Lettre du 16 avril 1S80, publiée par l'abbé Travers, t. II, p. 497. 



140 



REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES 



m'a donné occasion 





finitivement, en 1624, 
à la ville. 



de vous escrire la présente pour vous 
remémorer mondit advis et supplier 
très humblement , Sire , avant qoc 
passer oultre le faire revoyr avec ledk 
desseing, que lesdits habitans m'ont 
dict estre demeurez es mains de Mons»^ 
le duc de Retz, ayant bien opinion que 
si ladite fortifl5cation est faicte suyvant 
icelluy, il n'y pourra advenir inconvé- 
nient de ce costé là, si ce n^est par trop 
grande faulte et négligence. Vous sup- 
pliant très humblement recepvoyr de 
bonne part Tadvertisement que je vous 
en fays , et No^e Seigneur vous 
donner, 

Sire , en très-parfaicte sancté , très 
bonne et très longue vye. De Champi- 
gny, ce XX"** jour de juing 1 582. 

Vonstre très humble et très obéissant 
sdbgect et serviteur. 

LoYs- DE Bourbon 



Peu après cette lettre le duc de Montpen- 
sier, qui avait 69 ans, se démit de son gou- 
vernement de Bretagne. Il mourut à Cham- 
pigny, le 23 du même mois. 

Le nouveau gourverneur pressa la con- 
struction des fortifications, que Henri IV 
acheva, en iSgg. En 1612, on travaillait en- 
core à la ville neuve, mais on arrêta dé- 
les travaux comme préjudiciables au lloi et 



MADAME DE PARABÈRE I4I 



MADAME DE PARABERE 



Marie-Madeleine Coatquer de la Vieuville avait épousé en 1711,8 
rage de dis-huit aos, César-Alexandre <)e Beaudéan, comte de Para- 
bère. Cétait un gentilhomme poitevin peu doué pqur &ire bonne figure 
dans le monde : il était jaloux de sa femme let ne Tétait pas sans raison. 
11 devint lourdement ivrogne; il coudoyait les laqu^ dans T^ntichap- 
bre du Régent, bâillait au Qez des femmes et renversait les cri^tavix. La 
comtesse 4^ Parabèjre devint grosse : Richelieu et le I^égei\t a^vaient 
Tun et l'autre des raisons de croire que c'était de leur iait. ,La comtesse 
ne vivait pas avec son mari. On convint chez le Régent qu'un jopr que 
Parabère serait ivre on le porterait dans le lit cie sa femme (i). Para- 
bère les dispensa de jouer cette comédie, il mourut (2). « Pour le per- 
sonnage qu'il faisait en ce monde, il eût mieux valu pour lui de le quit- 
ter plus tôt » (3). Cest la réÇexion que ce^e mort inspire à Saint- 
Simon. 

C'est de ce comte de Parabàre qu'il e^t. question dans la lettre que 
nous citons ici : 



(i) Faur, Vie privée du maréchal de Richelieu, 

(a) On ne sait pas quand cette mort arriva. Saint-Simon dit que ce fut vers la fin de l'année 
1716; M"* de la G>ur, le i5 février 1718. Madame, dans sa correspondance, donne deux 
indications contradictoires, d'après lesquelles on croit tour â tour que Parabère est mort au 
printemps de 1716 et dans fautomne de 17 17. Cette contradiction ne saurait être un argu- 
ment solide pour les critiques qui contestent Fanthenticité des lettres de Madame; c'est du 
nfKHns un fait digne de remarque. 

(3) Mémoires^ t XIIl. 




142 REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES 

A Marly ce 9 août 1 7 1 3 
lai eu il quatre ou cinq iour des nouvelles de M<^ de Para- 
bere de Troy ou il cou[c]hait qui est en fort bonne santé pour la 
mienne va toujour en vomissant au sy tôt que iai mangée, ic 
vous prie de faire porter chez M'^ Bourdain mon porterait de 
Rigaut et de luy donner ce petit billet, que ce soit le plus pron- 
temant que vous poure; ie fais milles amitié à vostre chère 
famme et suis entieremant à vous 

La comtesse de Parabere 

Il faut auter la bordure de mon porterait avant que de le 
porter chez M^ Bourdain qui demeure à Thostel de Soisons, 
mais envoies luy aussy tôt ma lettre receue. 

On le voit en cette lettre, Rigaud avait fait de M** de Parabère un de 
ces portraits qui, par la noblesse du geste et Fampleur des draperies, 
étaient si bien en harmonie avec le goût de la cour du vieux roi 
Louis XIV. Le peintre avait représenté la jeune comtesse cassant de 
ses doigts effilés la tige d'un lis, et il avait mis aux pieds de la dame un 
négrillon dont le teint noir la rendît plus agréablement blanche. Ce 
tableau, qui appartient à la famille de Parabère-Sancy, est actuellement 
conservé au château de Boran, dans l'Oise. Vallée grava ce portrait. 
L'estampe ne porte pas le nom de M** de Parabère. On y lit ces vers : 

Sous le riant aspect de Flore, 
Cette beauté touche les cœurs 
Et, par le contraste cTun More, 
Relève ses attraits vainqueurs (i). 

D'ailleurs, M** de Parabère était belle, et ses portraits sont nom- 
breux. Un tableau de Santerre, placé aujourd'hui dans le palais impé- 
rial de Vienne, représente le Régent et sa maîtresse en Adam et en Eve. 
Le duc d'Orléans eut le caprice de faire peindre la comtesse sous le 



(I) Jusqu'à ces dernières années, on ignorait que cette gravure de Vallée d'après Rigand 
fût le portrait de la comtesse de Parabère. Le hasard d'une visite mena MM. de Concourt au 
château de Boran, où ils virent le tableau original conservé dans la fiunille de Parabère- 
Sancy. C'est à une communication gracieuse de M. Edmond de Concourt que nous devons 
les indications qu'on vient de lire sur le portrait de Rigaud et sur la gravure de Vallée. On ne 
demande rien en vain sur le xviii* siècle à M. Edmond de Concourt. 



MADAME DE PÂRABÈRE 143 



casque et avec P^de de Minerve. La galerie du comte d'Houdetot 
renfermait un « portrait en grands atours de M" de Parabère » par 
Largillière. Enfin , le musée de Caen conserve un portrait de la com- 
tesse par Antoine Coypel : elle y est représentée avec sa noire cheve- 
lure, ses c yeux grenadins » et ses beaux bras nus, nouant à une guir- 
lande qui Tenveloppe les fleurs apportées à pleins bras par un petit 
nègre qui a, comme le More de Rigaud, la fonction de £aire paraître 
le teint de sa maîtresse plus éclatant. 

M» de Parabère brilla pendant la Régence, au milieu de ces gentils- 
hommes qui s'appelaient des roués pour se distinguer de leurs valets, 
qui n'étaient que des pendards. Elle fut la plus éclatante de ces dames 
« de moyenne vertu, mais du monde » (1), frisées ras et poudrées, qui 
les premières ouvrirent libéralement leur corset pour laisser voir une 
poitrine rendue plus blanche par les veines bleues qu'elles y fiaiisaient 
peindre (2). M** de Parabère siégea aux soupers du Palais-Royal entre 
MM*" de Sabran, de Phalaris, d'Aveme, de Tencin, et elle y but, elle y 
mangea plus et mieux qu'elles toutes. Elle y fut souveraine par son ap- 
pétit. Les maux d'estomac dont elle se plaint, si gauchement d'ailleurs, 
dans la lettre qu'on vient de lire, ne lui étaient pas coutumiers. a Le 
joli corbeau noir » avait la chair fine, compacte, saine et in&tigable. 
Le moyen qu'une femme frêle et maladive restât l'amie du Régent ! 
M** d'Averne eut une indigestion : elle en fut cruellement raillée. 
Bien boire était au Palais-Royal la première vertu d'une femme, 
ce S'enivrer, dit Madame, est chose fort commune en France, et M"* de 
Mazarin a laissé une fille qui s'en acquitte à la perfection » (3). Le Ré- 
gent, qui ne faisait rien médiocrement, se donnait à ses soupers comme 
aux affaires publiques, tout entier. Il avait inventé un plat : les lai- 
tances de carpe au coulis d'écrevisse. On buvait chez lui des vins mer- 
veilleux : le tokay glacé, le sillery, le Chypre de la G)mmanderie. Ni 
ces vins, ni les essences de gibier, ni les cuissots de chevreuil trempés 
de madère, ni le marasquin, ni la liqueur des Barbades n'appesantis- 
saient les beaux yeux de M" de Parabère. Qu'importait le reste? Le 
Régent n'était pas jaloux. M" de Parabère n'était pas querelleuse. 
Quand elle apprenait que son amant fréquentait les fîUes de l'Opéra, 
elle en ressentait une inquiétude qui ne dépassait pas le soin de sa 



^1) Saint-Simon. 

(a) Cf. Lagrange-Chancel, Phitippiques ; 3' pfail., note 4; édition Lescuref i858. 

(3) Lettres de la duchesse d'Orléans. * 



144 REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES 



santé. Madame dit qu'elle était sotte : nous voyons qu'elle écrivait mal 
une lettre (i), mais elle savait boire le sillery dans un verre de Venise. 

(i) On connaît plusietir» binks de M»^ de Pferabère à RSdièlietL En toid mris : 

Ke me donnerés vous pat de vos nouvelles ? Mon amour ma tendheue mérite U TOttre, ie 
ne iois pas nn instant tans estre occupes de tons, ie suis plus Mte de vous que famait, que 
ne iieraige pas pour vous le prouver aussi vivement que je le resent. le vous repeteray aana 
cesse que ie vous adore que ie vous aime de toute nK)n ame, ie donnerois ma vie pour vous le 
prouver, ie vous embrasse mille et mille fois. (Catalogne de ta cottecCion d'autographes de 
M. L***, avril 1844, n- 441) 

le sens plus que jamais combien le vous aime, car il m^est impoasible de pouvoir nR 
résoudre a voir la personne que vous sçaves {*), le luy avois mandé qu'D pouvoit venir 
demain, mais ie suis résolue au lien de cela de luy écrire encore une fois et de rompre des 
demain tout commerce avec luy. le croirois vous manquer si ie pensois autrement et la ten- 
dresse que i'ai pour vous ne me le permet pas. Tout ce que ie souhaitte au monde est q ne 
vous en soiie2 bieil persuadé et que vous m'dmies un peu. Te llnray assurément tout ce que îe 
poorray pour que cela soit. Adieo, donûes moy de vos nouvelles et mandes moy quand ie 
vous verray. (Bibliothèque de Rouen, fbnds Leber.) Cette lettre est signée du pseudonyme 
de Mademoiselle de Villeroy. 

le ne mérite pas aparament un instant de vostre souvenir, vous m*avies promis de me don- 
ner de vos nouvelles, c'est traiter qui vous adore bien cruellemant, il faut que mon amour soit 
bien vif et bien parfait pour tenir contre autant de mepns et dlndiferance. Si ie ponves voas 
souhaiter quelque malheur se seroit de soufHr un iour se que vous me foitè sonfrir depuis 
lontems, mais fe vous aime trop pou* désirer qnll vous arrive le moindre cbagriâ et le w 
vous crois pas capable d'en avoir iames de cette espèce. Divertisses vous bien et soies bien 
persuade que pouvant faire tout le bonheur de ma vie vous vous faite un plaisir d'en faire le 
malheur, rien ne m'empêchera iames de vous adorer. le vais aller souper chez madame la 
comtesse de Toulouse demain. lai envie dater à Gros bots, et mardy prendre les eaux. (Bl- 
bHothèque de Roiten, fonds Leber.) Cette lettre est signée comme la précédente. 

Ces trois lettres ont été publiées par M. de Lescure (Les MaUresses du Régent, i86o,in-i8>. 

Écrites dit ans environ après ceHe que nous ûifsons connaître, elles té mo igneraient de sin- 
guliers développements dans les fiiçons de dire de la comtesse, mais il est croyable que ces 
lettres d'amour lui ont été dictées. 

(•: Le Régent. 



JACQUES TORELLY I45 



JACQUES TORELLY 

1608-1678 



Giacomo Torelli, fils d* Antonio Torelli, patrice de Fano et comman- 
deur de Tordre de Saint-Etienne de Toscane, naquit à Fano, en 1608. 
Doué d'un génie inventif et d'une passion singulière pour la mécanique, 
il changea les décorations du théâtre des SS. Jean et Paul à Venise, au 
moyen de contre-poids et de cabestans. Il excita tellement Tenvie de ses 
contemporains, qu'une tentative d'assassinat fut dirigée contre lui. 
Torelli échappa à ce guet-apens, mais il y perdit plusieurs doigts. 

Appelé à Paris, il s'acquit une immense réputation, et ses trucs ingé- 
nieux contribuèrent au succès de V Andromède de Corneille (i65o). Les 
Parisiens surnommaient Torelly, le grand sorcier. Dans toutes les fêtes 
de la Cour, il jouait un rôle important. Loret, dans sa Muse historique 
du 18 avril 1654, décrivant le ballet de Thétis et Pelée dansé par 
Louis XIV, parle du célèbre machiniste : 

Et jamais aux siècles passez 

Les Vrgandes, ny les Qrcez, 

Les Merlins, ny les Zoroastres, 

Qui sçavoient par cœur tous les Astres, 

Les Armides, ny les Maugis, 

Ne firent de si beaux logis. 

Que Torel, maître machiniste. 

En fit paroître à l'improviste. 

La pièce suivante, qui est entre nos mains, et dont voici le texte, 
TOME I. 19 



146 REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES 

montre que Torelly avait part aux foveurs de Louis XIV. Elle nous 
fournit aussi la mention exacte des fonctions quUl exerçait à la Cour : 

En la présence des notaires du Roy au Chastelet de Paris 
soubzsignez, M« Jacques Torelly, inventeur de machines pour 
les balletz et commedies servans aux divertissemens du Roy, 
a confessé avoir receu comptant en ceste ville de Paris de 
M*? Claude de Guénégaud, chevalier, seigneur dudit lieu et du 
Plessis Belleville, conseiller du Roy en ses conseilz et trésorier 
de son espargne, la somme de trois mil livres en louis d^argent, 
de laquelle Sa Majesté lui a faia don en considération de ses 
services et pour luy donner plus de moyen de les continuer par 
acquia patent du vingt deuxiesme septembre de Tannée der- 
nière MVI^ cinquante quatre, signé, scellé et controUé. Et par- 
tant ledict sieur Torelly se tient contant et bien payé de ladicte 
somme de trois mil livres et en quicte ledict sieur de Guéné- 
gaud, trésorier de Tespargne susdiae, et tous aultres. Faict et 
passé ez estudes desdictz notaires le vingt neufviesme juillet 
MVI^ cinquante-cinq et a signé 




Decaron Fichbt 

Torelly revint en Italie en 1662, et, malgré les propositions de 
Louis XIV, qui voulait le nommer surintendant des bâtiments, il 
n'abandonna pas sa chère retraite de Fano. Il fit construire, à ses 
frais et d'après ses dessins, dans sa ville natale, le théâtre de la For- 
tune, et il mourut le i** octobre 1678. Il légua aux Pères de l'Oratoire 
une rente pour lui faire, tous les ans, un service solennel, dont il 
composa lui-même la musique. Il laissa aussi le plan de son catafalque. 



JEAN-JACQUES ROUSSEAU I47 



JEAN-JACQUES ROUSSEAU 



En sortant, le i5 décembre 1757, de TErmitage où Tamitié de 
M« d'Épinay lui avait procuré un asile, Rousseau se réfugia dans une 
maisonnette située sur la colline. Il accepta ensuite, le i5 mai 1759, 
d'habiter le petit château de Montmorency, qui était, ainsi que le grand, 
la propriété du maréchal de Luxembourg. Cest dans cette profonde et 
délicieuse solitude, au milieu des bois et des eaux, au concert des oi- 
seaux de toute espèce , au parfum de la fleur d'oranger, que le philo- 
sophe composa le cinquième livre de son Emile. De là aussi il dirigea 
la publication de cette œuvre fameuse, qu'il considérait comme l'essence 
même de sa doctrine. U Emile parut en 1762 et fut saisi par ordre du 
Parlement, qui lança contre l'auteur un décret de prise de corps. In- 
formé par des amis du danger qu'il courait, le solitaire refusa de fuir, 
et, le 7 juin, il écrivit à M** de Créquy : « Je vous remercie. Madame, 
de l'avis que vous voulez bien me donner ; on me le donne de toutes 
parts, mais il n'est pas de mon usage. J.-J. Rousseau ne sait pas se 
cacher. » Le lendemain il adressa à M. de la Popelinière une lettre 
restée célèbre : c'est la dernière qu'il écrivit à Montmorency, car, dans 
la nuit du même jour, un avis positif du prince de G>nti le détermina 
à s'enfuir. Il abandonna sans retour cette retraite où il avait passé des 
jours si heureux avec sa bonne et simple gouvernante, avec sa vieille 
chatte, avec les oiseaux de la campagne et les biches de la forêt. 
Cette forêt où, chaque jour, avec ce chien, qui n'était pas son esclave 
mais son ami, il se réfugiait, cherchant quelque coin sauvage où il pût 
croire que jamais homme n'avait pénétré avant lui, cette maison où il 
rentrait, trouvant son couvert mis sur la terrasse, soupant de grand 
appétit, ce jardin où il avait coutume de se promener le soir et de chan- 
ter quelque air sur son épinette, avant d'aller jouir de ce repos de corps 
et d'âme cent fois plus doux que le sommeil même, tout cela il allait le 



148 REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES 

fuir et en même temps perdre le calme le plus constant qu'il ait jamais 
goûté, lorsqu'il écrivit à M. de la Popelinière la lettre que nous 
avons mentionnée plus haut et dont nous publions le fac-similé. EUe 
porte la suscription suivante : 

A Monsieur Monsieur De la Pouplinière 

rue de Richelieu 

à Paris 

Elle est scellée d^un cachet rouge avec sa devise : vrrAM impekdere 

VERO-. 

Nous avons cru qu'il n'était pas sans intérêt de donner de cette pré- 
cieuse lettre une figuration plus exacte et plus conforme à Torigioal 
que la simple publication du texte. 

Au sortir du royaume, Rousseau avait mis dans la matinée du 
14 juin le pied a sur la terre de justice et de liberté ». Mais accueilli en 
Suisse par un autre arrêt de prise de corps, il avait dû se placer sous la 
protection du roi de Prusse, à Motiers, dans le Val Travers. Chassé de 
ce nouveau séjour par les émeutes qu'avaient excitées a parmi la ca- 
naille » les Lettres de la Montagne^ expulsé par le bailli de son dernier 
refuge dans l'île S* Pierre, sur le lac de Bienne, il avait suivi David 
Hume en Angleterre et trouvé, selon son goût, à Woolton, dans le 
Derbyshire, un asile agréable et solitaire, qui ne lui laissait d'autre 
vœu à former que celui d'y mourir en paix. Pourtant, le 3o avril 1767, 
il brisa brusquement cette hospitalité, et revint en France, sous le nom 
de Renou ; il céda au désir d'aller finir ses jours près de Gisors, dans le 
château de Trye, que lui offrait le prince de G)nti. Froissé dans ses 
relations avec ceux qui composaient la maison, il obéit à la voix de 
l'honneur et sortit avec éclat de chez le prince ; il s'établit à Bourgoin, 
au fond d'une vallée humide, mais il y ressentit bientôt les douloureuses 
atteintes d'un mal d'estomac a accompagné d'enflure et d'étouffement » 
qui le mit dans l'impossibilité d'herboriser et lui donna une extrême 
difficulté d'écrire ou de lire ; attribuant à l'air et à l'eau du pays maré- 
cageux son mal, il vint, vers la fin de janvier 1769, chercher à Mon- 
quin, sur la hauteur, un air plus pur que celui de la vallée; il avait 
accepté un logement solitaire, qui devait borner ses désirs et où il espé- 
rait trouver quelques heures de douceur et de paix en attendant la 
dernière; mais là, aussi bien que dans ses autres retraites, son génie 
complexe et délicat s'embarrassa aux rapports familiers de la maison. Il 
les subit cependant quelques mois, essayant d'échapper aux tourments 






r 

r. 






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JEAN-JACQUES ROUSSEAU I49 



en s^entretenant avec ses amis et en soignant ses intérêts devenus ceux 
de Thérèse I^ Vasseur, qui s^était faite sa compagne depuis sa fuite du 
royaume. En août 1768, Renou avait agi en sorte qu'elle pût le suivre 
avec honneur, et il avait rendu indissoluble un attachement de vingt- 
cinq ans; mais la tendre et pure fraternité dans laquelle il vivait avec 
M"* Le Vasseur ne changea pas de nature par le nœud conjugal; femme 
par la force des liens, M»« Renou resta sœur par leur pureté. 

Cest de Monquin que Renou écrivit la lettre suivante, adressée à 
oc Monsieur Tabbé Borin, chanoine de Vienne, à Sirisin (Serezin) » ; 
cette pièce ne figure pas dans la correspondance imprimée du philosophe : 

A Monquin, le 19 mare 1769. 

Bien des remercimens, Monsieur, et salutations pour vous, 
pour Monsieur votre père et pour tout ce qui vous appartient. 
J'écris trop difiBcilement Taprès-midi pour pouvoir vous ré- 
pondre en détail. J'inscris cet à compte avec les autres pour 
acquiter le tout à la fois. Cependant vous m'obligerez de ne 
faire plus d'envois en détail jusqu'à ce que j'aye eu l'honneur de 
vous revoir et de prendre avec vous d'autres mesures. J'ai 
l'honneur de vous saluer. Monsieur, très humblement et désire 
que dans peu ce soit de plus près. j. 

Mad«. Renou est actuellement à Vêpres. Elle sera très sen- 
sible à l'honneur de votre bon souvenir. 

Au 19 mars, Renou était depuis un mois et demi à Pair pur de Mon- 
quin ; sa santé s'y était à peine raffermie; on voit, par sa lettre, qu'il 
souf&ait toujours à écrire. Pourtant il allait quitter la hauteur; il atten- 
dait que la fonte des neiges eût rendu les chemins praticables. Sachant 
très-bien ce qu'il voulait faire, mais ignorant ce qu'il ferait, il ne pou- 
vait fixer à M. Borin une nouvelle adresse pour l'envoi des autres à- 
comptes. A la fin d'avril , il fit une violente rupture avec son hôte de 
Monquin, partit en mai et vint à Lyon. Passa-t-il par Vienne pour y 
voir le chanoine ? On ne sait. Il suffit que sa lettre offre un exemple de 
rintelligence minutieuse et inquiète qu'il appliquait à régulariser toutes 
choses. 



l5o REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES 



ÉTRENNES PRINCIÈRES 

iSgi ET 1478 



En 1 388, Louis, duc d^Orléans, donnait quatre draps de soie, du prix 
de cent francs d*or, à ceux qui lui avaient apporté des étrennes de la 
part du Roi, de la Reine et des beaux oncles de Berry et de Bour- 
gogne (i); en iSqi, il gratifia de six gobelets d'argent ceux qui lui ap- 
portèrent les étrennes qui lui étaient envoyées par les mêmes person- 
nages de la Maison de France, ainsi que par le duc de Bourbon et par 
Madame Valentine : 

Loys, filz de Roy de France, duc d'Orliens, conte de VaJoiz 
et de Beaumont, à nostre amé et féal trésorier Jehan Poulain 
salut et dilection. Savoir vous faisons que nous somes tenuz à 
Pierre Luillier, changeur, demeurant à Paris, en la somme de 
six vins frans pour six gobelles d'argent vermeulx dorez, poin- 
çonnez, pesans ensemble douze mars d^argent au feur de dix 
frans le marc, valent la diae somme de VI^^ jfrans, lesquieulx 
nous avons fait prandre et achetter de lui ledit pris, et yceulx 
avons donné à ceulx qui nous ont apporté les estraines de mon- 
seigneur le Roy, de madame la Royne, de beauz oncles de 
Berry, de Bourgoingne et de Bourbon, et de nostre très chière 
et très amée compaigne la Duchesse, le premier jour de janvier 
derrenier passé, à chascun d'iceulx un des diz gobelles. Si vous 
mandons expressément que des deniers de noz finances audit 
Pierre Luillier paiez et délivrez ladicte somme de VI^"^ frans, et 
nous voulons que par raportant ces présentes avesques quit- 
tance sur ce dudit Pierre la diae somme soit allouée en voz 



(i) Le Roux de Lincy, les Femmes célèbres de l'ancienne France ; Didier, Paris, 1848, 
p. 4i5etsiriv. 



ÉTRENNES PRINCIÈRES l5l 

comptes et rabatue de vostre recepte par noz amez et féaulx 

gens commis à l'audition de noz comptes sans contredit, non 

obstant quelxconques ordonnances, mandemens ou deffenses à 

ce contraires. Donné à Paris le. XVIII«. jour de janvier Tan 

de grâce mil CGC IIII ^^ et treize. 

Par Monseigneur le Duc 

J. Gilet 

Cest là un exemple des échanges coutumiers entre princes au pre- 
mier jour de Tannée : Madame Valentine, en 1 394, acheta pour le Roi 
un fermeillet d^or garni d*un gros rubis et de six grosses perles ; pour 
les filles du Roi trois paires de patenôtres, et pour le duc de Bourgogne 
et le duc de Berry deux gros diamants (i). En 1396, elle ofifrait à la 
reine Isabeau un tableau d'or, à une image de Saint-Jehan, garni de 
neuf balais, d'un saphir et de vingt et une perles. 

Les serviteurs préférés avaient également part aux munificences que 
ramenait le jour de Pan. En 1402, Louis d'Orléans avait donné en 
étrennes à son écuyer, Jacques du Porchin, six tasses d'ai-gent dorées, 
du prix de cent livres tournois ; présent bien analogue à celui que 
mentionne notre charte : «c six gobelles d'argent vermeulx dorez ». 

La seconde pièce que nous publions est relative aux étrennes que le 
duc d'Orléans, qui fut plus tard Louis XII, envoya à Madame Jeanne, 
sa femme, en l'année 1478. 

Je Gharles Darbouville, escuier tranchant de Monseigneur le 
Duc^ confesse avoir receu de maistre Loys Ruze, trésorier de 
Madame la Duchesse mère de mondit seigneur, la somme de 
douze livres tournois, pour ung voiage que j^ay fait partant de 
Blois le II !• de ce présent mois à Lynières porter les estrennes 
que mondit seigneur a envoyées à Madame sa femme, où j'ay 
vacqué seze jours, qui est au feur de XV solz par jour. De la- 
quelle somme de douze livres tournois je quite madite dame, 
sondit trésorier et tous aultres. Tesmoing mon seing manuel cy 
mis le XX« jour de janvier Tan mil IIII^ soixante dix huit. 

Darbouville 

(i) Partie de joyaalx d'or et d'argent pris et achetés par Madame la Duchesse d'Orléans à 
ses estraines du premier Janvier (Le Roux de Lincy, op. land., p, 416). 



l52 REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES 



DERNIÈRE MALADIE DE LOUIS XV 
MORT ET FUNÉRAILLES 



BULLETINS DE LA SANTÉ DE LOUIS XV 

RELATION DE LA CÉRÉMONIE DU VIATIQUE 
PAR LE DUC DE PENTHIÈVRE 

LETTRE DE CONVOCATION AU SERVICE SOLENNEL DU FEU ROI 



Le mercredi 27 avril 1774, Lx>uis XV, qui avait couché â Trianon, se 
réveilla « incommodé de douleurs de tête, de frissons et de courba- 
ture » (1). Pour fuir le mal, il suivit en carrosse la partie de chasse pro- 
jetée, mais il revint, vers les 5 heures et demie, s'enfermer chez M** Du 
Barry; il prit des lavements, ne mangea point, se coucha de bonne 
heure ; la nuit fut mauvaise ; les maux de reins se firent sentir, et Le- 
monnier, premier médecin ordinaire, trouva de la fièvre. Louis XV, 
qui dans tous les modes de la vie se montrait gentilhomme accompli, 
ne savait pas noblement souffrir; il était douillet, pusillanime, se plai- 
gnait très-souvent et très-fort, moitié de peur-, moitié de douleur; il 
ennuyait. Il fit éveiller M"* Du Barry, qui, fsimiliarisée, ne prit pas 
d'inquiétude à ses gémissements. D'ailleurs la maîtresse était confiante. 
Rassurée par les soins que le Roi avait toujours eus pour sa santé, elle 



(i) Relation de la dernière maladie de Louis XV par le dac de Uancotut, en 1774 grand 
mattre de la garde-robe, par la survivance de son père le duc d*Estissac, qui en avait la 
charge. Il poru plus tard le nom de La Rocbefoucauld-Liancourt et mourut en mars 1837. 
Cette relation, malheureusement incomplète, a été réimprimée par M. Sainte-Beu\'e dans 
SCS Derniers portraits littéraires; Didier, i858, p. 497 



DERNIÈRE MALADIE DE LOUIS XV l53 

s^abusa selon son intérêt, et ne crut pas à la gravité du mal, parce 
qu'elle ne pouvait croire à la fin de sa propre fortune. Toutefois elle 
n'hésita pas à isoler le malade, et, pour le soustraire aux influences de 
sa Emilie et de ses courtisans, elle résolut de le retenir près d'elle jus- 
qu'à la guérison. 

JEUDI 28 AVRIL 

Le premier médecin ordinaire était incertain sur l'issue de la 
maladie et désirait vivement ramener Louis XV à Versailles, mais il 
restait £aiible devant la volonté bien arrêtée de M"* Du Barry. Il ne con- 
venait pas cependant qu'un Roi Très-Chrétien pût mourir chez sa maî- 
tresse, et d'ailleurs l'exiguïté de la chambre rendait le service royal 
très-embarrassant. Lamartinière survint pour parer au scandale. Le 
premier chirurgien avait des façons libres jusqu'à l'indécence, et, grâce 
à elles, il avait pris sur Louis XV l'ascendant que donne l'habitude 
d'une franchise brutale sur le malade qui a besoin de la vérité. Il com- 
battit facilement la décision inspirée au Roi, qui, ce jour même, 28 avril, 
vers 4 heures, fut conduit en robe de chambre, dans son carrosse, à 
Versailles. D'après le journal de Hardy (i), la distance de Trianon à 
Versailles fut franchie en trois minutes. M. de Liancourt dit, plus vrai- 
semblablement, que le carrosse alla au pas. Jusqu'alors personne n'a- 
vait pu pénétrer auprès du Roi. On n'avait pas des nouvelles précises, 
et l'on répétait seulement que le Roi était incommodé d'une légère in- 
disposition. Hardy, d'ailleurs, s'est &it ainsi Técho des bruits qui cou- 
rurent à Paris : 

28 avril 1774. — Ce jour on apprend que le Roi venoit 
d'avoir au château de Trianon dans le parc de Versailles comme 
une espèce d'indigestion si considérable et dont Sa Majesté 
avoit été tellement affaiblie qu'on n'avoit pas cru devoir le trans- 
porter dans son appartement du château de Versailles, ce qu'on 
ne fait que le jeudi quand on s'aperçut de la fièvre. On avoit 



(i) Hardy, anden libraire, demeurant sur la paroisse de Saint-Germain-rAaxerrois, tint, 
de 1764 à 1790, un long et corieax fonmal. Ce |oamal, intitulé : Mes loisirs ou Journal 
d'épénements tels qt^ils parHemtent à ma counaissanee, est conservé à la Bibliothèque 
nationale, ms. te. 6681. Ce manuscrit est presque entièrement inédit. Quelques extraits de 
ce journal, rdatifo à la maladie de Louis XV, ont été donnés dans la Nouvelle Revue ency- 
chpédUpie, publ. parDidot, t. V, 1848, in-8 (p. 376 à 387). Les extraits et les bulletins 
que nous citons d'après le manuscrit original n'ont pas été publiés. 

TOME I. 20 



l54 REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES 

mis le Roi en robe de chambre dans son carrosse, et on avoit 
fait le trajet en trois minutes. On disoit que ce prince s^appe- 
santissoit de jour en jour au point de ne plus pouvoir monter à 
cheval pour chasser qu^avec la plus grande peine (i). 

Dès que rindisposition du Roi fut connue à Paris, tous les princes, 
tous les grands officiers accoururent à Versailles; mais ib virent à 
peine Louis XV : M"' Du Barry, qui Pavait suivi , se tenait autant que 
possible renfermée seule avec lui. 

VENDREDI 29 AVRIL 

La fièvre, les douleurs de tête avaient augmenté dans la nuit. Les 
médecins Lorry et Bordeu avaient été mandés de Paris. M" Du Barry 
avait désigné Lorry (2), parce quUl était à d'Aiguillon, qui la gouvernait. 
Bordeu la soignait depuis son enfance, «c il Tavait vue dans toutes les 
« différentes époques de sa vie. Il Tamusait par ses contes et par sa gaieté, 
« et avait encore plus de crédit que personne sur ^n es[>nt » (3). Las- 
sone, bien que médecin de la Dauphine, leur fut adjoint (4). Une sai- 
gnée fut résolue pour huit heures et fut faite sans que la fièvre diminuât. 
A midi, les médecins, les chirurgiens réunis déclarèrent la nécessité d'une 
seconde saignée pour 3 heures 1/2, et d'une troisième pour la nuit. Le 
roi en prit peur : « Une troisième saignée », dit-il, « c'est donc une ma- 
ladie ! une troisième saignée me mettra bien bas, je voudrais bien qu'on 
ne me fît pas une troisième saignée. Pourquoi cette troisième sai- 
gnée? » Il était admis à la Cour qu'une troisième saignée serait suivie 
des sacrements, et par là même du renvoi de la favorite. Les ennemis 
de M"* Du Barry provoquaient cette saignée ou du moins la désiraient. 
Les amis la redoutaient, et ils réussirent à l'éviter ; la médecine com- 
plaisante de Bordeu et de Lorry imagina la seconde saignée si copieuse 
qu'elle pût dispenser d'une autre. Le Roi perdit à peu près la valeur de 
quatre grandes palettes ; il en fut très-a£&ibli ; il fistisait à chaque ins- 
tant les mêmes questions aux médecins sur sa maladie, sur ses remè- 
des, sur son état. « Vous me dites que je ne suis pas mal et que je serai 
bientôt guéri, leur disait-il, mais vous n'en pensez pas un mot; vous 

(i) Hardy, ms., t II, p. 337. 

(3) Lorry était le régent de la Faculté de médecine de Paris. 

(3) Relation du duc de Uancourt, édition Sainte-Beuve, p. 533. 

(4) • Les médecins sont Lorry, LenKumier, Lassone et Bordeu. Bouvard est écarté par 
M"* Du Barry, qui dit: Moi, je veux Bordeu, • Hardy, t. II, p. 339. 



DERNIÈRE MALADIE DE LOUIS XV l55 

devez me le dire (i). Ceux-ci protestaient de dire la vérité, et le roi 

ne s'en plaignait, n'en geignait, n'en criait pas moins , n'ouvrant la 

bouche, dans Fétat d'afiaissement où il était, que pour geindre et parler 
de lui à la Faculté... La Faculté était composée de six médecins, cinq 
chirurgiens, trois apothicaires ; il aurait voulu en voir augmenter le 
nombre. Il se faisait tâter le pouls six fois par heure par les quatorze; et 
quand cette nombreuse Faculté n'était pas dans la chambre, il appelait 
ce qui en manquait pour en être sans cesse environné, comme s'il eût 
espéré qu'avec de tels satellites la maladie n'oserait pas arriver jusqu'à 
Sa Majesté... Lemonnier lui ayant dit qu'il était nécessaire qu'il fît voir 
sa langue, et le lit n'étant ouvert que de façon à laisser approcher à la 
fois l'un d'eux, il la tira d'un pied, appuyant ses deux mains sur ses 
yeux, que la lumière incommodait, et la laissa tirée plus de six mi- 
nutes, ne la retirant que pour dire après l'examen de Lemonnier : 
A vous , Lassone ; et puis : A vous , Bordeu ; et puis : A vous , 
Lorry, etc.; et puis, et puis enfin, jusqu'à ce qu'il eût appelé l'un après 
l'autre tous ses docteurs, qui témoignaient chacun à leur manière la 
satisfaction qu'ils avaient de la beauté et de la couleur de ce précieux 
et royal morceau. Il en fut de même, un moment après, pour son 
ventre, qu'il fallut tâter; et il fit défiler chaque médecin, chaque chi- 
rurgien, chaque apothicaire, se soumettant avec joie à la visite, et les 
appelant toujours l'un après l'autre et par ordre » (2). 

Les médecins s'obstinaient à voir dans la maladie une fièvre humo- 
rale; mais l'accablement continuel du Roi commençait à leur fistire 
craindre une fièvre maligne. Vers 10 heures du soir, une lumière ap- 
prochée par hasard du visage du malade fit voir sur le front et les joues 
des rougeurs. Tout le monde reconnut la petite vérole (3). 

Le mal était connu ; il avait un nom ; il semblait en quelque sorte 
moins grave, et ceux qui étaient intéressés à la guérison furent, au pre- 
mier moment, hors de crainte ; ils allaient jusqu'à croire que le Roi 

(i) Relation du duc de Uancùurt, p. 5i3. 

(2) /rf.,p 514. 

(3) Le Roi avait été attaqaé de la petite vérole, une première fois, aux Tuileries, le 36 fé- 
vrier 1728. Soulavie (t. II, p. 149) rapporte aiosi les bruits qui couraient sur l'origine de la 
leooode atteinte que Louis XV eut de ce mal : • Le Roi se livra, cette fois, i raveature« à une 
petite fille qui lui plut et qui, depuis quelques heures, avait la petite vérole ; elle l'inocula une 
seconde fois dans le sang de ce prince, qui, dans sa jeunesse, avait eu cette maladie. Le Roi, 
de son côté, lui donna, en échange, la maladie mal guérie qui le détruisait lentement depuis 
quelques années et qui avait résisté à tous les remèdes possibles. • Hardy nous apprend, de 
plus, que cette petite fille avait 16 ans, était fort jolie, et que la Du Barry Tavait procurée au 
Roi. Ladite fille avait été emportée en trois jours par la petite vérole. 



l56 REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES 

était en bon état, puisqu'il avait la petite vérole. Leur joie fiit 
courte. Malgré Tespérance que Lemonnier essayait d'inspirer, il était 
manifeste que l'état du Roi était plus facheuK même que celui d'un autre 
malade du même âge et atteint de la même afifection. Louis XV avait 
les yeux fixes et hagards; son affaissement était tel qu'il ne se plaignait 
plus. On s'était arrêté au projet de lui taire le nom de sa maladie, parce 
qu'on redoutait sa pusillanimité; mais, lorsqu'il l'apprit, il témoigna à 
peine de l'inquiétude. Il eut la nuit très-mauvaise. 

SAMEDI 3o AVRIL 

Dès le matin, les médecins réunis en consultation se décidèrent pour 
les vésicatoires. En même temps on affichait à Paris, à l'Hôtel de ville 
et rue Cassette, chez le Gouverneur, le maréchal de Brissac (i), un bul- 
letin manuscrit dont Hardy a conservé à peu près la teneur : 

Le bulletin de la maladie du Roi, de Versailles, 3o avril, 
7 h. 3/4 du matin porte que « Sa Majesté avoît passé une nuit 
moins orageuse, que la petite vérole s^étoit déclarée la veille à 
1 1 h. 1/2 du soir; que l'éruption se faisoit avec progrès, qu'il 
n'y avoit de la fiebvre que ce qu'il en falloit, qu'on alloit lui 
appliquer les vessicatoires ; que d'ailleurs le Roi étoit aussi bien 
qu'il pouvoit être pour sa situation présente. » 

Bien que le bulletin annonçât que la situation du Roi était aussi 
bonne que possible, personne ne se méprit sur la gravité du mal et ne 
douta que Louis XV en succomberait ; on se répéta bientôt que les vé- 
sicatoires posés n'avaient que peu donné. D'ailleurs la conduite avilie 
du Roi l'avait fait particulièrement mépriser, et rien de lui n'intéressait 
plus le public. « On ne voyait point... de gens inquiets courir, s'em- 
presser, s'arrêter pour savoir de ses nouvelles. Tout avait l'air calme 
et tranquille, et tout était joyeux et content » (2). Toutefois il y eut 



(i) HâTdy, p. 33i. 

(a) Relation du duc de Uancourt, p. Ssa. t L'efiet éuit bien difiérent dans le peuple que 
treote ans auparaytnt, où le même Roi, malade à Metz, aorait réellement trouvé dans sa ca- 
pitale un millier d'hommes assez fous pour sacrifier leur vie pour sauver la sienne. ■ On peut 
rapprocher de cette appréciation un fiiit recueilli par Hardy et qu'il cite pour bien marquer 
rindifférence des corps de l'Etat relativement à la maladie du Roi: • Un chanoine de l'église 
de Paris disait qu'en 1744 on avait peyé 6,000 messes pour le réublissemeot de Louis XV, 
en 1757, 600 après Fattentat de Damiens, et actuellement seulement trois. • 



DERNIÈRE MALADIE DE LOUIS XV 167 



comme une sorte de manifestation officielle en faveur de Louis XV: 

A 8 h. m. 1/4 du soîr, dit Hardy, les bourdons de N. D. 
annoncent à tout Paris la gravité de la maladie du Roi. Uabbé 
de Si* Geneviève fait découvrir la châsse de cette sainte, seule- 
ment par les pieds. 

Les comédiens françab et italiens annoncent que, quoique la 
maladie du Roi n'ait rien de grave, il leur est enjoint d'inter- 
rompre les spectacles jusqu'à nouvel ordre et de rendre l'argent 
à ceux qui voudroient le reprendre (i). 

L'archevêque de Paris, Christophe de Beaumont, ardent apôtre des 
fréquentes communions, était arrivé à Versailles pour solliciter en public 
l'administration du Roi, mais avec la secrète intention de la retarder 
autant qu'il le pourrait. Les canons de l'église exigeaient que le Roi, 
avant d'être administré , renvoyât sa maîtresse. Richelieu, d'Aiguillon, 
d'Aumont, amis de M** Du Barry, tendaient à retarder l'administra- 
tion du viatique à Louis XV, afin d'éviter à la comtesse la honte d'être 
chassée. Ils avaient pour eux le parti des Jésuites, dont Christophe de 
Beaumont était le chef. Ce parti s'était servi de M"»« Du Barry pour 
anéantir les parlements, pour soutenir le duc d'Aiguillon et pour ruiner 
la Êiction de Choiseul; il ne consentait pas volontiers à déshonorer ca- 
noniquement celle dont l'archevêque de Paris ^^t toujours dit très- 
haut, dans tous les temps, qu'elle avait rendu^^^religion les plus si- 
gnalés services. Au contraire, les amis du duc de Choiseul, peu dévots 
d'ailleurs, avaient hâte que le Roi fût administré et renvoyât la favo- 
rite, qui avait si bien travaillé à leur disgrâce (2). D'ailleurs le malade 
lui-même croyait à l'efficacité d'un acte de contrition ; il savait en avoir 
besoin; on était sûr qu'il demanderait les sacrements. 

Mesdames souhaitaient de voir arriver a le moment où la piété de leur 
père lui ferait désirer cette consolation » ; les ennemis du tripot na- 
geaient dans la joie (3). Mais ces diverses agitations autour « de la con- 
science et des remords du Roi » n'avaient encore qu'une direction un 
peu vague ; les jours suivants , elles prirent le caractère de violentes in- 
trigues. 



(i) Hardy, ms., t. II, p. 329. 

(2) Mémoires historiques et politiques du règne de Louis XVI, par Soulavic, t II. 

(3) Relation du due de Liancourt, p. 323. 



l58 REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES 

DIMANCHB I*' MAI 

Cependant d'autres bulletins venaient porter des nouvelles de la santé 
du Roi à Paris, sans que la population en prît autre chose qu'un accrois- 
sement de mépris. Le peuple n'avait que Êiire d'apprendre la qualité 
des unnes royales et se nooquait. D'ailleurs il ne doutait pas, tant il la 
souhaitait, que l'issue ne fût mauvaise pour Louis XV ; et dès ce jour 
il ne cherchait à saisir sous les aveux déguisés des bulletins que les 
symptômes de la prochaine réalisation de son désir : 

Le bulletin du matin, affiché à la porte de T Hôtel de Ville, 
portoit que le Roi avoit passé une assez mauvaise nuit, mab 
que Sa Majesté étoit un peu plus tranquille. 

Celui du soir portoit que les vésicatoires appliqués la veille 
aux deux jambes n'opéroient point et que la fièvre étoit tou- 
jours forte. 

7 heures du soir. — ^éruption a fait encore quelque progrès 
depuis ce matin, surtout sur le corps et sur les membres. . Les 
boutons grossissent, la fièvre est d'un degré plus moindre, 
Tassoupissement est beaucoup modéré ; les urines sont louables 
en quantité et qualité. 

Au reste, Versailles prenait peu de garde de Paris et de son arche- 
vêque, Christophe de Beaumont (i), qui envoya Tordre d'exposer le 
Saint-Sacrement dans toutes les églises de la ville et des Éaïubourgs, et 
qui rendit une ordonnance pour faire savoir que : 

Quoique la maladie du Roi ne présente aucun danger pres- 
sant, la piété de Sa Majesté Ta portée à désirer que Ton com- 
mençât le plus tôt possible les prières des quarante heures. 

Le Dauphin et ses frères, M°» la Dauphine et les grands ofi^ers, 

(i) Christophe de Beaumoot éttit lui-mlfDe «tladt. On lit dans le foomal de Htrdy, à It 
dite du a8 cyril 1774 : 

• On débitoit aussi que l'archevêque de Paris (Christophe de Beaumont), nonobstant la 
bonne contenance qu'il affectoit de faire et ses fréquents voyages de Paris à Conflans et de 
Conflans à Paris, s'affoiblissoit aussi journellement et par degrés, prenant tout droit, quoiqu'à 
pas lents, le chemin de l'éternité. Il avoit, disoit-on, deux attaques de sa cholique régulière- 
ment par chaque seouine, ce qui le mettoit dans le cas d'user très fréquemment des bains qu. 
ne pouvoicat à la longue que rincommoder beaucoup en lui devenant inutiles. • 



DERNIÈRE MALADIE DE LOUIS XV l5c) 



rassemblés à Versailles, « qui était le pays du déguisement », allèrent avec 
une grande exactitude aux prières des quarante heures ; mais Tarchevê- 
que de Paris n'en fut pas mieux reçu pour son zèle officieux. Lorsqu'il 
se présenta pour voir le Roi malade, il fut arrêté dans Tantichambre par 
le maréchal de Richelieu, et comme il attestait, pour vaincre cette ré- 
sistance, que M»« Du Barry était son amie : a Oui , monsieur, lui ré- 
pondit le maréchal, votre amie ! elle est si bien votre amie, qu'elle m'a 
« dit hier : Que M. l'archevêque nous laisse, il aura sa calotte de cardi- 
« nal. Cest moi qui m'en charge et qui en réponds. » 

LUNDI 2 MAI ET MARDI 3 MAI 

Dès le matin, on connut à Paris la £smsse démarche de l'archevêque, 
mais on ne sut pas à quelle intrigue elle était due. On l'attribua à un 
redoublement du mal : 

On apprend que rarchevêque de Paris, qui s'est rendu à 
Versailles n^a pu voir le Roi, et que les seigneurs se sont 
opposés à ce qu'on parie à Sa Majesté pour ne pas la trou- 
bler. 

L'esprit public n'acceptait pas d'autre issue que la mort du Roi, et il 
ne se laissait pas tromper par les termes rassurants des bulletins, qui 
étaient rédigés avec moins de bonne foi à mesure que l'opinion se mon- 
trait plus contraire. Le 2 mai, les médecins étaient fixés; l'affaissement 
continuel du malade ne laissait que peu d'espoir, même à M°>« Du 
Barry. Bordeu l'avait prévenue. Il avait dit, dès le début : ti Lai petite 
vérole, à soixante-quatre ans, avec le corps du Roi, est une terrible ma- 
ladie, 9 et déjà, la veille au matin, il avait averti la favorite, avec ces 
façons franches et même dures qui lui étaient propres; Lorry n'avait 
pas caché ses craintes à M. d'Aiguillon; cependant les bulletins témoi- 
gnaient de moins d'inquiétude : 

7 heures du matin. — La fiebvre a eu le même cours que la 
nuit précédente, mais elle a été plus modérée, le sommeil de 
Sa Majesté a été plus long et plus tranquille, les pustules sont 
plus abondantes ; on est content des urines et des vésicatoires, 
qui font beaucoup d'effet. 

8 heures du soir. — La fiebvre a été beaucoup moindre au- 



l6o REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES 

jourd'hui, les boutons grossissent, et quelques uns des premiers 
commencent à blanchir : la tête et la respiration sont très 
libres, Sa Majesté a beaucoup de part à la conversation. Ses 
urines et ses évacuations du ventre sont toujours très louables. 
Les vésicatoires continuent toujours leur bon effet. 

Le bulletin du mardi matin, 3 mai, plus politique que médical, n'a- 
vait pour objet que de prévenir Tagitation des esprits : 

8 heures du matin. — La fièvre n'a presque pas augmenté 
cette nuit pendant le temps qu'elle a duré ; la peau a conservé 
de la moiteur. Sa Majesté n'a pas dormi à cause des déman- 
geaisons importunes du nez et du menton, les boutons sont 
bien nourris par tout le corps, et les premiers se disposent fa- 
vorablement à la suppuration. Les urines sont belles et les 
vésicatoires continuent à faire un bon effet. 

Une dame fut arrêtée « pour avoir voulu contrôler » ce bulletin (i). 
La vigilance de la police croissait en raison même de TindifTérence 
générale. « Tout Paris, dit Hardy, était rempli de mouches qui épiaient 
les discours des citoyens, et les forçaient d'user de la plus grande 
circonspection dans leurs paroles. » 

MERCREDI 4 MAI 

Le premier bulletin de ce jour marquait l'intention encore plus évi- 
dente de séduire les esprits : 

5 heures du matin. — La nuit a été aussi bonne qu'elle pou- 
voit être quoique sans sommeil ; le Roi n'a pu dormir à cause 
de ses yeux qui lui faisoient mal. Il a été agité et a eu une petite 
augmentation de fièvre qui est tombée actuellement; Sa Majesté 
ne peut-être mieux dans les circonstances présentes. Voilà la 
nuit du 5 passée heureusement, les urines sont belles et cou- 
lent bien. 

Toutefois l'état du malade laissait, peu d'espoir. D'Aiguillon alla 
(I) Htrdy, p. 329. 



DERNIÈRE MALADIE DE LOUIS XV l6l 

prendre les ordres du Roi relativement & M** Du Barry. « Il &ut la 
mener sans bruit dans votre campagne à Ruel, lui dit le Roi ; je saurai 
gré à M*' d'Aiguillon des soins qu'elle prendra pour elle » (i). M»» Du 
Barry vit encore le mourant le 4 mai au soir, lui promit de revenir à 
la G>ur à sa convalescence. On observa que le moribond saisit les mains 
et le sein de sa maîtresse, en témoignant le regret de perdre tant de 
beautés. A peine était-elle sortie qu'il la demanda (2). 

A partir de ce moment, la maladie empira, sans que toutefois il en 
fût rien marqué dans les bulletins : 

7 heures du soir. — La suppuration qui avoit paru languir 
pendant quelques heures a repris son cours et a fait un progrès 
sensible ce soir. Sa Majesté est fort tranquille et a peu dormi 
cet après midi. Les évacuations du ventre et des urines sont 
complettes; le poulx continue d'être bon; il n'y a point encore 
d'apparence de redoublement. 

L'inquiétude se manifesta du moins par ime sollicitation plus pres- 
sante à la protectrice séculaire de la Ville et du Roi : 

Vers onze heures du soir, on découvre en entier la châsse de 
S? Geneviève (3). 

Le lendemain fut faite une solennelle invocation : 

JEUDI 5 MAI ET VENDREDI 6 MAI 

5 mai. — Le corps de ville se rend à S? Geneviève pour y 
assister à la grande messe et commencer une neuvaine pour le 
rétablissement du Roi. « Messieurs des six corps des marchands 
de Paris distribuoîent aussi des billets d'invitation imprimés 
pour une messe solemnelle qu'ils se poposoient de faire célébrer 
le lendemain vendredi à onze heures du matin en l'église des 
Prêtres de l'Oratoire de la rue Saint-Honoré, à l'effet de de- 
mander à Dieu le rétablissement de la santé du Roi » (4). 

(1) Soalavie, t. U. 
1^)- SoaUvie, hc. cU, 

(3) Hardy, ms., t. U, p. 33o. 

(4) Hardy, p. 33o. 

TOME I. 2 I 



102 REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES 

Mais ce a*étaîent là que des démonstrations ofïicieUes; le public n'y 
prenait point de part. Le curé de Sainte-Geneviève crut devoir, en 
chaire, reprocher à ses paroissiens leur indifférence; ce qui fit mauvais 
effet et fut blâmé. 

Le peuple suivait tout cela avec sa curiosité banale ; il lisait toujours 
les bulletins, mais n'y croyait pas. On ne renonçait pas, pourtant, à cet 
expédient. Voici les bulletins du 5 : 

7 heures du matin. — La suppuration se soutient par tout le 
corps et commence à gagner les extrémités; sa marche n'est pas 
rapide; la fièvre n'est point augmentée cette nuit, le sommeil a 
été fréquent et coupé sans aucune agitation. Les urines ont bien 
coulé ; les vésicatoîres font rendre beaucoup de pus. 

7 heures du soir. — La suppuration continue ses progrès 
sur tout le coips. Les poignets et les mains commencent à se 
gonfler, tandis que quelques boutons du visage commencent à 
se dessécher. La fièvre est au degré convenable et il y a eu 
quelques temps de bon sommeil. L'évacuation procurée par un 
lavement simple a été facile et d'une bonne qualité. Les urines 
sont belles et les vessicatoires vont suivant nos désirs. 

Bulletins du 6 : 

7 heures du matin. — Le redoublement a été comme on s'y 
attendoit plus marqué que les précédents ; il y a eu quelques 
moments de délire et beaucoup d'agitation; à 4 heures le re- 
doublement a décliné ; il y a eu par intervalle trois heures de 
bon sommeil; le dessèchement continue au visage; la gorge est 
en meilleur état; la suppuration sur le corps se soutient, les 
urines sont belles, les vésicatoires continuent toujours leur bon 
effet. 

7 heures du soir. — La Journée du 7 a été assez tranquille; 
la fièvre s'est fort modérée depuis ce matin ; il y a eu plusieurs 
reprises de sommeil très doux, et quelques bonnes moiteurs. 
A la faveur de ce calme la suppuration a fait beaucoup de pro- 
grès; il n'y a eu aucune apparence de délire. La respiration, le 



DERNIERE MALADIE DE LOUIS XV l63 

poulx, les évacuations du ventre et les urines n'ont rien que de 
satisfaisant; les vésicatoires tirent toujours beaucoup. 

Tandis que Paris, n^ayant point d'intérêt, n'avait point de passion, 
â Versailles les intrigues devenaient plus actives à mesure qu'on sentait 
le dénoûment plus prochain. Leduc de Fronsac, ami de M°>« Du Barry, 
menaça le curé de Versailles de le jeter par la fenêtre, s'il osait parler 
de la confession, du viatique ou de l'extrême-onction. 

SAMEDI 7 MAI 

Le parti de M«« Du Barry fut vaincu. Le 7, à 3 heures du matin, 
le Roi sâ^sentit si mal qu'il demanda impérieusement l'abbé Mau- 
doux ; <K^ confession dura dix-sept minutes. Les ducs de La Vril- 
iière et d'Aiguillon voulaient retarder le viatique, mais La Martinière, 
pour consommer l'expulsion de M** Du Barry, dit au Roi ces paroles : 
« Sire, j'ai vu Votre Majeuté dans des circonstani^es bien intéressantes, 
« mais jamais je ne l'ai admirée comme aujourd'hui ; si elle me croit, elle 
« achèvera de suite ce qu'elle a si bien commencé. » Le Roi fit rappeler 
son confesseur Maudoux, pauvre prêtre qu'on lui avait donné depuis 
quelques années, parce qu'il était vieux et aveugle. Il lui donna l'abso- 
lution» (1). 

Le viatique fut administré le même jour, à 7 heures du matin. 
Louis XV, qui, dans certaines circonstances de sa vie, aveit montré un 
grand fonds de piété, reçut le sacrement avec ferveur. Nous rapportons 
les paroles du mourant telles que les a citées M. de Beaucourt d'après 
un manuscrit inédit. Le Roi se leva sur son séant pour recevoir le 
viatique. G>mme on voulait le retenir en lui représentant l'état où n se 
trouvait et le danger qu'il courait : « Quand mon grand Dieu, s'é- 
cria-t-il, (ait à un misérable comme moi l'honneur de le venir trouver, 
c'est le moins qu'il soit reçu avec respect » (2). 

Ces paroles, pour la forme du moins, ne nous paraissent ni dans le 



(i) Soulavie, t. II. Nous citons Soulayie avec quelque défiance; mais ici le fond mSme 
de ton récit est empranté à des autorités dignes de foi : à M. de Laborde, premier yalet de 
chambre de Louis XV, qui a laissé des mémoirej ; à l'abbé Dupinet, chanoine de Notre- 
Dame, qui tenait ses informations de Tarcbevêque de Paris; à M. de Luynes, à M** d'Aiguil- 
lon, an duc de Fronsac et au maréchal de Ridielieu. 

(a) Journal des derniers moments de Louis XV, pu M. Buisson de La Boulaye, attaché à 
la personne du Roi, récit recueilli par sa fille, M** de Riancey. M. de Beaucourt a cité ce 
récit dans une très-remarquable Étude sur te caractère de Louis XV (Revue des questions 
historiques). 



104 REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES 

caractère de Louis XV, ni dans la situation d'un homme accablé par la 
maladie. 

Nous publions le récit de la cérémonie du viatique tel qu'il a été ré- 
digé par le duc de Penthièvre. Le texte que nous donnons est conforme 
au manuscrit de la main du duc, conservé aux Archives nationales (i). 

Administration du viatique, au Rojr, le 7, mai 1774 

Le Roy, qui estoit attaqué de la petite vérolle dqHiis le 
29. avril au soir, receust le viatique le 7 de mai à 7. heures du 
matin. M** le D. d'Orléans et M*" le Prince de Condé, qui avoient 
passé la nuit chés Sa Majesté, firent avertir leurs enfants; 
M*" le 0« et M^ la C^»* de La Marche le furent par une suitte 
des appartemens à qui ils avoient donné la commission de les 
avertir de ce qui se passeroit. M*" de Penthièvre fiist averti par 
M"" le C^ de Noailles, qui s'estoit chargé, dès le commence- 
ment de la maladie du Roy, de lui mander ce qui se passeroit 
chés Sa Majesté, et M»- de Penthièvre fit avertir M«*« de Lam- 
balle. M"- le Dauphin et W^ la Dauphine, M*" le C^ et M^ la 
Cesse de Provence, M', le 0« et W^ la C^ d'Artois, M', le D. 
et W^ la \y^ de Chartres, M', le D. et M^ la !>»• de Bour- 
bon, M^ la O^ de La Marche et M*» de Lamballe, furent 
prendre le Saint Sacrement à la chappelle. Il n'y avoit ni prie 
Dieu ni carreaux; on a apporté des chaises. M**» la Dauphine 
et M**« la Comtesse de Provence se sont mises sur la mesme ; 
M<>« la H^^ de Chartres et une autre princesse se sont mises 
sur la mesme ; les bas de robbes des princesses ont été portés 
en suivant le Saint Sacrement selon l'usage ordinaire dans le 
dehors par un page, et dans l'intérieur de l'appartement jusques 
à la porte de la chambre par un écuyer; la livrée du Roy, des 
enfants de France et des princes portoit des flambeaux donnés 
par Sa Majesté, devant le S* Sacrement, ainsi qu'il en avoit 
esté à la maladie du Roy, à Metz, en 1744. M^ le D. d'Or- 
léans, M', le Prince de Condé, M', le C** de La Marche et 

(1) Archives nationale^ K. i38, n* la'. 



DERNIÈRE MALADIE DE LOUIS XV l65 

M', de Penthièvre, ne furent qu'au haut du grand degré (au bas 
duquel estoient restés M^ le Dauphin, M', le 0« de Provence, 
M', le 0« et W^ la C**^ d'Artois et Madame petite fille du 
Roy, qui n'avoit pu joindre qu'alors le Saint Sacrement) parce 
que ils ne pouvoient pas paroitre devant M', le Dauphin et les 
enfants de France que Ton vient de nommer, attendu qu'ils 
entroient dans la chambre du Roy, M*»*» Adélaïde, Victoire et 
Sophie ne furent pour la même raison qu'à la première porte 
de la salle des gardes. Elles avoient mis leurs bas de robbe au- 
tour d'elles. Elles n'estoient accompagnées de qui que ce soit, 
ni dames, ni officiers, parce qu'elles estoient venues par l'inté- 
rieur de l'appartement de Sa l^jesté. Le dais ne fiist pris par 
les capitaines des gardes et gentilshommes de la chambre qu'au 
haut du grand degré par la mesme raison qui y avoit fait rester 
M', le duc d'Orléans et autres Princes. Il fut porté jusques là 
par des suisses dépendants du gouverneur du château. 

M<»«» Adélaïde, Victoire et Sophie sont restées dans le cabi- 
net du Conseil, à la porte de la chambre du Roy, ainsi que 
M"" le 0« de La Marche et M^ de Penthièvre. M*** la Dauphine 
et M*** la Comtesse de Provence, M' le D. et M*** la Duchesse 
de Chartres, M>^ le D. et M**» la Duchesse de Bourbon, M^ la 
C*«»« de La Marche et M<*« de Lamballe ont suivi le S^ Sacre- 
ment jusques dans la pièce appellée Œil de Beuf qui se trouve 
avant la chambre de représentation du Roy, la quelle estoit 
séparée par le cabinet du conseil de celle où estoit Sa Majesté, 
et y ont demeuré. La nappe de communion a esté tenue par 
M»* le D. d'Orléans et M', le Prince de Condé comme honneur, 
et par M"^ l'Evesque de Senlis, premier aumônier du Roy, et un 
aumônier comme service. M', le C*' de La Rocheaymon, grand 
Aumônier, qui administroit Sa Majesté, a fait un petit discours 
avant de la communier, et après l'avoir communié il a dit de la 
part du Roy, qui avoit peine à s'énoncer lui mesme, quelques 
mots d'œdification sur le scandale que Sa Majesté avait pu 
donner et sur ses dispositions relativement à la Religion et à ses 



l66 REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES 

peuples. Mesd«« Adélaïde, Victoire et Sophie, ainsi que M"", le 
duc d'Orléans, M', le Prince de Condé, M' le 0« de La IVlarche 
et M', de Penthièvre, ont reconduit le Saint Sacrement jusqu^â 
la salle des gardes; M', le Dauphin et les fils et filles de France, 
Princes et Princesses, qui avoient esté prendre le Sî Sacrement 
à la chappelle, Ty ont reconduit. Les Princes qui entroient 
dans la chambre du Roy n'ont point assisté à sa messe , la 
quelle ne s'est dite que cinq heures après l'administration du 
viatique. Sa Majesté n'a point reçu l'extrême onction. 

Lorsque le Roi réclama le viatique, la maladie était entrée dans sa 
période critique ; on prit alors le parti de faire imprimer les bulletins 
et de les apposer contre des boutiques, dans les différents quartiers de 
Paris (i). Par ces bulletins, rédigés uniquement en vue de l'opinion, la 
Cour montrait combien elle avait le sentiment de sa faiblesse et quelle 
idée elle se disait de la force naissante du peuple, qu'elle se croyait 
obligée de tromper afin de le contenir : 

8 heures 1/2 du matin. — Le redoublement de la nuit a été 
moins fort et moins long que celi^i de la nuit précédente. Il y a 
eu quelques intervalles de bon sonuneil; la suppuration étend 
ses progrès sur tout le corps, tandis que les pustules du visage 
continuent à se dessécher; les urines sont bonnes, les vésica- 
toires vont toujours bien. 

7 heures du soir. — La journée s'est passée fort tranquille- 
ment, la fièvre a été modérée et le sommeil assez suivi; l'éva- 
cuation du ventre procurée par un lavement a été copieuse et 
de bonne qualité; la suppuration des boutons et celle des vési- 
catoires continue sa marche favorablement. 

DUiiANCHE 8 MAI ET LUNDI 9 MAI 

Pourtant il n'était plus possible de déguiser davantage, et les bulletins 
postérieurs continrent Taveu à peine voilé de la perte du Roi ; les vési- 
catoires ne rendaient plus : 

7 heures du matin. — Le redoublement a commencé plus 

(i) Hardy,, p. 333. 



DERNIÈRE MALADIE DE LOUIS XV 167 

tard hier au soir, et a augmenté par degrés pendant la nuit; sa 
marche a été modérée et Sa Majesté a bien dormi jusqu'à cinq 
heures et demie , auquel temps le poulx s'est fort élevé ; la 
chaleur a augmenté et il est survenu quelques moments de 
délire; ces accidents ont diminué à la suite de plusieurs efforts 
pour vomir et des mouvements d'entrailles. La suppuration ne 
paraît pas avoir été rallentieet les vessicatoires vont bien. 

7 heures du soir. — On a profité ce matin d'un moment de 
rémission pour faire passer un minératif dont l'effet a été con- 
sidérable. Cependant la fièvre a repris avec l'accablement et 
s^est soutenue à un degré plus fort que les jours précédents ; la 
langue et le palais sont extrêmement secs; la suppuration n'a 
pas fait de progrès depuis ce matin, les vessicatoires ont moins 
rendu qu'à l'ordinaire. 

Le premier bulletin du 9 apprit que réniption s^était étendue aux 
muqueuses du larynx et de la trachée-artère. Cet accident, qui déter- 
mine une toux sèche, aiguë et déchirante dans le trajet des parties 
affectées, cause ainsi une inflammation presque toujours funeste : 

7 heures du matin. — La fièvre cette nuit, s'est maintenue 
au même degré qu'hier; Sa Majesté a passé une partie de la 
nuit dans l'assoupissement, mais au réveil la tête a toujours 
paru nette. Les boutons se dessèchent au lieu de suppurer ; la 
langue el: le gozier sont toujours très arides. On apperçoit au 
palais et dans le fond du gozier quelques escarres; il y a eu peu 
d'urines et point d'évacuations. Les vessicatoires ont moins 
rendu que ces jours passés (i). 



(1) • D*tprè8 le balletia ci-dessus transcrit on ne devoit point Stre étonné d'entendre dire 
dans raprès midi par les ans que le Roi étoit fort mal, par d'antres qu'il étoit mort à huit 
heures et demi du matin, et qu'on le cachoit par des raisons de politique, attendu qu'il étoit 
question à la cour de prendre des arrangements pour lesquels on avoit besoin d'un intervalle 
de trente six heures de temps. On assuroit que tous les équipages étoient prêts et les chevaux 
bridés pour conduire la famille royale en différents endroits... On assuroit que la boéte dans 
laquelle devoit être renfermé le cœur du Roi étoit déjà commandée chez l'orphévre. On rencon- 
troit aussi dans les rues des crocheteurs chargés de pièces d'étoffes noires qu'ils portoient dans 
différentes maisons. • (Hardy, t. U, p. 333.) 



i6% trrcE Dcs Docooorre fasTD»:::rES 



La cooftsnofl prciqae ooDpiete de b Tériié est poor i 
c oari f parai le peuple, socpçoaneiix depuis qaH arttî clé pcîs pow 

dspe, def brsiu étranges, bien an de!â de la rériié ryrne. On se répc- 
tait déjà qoe le Rot était mort et qu'on en cachait b'noïrrdje pour 
des nécessités d^Étac Ces brcits firent craindre une agitation socnde et 
rendirent pins Tîgilante faction de b police. Le 9 maL di ra s e s per- 
sonnes forent arrêtées pour 2:wiHT mal parlé de b maladif da RoL Une 
d'elles fat prise rue Saint-Honoré, parce qa*elle avait cfit en snrtant du 
îardin du Pâlais-Royal : « Qu'est-ce que cela me £ût? Noos ne sau- 
rions être pis que nous ne sommes » (1). 

La police en cela était inintelligente et maladroite. Le penpk ne Toit 
pas mourir les hommes qui Tont beaucoup occupé sans qull se forme 
aatoar d'eux une âxioche de l^ende. 

On doutait que le Roi passât la mût, tant infection étût grande 
dans sa chambre. Dans les journées du 8 et du 9, « le Roy, dit Soulavie, 
Tit son corps tomber de toutes parts en lambeaux et en pourriture. 9 
Cest là le langage d'un contemporain, philosophe et déclamateur, qui se 
plaît à faire roir dans Tétat effrayant du mourant les traces et pour 
ainsi dire le châtiment de ses débauches. Les progrès naturels de la va- 
riole confluente suffisent a donner, vers le dixième jour, Tapparence de 
la décomposition* Le liquide des pustules s'épanche et forme des croûtes 
noirâtres, « de larges lambeaux d'épiderme soulevés par du pus se dé- 
tachent, et tout le corps exhale une odeur d'une fiftidité repoussante et 
presque cadavérique » (2). Le bulletin du samedi soir, malgré quelques 
réserves, laissait pressentir que la mort était prochaine : 

7 heures du matin. — La fièvre et Tassoupissement ont con- 
tinué pendant toute la journée; la tête, la bouche et le gozier 
sont en même état que ce matin ; la respiration est un peu gê- 
née, les urines ont mieux coulé, les vessicatoires ont plus rendu. 

Nous avons publié de ce bulletin, comme des autres, la transcription 
laissée par Hardy ; nous y joignons le fac-similé de l'original qui nous 
appartient, donnant ainsi le vériuble aspect de ces feuillets, marqués 
du lys et de l'écu de France. On estimera, en comparant les deux textes, 
quel soin Tesprit minutieux de Hardy mettait' â prendre ses notes et 
quel degré de foi il peut inspirer : 



(i) Hirdy, loc. cit. 

13) NyMtiî, Dict. de méd.y au mot Variole. 



DERNIÈRE MALADIE DE LOUIS XV 



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r-O REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQCES 



Le sacrement suprême ne pouvait être différé : 

Le 9 mai le Roy receust rextrème onction des mains de 
M' TEvesque de Senlis, son premier aumônier, sur les neuf 
heures du soir. Les Princes s'y trouvèrent, en ayant esté avertis 

d'office... 'i;. 

MARDI 10 MAI 

La nuit n'avait été qu'une agonie, dont le bulletin du matin mar^jue 

le^ symptômes non équivoques : 

7 heures du malin. — La fièvre s'est soutenue très fort toute 
la nuit, la respiration qui commençoit à être gênée hier au soir 
est devenue très précipitée vers neuf heures et a continué dans 
cet état avec quelques variations jusqu'à ce matin; il n'y a eu 
aucun dcli.'c. Sa Majesté a conservé toute sa connoissance. Les 
vessicatoires ont peu rendu. Les urines coulent bien. 

Le Roi mourut à 3 heures 20 minutes. Cest ce qu'indique la men- 
tion autographe mise sur notre bulletin original par un contemporain 
attentif à consigner des nouvelles exactes qu'il recueillait peut-être à la 
Cour même. Hardy, qui n'avait pas quitté Paris, dit que Louis XV 
expira à trois heures (2) ; mais le témoignage du duc de Penthièvre, 
présent a Versailles, conlirme la date écrite sur notre bulletin : 

Le 10 mai le Roy mourust à trois heures et un quart 

après nùdi. Les Princes, qui estoicnt chés Sa Majesté dans le 
moment, descendirent tout de suite chés mesdames Adélaïde, 
Victoire et Sophie, et virent après la nouvelle Reine dont ils ne 
baisèrent pas la main (3;. 

Il n'y eut pas d'agitation à Paris : on avait hâte d'effacer le souvenir 



lit /'' 'Lition Au duc Jr l'cnl': cy, ^. 

'?! AK.. t. Il, p. .33.— Si inondi. Histoire des Fraru.us^ t. XXIX, p. 5oS, dalc U niorl 
de 2 licjrcs aprtL> midi. 

'h Relation du duc de Penthièvre. — Nous avons dû détacher en trois fragments ia 
relation de l'adminiitiatio:! du viatique, afin de pomoir employer ce document à notre des- 
cription chronologique. 



DERNIÈRE MALADIE DE LOUIS XV I7I 

du dernier règne, et la tradition des obsèques royales fiit à peine suivie. 

Vers 5 heures du soir, le maréchal de Brissac, arrivant de Versailles, 
annonça la mort du Roi. Le duc de Qiartres fit de même au Palais^ 
Royal. A 8 heures tout Paris savait la nouvelle, et les cloches de Notre- 
Dame apprirent qu'on allait resserrer le Saint-Sacrement et remonter 
la châsse, qui avait été descendue la veille à 1 1 heures du soir (i). 

La curiosité publique n'eut plus à se prendre qu'aux apprêts funèbres. 
Hardy rapporte ainsi les divers propos qui se débitèrent autour de lui : 

On assuroit... qu'une heure après sa mort le sieur La- 
borde lui avoit passé une chemise blanche, qu'au bout d'un 
assez court espace de temps son corps, devenu blanc et sur 
lequel on n'appercevoit plus de petite vérole parce que tout 
étoit rentré en dedans avoit été enseveli sans être ouvert ni 
ennbaumé, dans un cercueil de plomb, enduit d'un mastiques 
composé de chaux, de vinaigre et d'eau de vie camphrée, qu'on 
avoit soudé sur le champ, et enfermé dans [un] double cercueil 
de bois de chêne, observant de mettre entre chaque cercueil 
une certaine quantité de son pour mieux obvier aux exhalaisons 
qu'auroit pu produire la putréfaction déjà commencée intérieu- 
rement (2). 

La mort du Roi fut accueillie avec une joie non dissimulée par la 
plus grande partie des citoyens. Ce distique, envoyé mystérieusement 
par la poste, courait Paris dès le 1 1 mai : 

Nunc animum Francis nunc vires sumite tandem; 
Tôt scelerum impatiens^ Mors rupit vincla Tyranni. 

Une épitaphe satirique se répandit à la même date : 

Cy gist Louis le Quinzième, 
Du nom de bien aimé le deuxième ; 
Dieu nous préserve du troisième (3). 



(i) Hardy, m»., t H, p, 335. 
(a)Hârdy,t. Il.p.337. 
(3) Hardy, t. II, p. 337- 



\r 



172 REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES 

Il nous a paru intéressant de compléter cet article en y joignant la 
minute de la lettre qui fut adressée aux corps de TÉtat pour les convo- 
quer aux funérailles de Louis XV ( i ) : 

Juillet 1774. 

PROCLAMATIONS. 

Au Parlement \ 

A la Qiambre des Comptes > Nobles et dévotes personnes. 

A la Cour des Monnoyes ) 

A rUniversité Nobles et scientifiques personnes. 

Au Châtelet \ 

A la Ville > Messieurs. 

A r Élection ) 

Priés Dieu pour le repos de Pâme de très haut, très puissant 
et très excellent Prince, Louis quinzième du nom, par la grâce 
de Dieu, Roi très chrétien de France et de Navarre. 

On salue. 

Priés Dieu pour le repos de Tâme de très haut, très puissant 
et très excellent Prince, Louis quinzième du nom, par la grâce 
de Dieu, Roi très chrétien de France et de Navarre, décédé en 
son château de Versailles le dix du mois de may dernier, pour 
le repos de Tâme duquel se feront les prières et services solem- 
nels le vingt-sept de ce mois dans F Église de P Abbaye de 
Sî Denis en France, où il sera inhumé. 

La veille se diront les vespres et vigiles des morts. 

On salue. 
Priés Dieu pour son âme. 

1 1 1 Cette pièce tst conservée aux trchives nationales .K. i38 , n* 13^. 



FRÈRES PRÊCHEURS. lyS 



FRÈRES PRÊCHEURS 

1370 



Marguerite, seconde fille de Philippe le Long et veuve de Louis de 
Flandre, avait longtemps habité la Comté de Bourgogne et y possédait 
de grands biens. Par Tacte suivant, elle fait payer sur la vente de ses 
blés et vins de Poligny vingt francs d'or à deux frères prêcheurs du 
couvent de Lausanne : 

Marguerite, fille de Roy de France, Contesse de Flandres, 
d^ Artois et de Bourgoigne Palatine et Dame de Salins, à nostre 
trésorier de Dole et de Salins salut. Nous vous mandons que 
de la vendue de noz blez et vins que nous avons présentement 
à Poloigny, bailliez et délivriez senz délay, ces lettres veues, à 
deux fi"ères prescheurs du couvent de Losane, porteurs de ces 
présentes, vint fi-ans d'or, que donnez leur avons de grâce et en 
aumosne ceste foiz, pour faire prière pour nous en leur chapitre 
provincial, qui doit estre célébrez oudit couvent en la prou- 
chaine feste de la Magdalene. Et par rapportant quittance et 
ces présentes, la dicte somme de vint fi*ans par vous ainsi paiée, 
vous sera alloée en compte et rabatue de vostre recepte senz 
contredit. Donné à Paris le xxini" jour du mois d'avril, Pan de 
grâce mil. ccc. sexante dix. 

Par madame, présent messire Humbert 
de la Platière. 

A. Daulle : • 



174 REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES 



CHIENS COURANTS ET GRANDS LÉVRIERS 



DE GUY II DE CHASTÏLLON COMTE DE BLOIS 



Saichent tuit que je Guillaume de le Mère veneur de mon 
très redoubté seigneur monseigneur le Conte de Blois, cognois 
avoir eu et receu de Girart Villodon recepveur en Dunois pour 
mon dit seigneur, la somme de quatre muis et un sextier de 
grain mesure de Marchesnoir, cest assavoir, ij. muis. v. sextiers 
de mestail et xx. sextiers de mousturanche pour la gouvernance 
de xxvii. chiens courans les cerfs et de. xiiij. grans lévriers; 
cest pour trois chiens courans par jour. j. boesseau de blé, et 
pour. ij. lévriers par jour. j. boesseau de blé; les quieulx chiens 
ont esté et demouré a Tabbaie de Gteaux par l'espace de xxv. 
jours entiers; c'est assavoir dq)uis le xxvj* jour de juillet Tan 
iiij". et V. jusques au xix* jour d'aoust enssuivant. De la 
quelle somme de grain dessus dit je promet a rendre compte a 
mon dit seigneur en l'acquit dudit recepveur. Donné soubz hkhi 
seel duquel je use en mon dit office, le semadi. xix*. jour d'aoust 
Tan mil trois cens quatre vins et cinq. 

Au verso : 

Quittance de Guillaume de le Mère veneur de monseigneur 
de iiij. muis. j . sextier de grain a coopter au t(erme) de Saint 
Jehan l'an iiij^^. et six. 



.^ - ..^ .T-J>I»L 



I 




JEAN-BAPTISTE GREUZE ET GABRIELLE BABUTY l'jb 



JEAN-3APTISTE GRÇUZÇ 



ET GABRIELLE BABUTY 



En 1766, Greuze, âgé de quarante et un ans (i), avait séduit le goût 
public. Ses jolies têtes de femmes se payaient fort cher; il en fallait au 
moins une dans chaque galerie à la mode. Greuze s'était fait le peintre 
voluptueux de la vertu. Ce devait être, ce fut une fortune dans on 
siècle nourri de gravelures et de bergeries. Il n'est pas surprenant que 
les sociétés de peintres lui offrissent alors avec empressement une place 
dans leur sein. La lettre, que nous publions en £aic-simile et qui nous a 
été gracieusement commuhiquée par notre ami M. Alfred Bovet, té- 
moigne de ce zèle : 

Monsieur, 

Si en ma vie quelques choses a pus me flatté; je puis vous 
assurez que ses l'offre obligant que vous venez de me faire ; de 
me donné une place dans votre académie; je l'accepte avec au- 
tant de reconnoissance, que de plaisir ; et je puis vous protesté 
que l'honneur que vous me faite ; vas renouvelle mes soins, et 
mon asiduité, pour me rendre encore plus digne, d'un corps 



(i) Greoze, né à Tournas, le ai août 1733, était fils d'un maître couvrear. L'acte de bap- 
tême da peintre a été communiqué i MM. Edmond et Jules de Concourt. Cf. L'Art au 
XVIIb siècle, Grtu\e. Dentu, i863, in-4, fig. 



176 REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES 

aussi respectable; j'attant votre réponce, avec le plus grand 

emprèsement; et suis avec respea 

Monsieur 

Votre très haimble, très obéisant 

serviteur 

Greuze. 

Greuze peintre du Roy et de Tacadémie royal 

de peinture; et sculpture rue de Sorbonne 

de Paris ce 9» mars 1 766 

Nous ignorons quelle est l'Académie dans laquelle Greuze accepte 
un siège en 1766; il avait alors le titre de peintre du Roy et de 
l'Académie royale de peinture et sculpture. Il était agréé depuis neuf 
ans, mais il ne songeait pas encore à envoyer à FAcadémie le chef- 
d'œuvre présenté d'ordinaire par les agréés. Greuze avait une vanité 
niaise et turbulente. Il mêlait à un ùlux bon sens de paysan une in- 
supportable prétention de peintre philosophe. Ignorant et bavard, eni- 
vré de la feveur publique, perturbé par le rôle absurde de penseur que 
Diderot lui avait donné, Greuze, inhabile aux £ïçons polies, affectait un 
dédain bruyant envers ses confrères de l'Académie royale. Ceux-ci, in- 
téressés à rassembler toutes les gloires dans leur assemblée, employè- 
rent pour s'emparer de Greuze un moyen violent et habile. En 1767, 
ik lui fermèrent, selon le droit qu'ils avaient, l'accès du salon. Une 
lettre de Cx)chin exposait, en termes flatteurs pour le peintre exclu, les 
motifs de cette mesure rigoureuse : l'Académie ne voulait que hâter le 
moment où elle recevrait en son sein l'auteur de tant de beaux ou- 
vrages. 

Ce fut seulement le 29 juillet 1769 que Greuze se décida à envoyer le 
tableau d'histoire qui le fit inscrire parmi les peintres de genre. 

Ce tableau si mal accueilli représentait : a Septime Sévère reprochant 
à son fils Caracalla d'avoir attenté à sa vie dans les défilés d'Ecosse et 
lui disant : Si tu désires ma mort, ordonne à Papinien de me la 
donner. » 

Un tableau composé sur un tel sujet devait être obscur et mal parler 
aux yeux. Greuze était gâté par les philosophes; il lui fallait à toutes 
forces des sujets philosophiques. Nous devons à M. le comte Gilbert 
Borromée de pouvoir faire connaître, d'après l'original de la main de 
Greuze, un sujet de tableau où l'intention morale se traduit par un 
apologue peu propre a tenter un autre peintre que l'ami de Diderot : 



JEAN-BAPTISTE GREUZE ET GABRIELLE BABUTY I77 

A quinze ans 
Le jeune Bazîle est conduit par son père chés un chirurgien 
où il voit plusieurs malades, funeste reste de leurs débauches, 
défigurés par diférens ulcères qui leur dévorent le visage. Il est 
saisi d^horeur, il veut se retirer, mais le père le retient par le 
bras et lui dit: C'est là la suite des passions désordonnées; il 
est bon que je vous instruise, puisque nous allons nous quiter, 
que dans la vie il y a des précipices aflreux qui sont couverts de 
fleurs. 

Si le tableau du jeune Bazile fut jamais exécuté, nous dôutôAS qtt*il 
ait pu être beaucoup plus aimable et plus heureux que celui de Septime 
Sévère. Diderot, qui aimait d^autant plus Greuze qu^il avait Êiit de 
Greuze un peintre philosophe, avoue lui-mêm« que le chef-d'œuvre 
n'est pas un bon tableau. Il reconnaît que son peintre moraliste ne 
sait pas traiter avec grandeur les grands sujets l\ en accuse M™« Oreuze. 
Le ménage, selon lui, abaissa Tartîste, lui donna le désir de Targent, 
lui ôta l'imagination et la paix intérieure. 

Greute, & son retour de Rome, s'était marié, par goût, par fistiblesse, 
par distraction, avec une jolie personne que Diderot, lui aussi, avait 
remarquée et qu'U avait traitée, alors qu'elle était fille, avec une galan- 
terie un peu brusque : 

« Je l'ai bien aimée, quand j'étais jeune et qu'elle s'appelait made- 
moiselle Babuty. Elle occupait une petite boutique de libraire sur le 
quai des Augustins, poupine, blanche et droite comme le lys, vermeille 
comme la rose. J'entrais avec cet air vif, ardent et fou que j'avais, et je 
lui disais : « Mademoiselle, les Contes de la Fontaine, un Pétrone ^ s'il 
vous plaît? — Monsieur, les voilà. Ne vous &ut-il pas d'autres livres? 
— Pardonnez-moi, mademoiselle; mais... — Dites toujours. — La Re- 
ligieuse en chemise,., ^ Fï donc! monsieur; est-ce qu'on a, est-ce 
qu'on lit ces vilenies-là ? — Ah ! ah ! ce sont des vilenies, mademoiselle? 
Moi, je n'en savais rien .... » Et puis un autre jour, quand je repassais, 
eUe souriait, et moi aussi » (1). 

Greuze aussi passa, repassa devant la boutique de librairie, sourit, 
mais il n'eut pas la prudence parisienne de son ami. Il se compromit, 
et bientôt, moitié de gré moitié de force, il reçut chez lui et mena à 

Il TMam^SMloni, tyê5. 

Tom 1. 23 



178 REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES 

Féglise Mademoiselle Babuty. Elle était jolie. Elle avait la joue ronde, 
de longs cils, la lèvre humide. Elle apparaît telle sur une estampe de 
Massard, ainsi que dans la Philosophie endormie et dans la Mère Heu 
aimée de Greuze. Cette Mère bien aimée faisait rougir Diderot. Greuxe 
avait £aiit diaprés un modèle voluptueux une peinture voluptueuse. 
Madame Greuze tint tme conduite â troubler le repos de Thomme le 
plus obstiné â garder sa quiétude. Peu soucieuse de Thonneur de son 
mari, elle Pétait beaucoup des intérêts de ce mari : elle les Êûsait siens 
en prenant au peintre tout l'argent qu'elle pouvait. On voit, par les 
deux lettres que nous publions ici, â quel point cette dame avait su 
s'emparer des affaires de la maison ; combien, grâce à la faiblesse phi- 
losophique de son mari, elle réglait tout par elle-même et agissait en 
maître : 

de Paris ce 27* oaobre 1 780. 

Vous pouvée Monsieur, céder la tête que vous avec de 
M»* Greuze ; ils vous en envera une ausitot votre lettre reçue a 
votre choix; entre deux; et au même prix, Tune est d^un enfant, 
de la grandeur de la votre; et la plus belle quil est fait; Tautre 
est d^une jeune fille eyant la goi^e en partie d^écouverte elle 
semble; écouté ; elle est de 2 pouces plus haute, et plus large 
que la vautre, et sera du même prix ; je vous prie de me mar- 
qué lorsque vous ferai rèponce, par quelle voyture, ils faudra 
rcmetre la Quaisse et votre adresse bien détaillé; pour que vous 
n^essuiee point de retare. M' Greuze vous faits ses compliments, 
J'ai rhonneur d'être très parfaitements 
Monsieur Votre très heumble servante 

B. Greuze 
rue notre Dame des victoires N<> 1 2 

Suscription : 

A Monsieur 
Monsieur fontanel libraire et garde des Dessins 
de Faccademie a montpellier 

A Montpellier 

M. Saturnin Léotard, sous- bibliothécaire du musée Fabre â Mont*- 




JEAN-BAPTISTE GREUZE ET GABRIELLB BABUTY I79 

peliier, a bien voulu nous copier cette lettre et la suivante, qui marque 
mieux encore la nette intelligence que M°»> Greuze employait à bien 
user du goût dont le public s'était pris pour M. Greuze : 

de paris ce 6«. janvier 1 78 1 

Mr Greuze, Monsieur; ce fera un véritable plaisir de vous 
donner la préferance, sur toute autres persotme ; ils remplira, 
exactement; toutes les conditions que vous exgigée ; 

mais ils faut me faire, réponce ausitot ma lettre reçue; pour 
surté de nos Angagements; le tableau est de deux cent louis; et 
la bordure de noirs ; 

M** Greuze, vous prie; de n'avoir aucunes inquiétudes; sur la 
tête de Tenfant qu'il vous a envoyer; le bois est très solide ; il 
est impocible, quil ce fende; ils vous prie insie que moi de vou- 
loire bien être persuadé des sentiments avec les quelles 
j'ai l'honneur d'être Monsieur 

Votre très heumble servante 
B. Greuze 
je vous prie de ne point oubliée de danté votre lettre. 

Suscription : 

A Monsieur 

Monsieur fontanel garde des Dessins, de l'accadémie ; 

rue du Gouvernement a montpellier 

A Montpellier 

Gabrielle était jolie. Greuze se servait d'elle pour peindre ses têtes de 
femmes ^ussement innocentes. Il souffrit tout, jusqu'au jour où sa 
compagne, vieillie, aigrie, voulut lui briser un vase de nuit sur la tête. 
Le vieux peintre plaida en séparation, et songea enfin â a venger son 
honneur, sa vie, sa fortune et celle de ses en&nts, engloutis par une 
mère dénaturée ( i ) )>. 

(1) Mémoire de Greuze contre sa femme. — OAl de M. Boilly. PubL dans les Archives de 
l'Art français, t lU, p. i33 et suiv. Note de Ph. de Chennevières. — Elle est de 1791 
ou 1793 



l80 REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES 



JEANNE D'ALBRET, CHARLES IX 
ET MARGUERITE DE FRANCE 



Nous réunissons ici quatre lettres écrites par un roi et par d^ux 
reines, qui furent souverainement engagés avec des intérêts divers dans 
la grande lutte de la Réforme. 

Jeanne d'Albret ne manifesta un génie viril et n'exerça une influence 
politique considérable qu'apràs la mort d'Antoine de Bourbon, son 
mari (17 novembre i$6a), c'est'*à-dire six ans après avoir écrit la lettre 
suivante (i). On ne sera donc pas surpris du caractère intime de cette 
épître, qui a uniquement pour objet des soins domestiques. 

Mons' de TignonviUe, j'ay esté advertye que celluy qui tenoit 
la maison du feu bastard d' AUcnçon et une pièce de terre* et ses 
appartenances est déceddé depuis quelque temps. Et pour ce 
que je sçay que la dite maison est vostre et que vous en pouvez 
disposer à vostre vollunté, je vous prie, pour Tamour de moy, 
la bailler à Myne que vous oongnoissez, qui a longtemps servy 
de lavandière la feue Ro5me ma mère et à présent Tune de mes 
femmes de chambre, ainsi que vostre deffunct fermier Tavoît ou 
pour le moings au mesme pris que vous en donneroit le plus 
estranger du monde. Combien que je ne doubte point que vous 
ne voulussiez préférer et favoriser daventaige ce qui vaus seroit 



(1) Cette lettre eftt signée par la reine, qui a ajouté de sa main la buscriptiou et le post- 
bcriptum. Elle est conservée dans l'axemplaire illustré de l'Histoire des Français de Sis- 
mondi, qui fait partie de la Bibliothèque fonnée par M. Jacques Charavay. 



JEANNE d'aJUBRET, CHARLES IX, ETC l8l 

recommandé de ma part, et affin que vous n'en faictes point en 
cccy excuse ou reffiiz, Madame de Tignonville vostre femme 
trouverra qu^en ceste lettre je la prie de vous en solliciter et que 
si vous ne luy accordez la requeste que je sçay bien qu'elle ne 
fauldra pas de vous en faire, je diray que vous n'estes pas si bon 
mary que je luy avois promis , mais je sçay bien qu'elle ne s'en 
plaindra point ny moi aussi. Et en cest endroit je prie le Créa- 
teur, Mons' de ,Tîgnonville, qu'il vous ayt en sa très saincte 
garde. 
Escript à Nerac le... (i) jour d'oaobre i556. 

Vostre bonne mestresse 
Jehanne 

Vostre femme trouvera icy mes recommandasions et que je 
vous prie à tous deus me venir trouver. 

La suscription porte : 

A Mons' de Tignonville, mon maistre d'hostel 

Ce Tignonville était, comme l'indique le ton familier de la lettre 
qui lui est adressée, un des plus fidèles serviteurs de la maison de Na- 
varre. Jeanne d'Albret, soucieuse de le pourvoir, l'avait marié à une de 
ses femmes, qui avait pris soin du jeune prince Henri. Elle s'était assu- 
rée ainsi une Êunille entièrement dévouée aux intérêts de son fils. Dans 
une lettre datée de Fabbaye de Saint-Taurin , près Evreux , nous 
voyons la reine de Navarre prier le même Tignonville de la venir re- 
trouver avec sa femme à Paris, où elle va mener son fils : « Mon fils, 
dit-elle, est en bon estât de tout poinct et le trouvères bien fort et en 
appétit de le devenir plus » (2). 

^mo de Tignonville devint, après la mort de Jeanne d'Albret, la gou- 
vernante de la princesse Catherine. Le maréchal de Bouillon a Êiit de 
M°^« de Tignonville dans cette condition un portrait caractéristique. 
C'était, dit-il , a une femme austère, méfiante, qui avott un continuel 
égard sur sa maistresse et ne soufiroit ni enduroit rien de mal » (i). 

(1) Le quantième manque dans l'original. 

(3) Lettre du 3 mai, sans millésime, cotée sous le n* 1 3 dans le catalogue de la collection 
Gauthier-Lachapelle (Paris, 1872, in-8.). 



l82 REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES 

Cette fidélité, cette austérité de mœurs étaient bien les qualités qu'il 
avait Mu pour toucher la reine de Navarre, elle-même si droite et si 
sévère. Le duc de Bouillon nous apprend que la rigoureuse honnêteté 
de cette gouvernante fut mise â une difficile épreuve. Le roi Henri ai- 
mait la jeune fille de cette dame, qui s'appelait Navarre. M™« de Ti- 
gnonville a soufiroit ces amours avec impatience; mais elle ne pouvoit 
les empescher absolument; bien y portoit-elle toutes sortes d'empes- 
chemens » (2). 

Une seconde lettre de Jeanne d'Albret témoigne, tant par la per- 
sonne du destinataire que par la nature des Êiits qu^elle mentionne et 
le ton pressant dont elle est écrite, d'intérêts publics engagés et d'af- 
faires d'Etat entreprises. 

Monseigneur, désirant avecq Tafection que doibt une fidelle 
subjecte et servante savoir quelque heureus et pacifique sucsès 
des troubles en quoy je voy le royaulme à mon sy grand regret 
que comme il m'y va de plus qu'à tous voz subjects en toutes 
fessons d'aultant en est mon sentiment plus grand, j'ay dépéché 
le mesme gentilhomme que je vous avoye envoyé pour en en- 
tendre, parse. Monseigneur, que la distanse des lieus nous 
aporte par desa tel inconvénient que je ne puis savoir nouvelles 
que celles des courriers mal sures pour estre plus cellon leur 
passion que la vérité, ajoustant à la très humble suplication que 
je vous fays de commander que j'en sache, le désir que j'ay 
d'une bonne paix pour les occasions que plus amplement j'ay 
commandé à ce ponëur vous dire, vous supliant très humble- 
ment l'ouir et sur d'aultres particulliers afaires qui me touchent, 
et je supliray Dieu, Monseigneur, vous conserver pour sa gloire 
en longue et heureuse prospérité de 




(i) Mémoires, colL Michaud, t. XI, p. 34 

(2) Mémoires, ut suprà» 

(3) • Vofttre très humble et frès obéitsaote tante et subjete, Jehânne » . La letue était impor- 
tante^ Jeanne d'Albret récrivit toate de sa main. 



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JEANNE D^ALBRET, CHARLES IX, ETC. l83 






La suscription porte : 
N^ Au Roy mon souverain seigneur 



\* Cette lettre, adressée à Charles IX, est entièrement de la main de 



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Jeanne d'Albret. Bien que dépourvue de toute date, nous pensons 
qu'elle a été écrite de La Rochelle en Tannée iSyo, et qu'elle suit de 
C près les derniers efforts des Réformés après leur défaite de Montcontour. 

On y voit que le royaume est encore profondément troublé, et la ré- 
daction même de cette lettre, hâtée et pressante, participe de ce trou- 
ble. Cette princesse, ferme et sage, s'emploie auprès de son neveu pour 
amener une paix honorable. La paix fut, en effet, conclue à Saint- 
Germain, le 8 août 1570; mais elle ne devait servir qu'à désarmer et à 
endormir un parti qu'on voulait perdre. Des négociations furent enta- 
mées pour amener un mariage entre Marguerite, sœur de Charles IX, 
et son cousin le prince Henri de Navarre. Catherine de Médicis profita 
de ce rapprochement pour attirer à la Cour les chefs des Réformés, et 
surtout son futur gendre. Elle envoya, sur la fin de l'été de 1 Syi , le Roi 
se récréer à Blois; mais, auparavant, elle lui inspira une lettre au 
prince de Navarre, pour l'inviter à venir partager ses divertissements. 
Cette lettre, qui est un des premiers artifices dont l'ensemble assura le 
succès de la Saint- Barthélémy, est conservée dans la collection de 
M. Alfred Sensier, qui nous a autorisé à la reproduire : 

Mon frère, je m'en vois à Bloys corne vous dira Montafier. 
Je me suis promis que me y viendriés veoir et ma tante la royne 
de Navare. Je vous envoyé Montafier exprés pour vous en 
prier. Je vous prie ne y failir, car nous irons ensemble à la 
chase et ferons si bone chère que je suis asuré que ne seres mary 
de me estre venu voir. J'ay comandé à Montafyer vous dire 
plus au lonc à quoy nous paserons le temps, je vous prie 
donque» ne y faillir come ne s'y atent 

Vostre bon frère 
Charles 

La suscription porte : 

A mon frère le prince de Navare 



184 REVUE DES DOCUMENTS MISTOUQUEB 

Cette lettre, bien qu'évidemment suggérée par Catherine et les Goises, 
a cette brusque allure qu'on retrouve dans les propos les plus avérés de 
Charles IX. Ces façons ouvertes, rapides, sans apprêt, qui devaient ga- 
gner si complètement le vieil amiral Coligny, ne purent séduire entiè- 
rement Jeanne d'Albret, qui vint, mais qui vint seule. Le 8 mars 1 573, 
elle adressa de Blois à son fils une lettre iustement estimée, pour pré- 
senter un tableau intéressé mais frappant de la Cour. Elle se réjouit d'a- 
voir écarté son fils d'un lieu où elle rencontre la plus maudite et cor- 
rompue compagnie qui fut jamais. Elle voyait cette Cour avec les yeux 
d'une mère et d'une huguenote. Brantôme, qui n'avait pas de ces sévé- 
rités et qui était enclin a jouir £icilement de la fête de la vie, a gardé du 
séjour de *Blois des impressions plus douces. Cest la future épouse du 
prince de Navarre qui, entre tous les objets aimables, lui parut le plus 
aimable. Il en retrace un beau portrait : 

— <t Et un jour de Pâques fleuries, à Blois, étant encore madame et 
sœur du roy (mais lors se traitoit son mariage), je la vis parottre â la 
procession, si belle que rien au monde de si beau n'eut su se feirc voir, 
car outre la beauté de son visage et de sa belle grandeur de corps, elle 
étoit très-superbement parée et vêtue. Son beau visage blanc, qui res- 
sembloit au ciel, en sa plus grande et blanche sérénité, étoit orné par 
la tête de si grande quantité de grosses perles et riches pierreries, et 
surtout de diamants brillans, mis en forme d'étoiles, qu'on eût dit que 
le naturel du visage, et l'artifice des étoiles et pierreries contendoient 
avec le ciel, quand il étoit bien étoile, pour en tirer la forme. Son beau 
corps, avec sa riche et haute taille, étoit vêtu de drap d'or fHsé, le plus 
beau et le plus riche qui se fût jamais vu en France, et c'étoit un pré- 
sent qu'avoit £atit le Grand-Seigneur â M. de Grand-Champ à son départ 

de Constantinople, vers lequel il étoit ambassadeur Ce n'est pas 

tout : car étant en procession, marchant à son grand rang, le visage tout 
découvert pour ne priver le monde, en une si bonne fête, de la belle lu- 
mière, parut encore plus belle en tenant et portant à la main sa palme 
(comme font les reines de tout temps) d'une royale majesté, d'une grâce 
moitié altière et moitié douce, et d'une façon peu commume, mais si 
différente de toutes les autres, que qui ne l'eût jamais vue ni connue 
eût bien dit : Voilà une princesse qui, en tout, va pardessus le commun 
de toutes les autres du monde. » 

Marguerite était belle et le savait : ses charmes avaient été des 
moyens politiques. Charles IX a fait cet aveu : o La jupe de ma sœur 
Margot est le filet qui m'a servi â prendre les huguenots. » Au reste, 



JEANNE D^ALBRET, CHARLES IX, ETC. l85 

elle était lettrée, docte autant qu'aucune autre princesse de son temps, 
et capable d'improviser un compliment en latin. Telle était la princesse 
que, par raison d'État, ieanne d'Âlbret choisit pour épouse â son fils. 
£Ille fit le mariage, mais ne le vit pas. 

Cette union n'était pas fort au gré de Marguerite. A l'autel, Charles IX 
avait dû pousser brusquement la tête de sa sœur pour lui Êdre donner 
signe de consentement. La première jeunesse de Marguerite avait été 
remplie par un violent amour pour le duc de Guise. Le roi de Navarre, 
de son côté, n'était pas, par humeur, très-enclin au mariage : celui-ci 
du moins devait lui sauver la vie. Les deux époux vécurent séparés 
jusqu'en 1579; en cette année Marguerite, ramenée par sa mère, vint 
retrouver son mari à Pau, puis tous deux se rendirent à Nérac. Parmi 
les plus fidèles serviteurs du roi de Navarre se trouvait le vicomte de 
Turenne, qui devait devenir plus tard duc de Bouillon et maréchal de 
France. Marguerite le distingua et le traita de sorte à Êdre croire qu'il 
était son amant (i). La lettre que nous publions ici est adressée par la 
reine à ce vicomte de Turenne : 

Mon cousin , vous ares su par Dominge les aucasion qui ont 
convié le roi mon mari de vous prier de ronpre vostre voiage et 
vous an revenir. Si ne m'avoit expresémant conmandé d'a- 
jouter mes prières au siene je n'euse pour la segonde fois aiséié 
le peu de crédit que j'ai desjai reconnu i avoir. Je vous supliré 
donc n'avoir esgart au dessir du roi mon mari et de moi qui est 
toutefois aconpagné de beaucoup de raison pour vous ramener 
an cete conpagnie, mes considérés les choses qui se préparet et 
combien nous y arons besoin de vostre présanse, ce que vous 
savés, trop mieux que moi. Si nous refusés d'une chose si juste 
et si nésaire (nécessaire) et qu'il an arive mal au roi mon mari, 
croies que je ne le vous pardonnerés jamés et qu'ares ofansé la 
meilleure de vos parantes qui ne vous sera jamés amie si vous 
plaignes la paine d'aler à la court, craignant que les filles i 
soit trop sugetes, vous trouvesrés les mienes avec plus de liberté 
pour vous anpaicher de vous annuler, mes je crains bien que ne 



(1) a. ÎA^Historietiesde TalUmant des Féaux, et les Mémoires du duc de Bouillon, 
c6U.Micbaiid,tXI,p.43. 

TOME I. 24 



f86 REVUE DES DOCUMENTS HISTORIQUES 

reseverés boiuic chère de Viksavini car ek a eu une fort gronde 
flMladie tâwée d'avoir trop regardé la iunè) ce qui lay £era 
WaifMlit de tonbw tti pàrdl ftctictomt. VôUà hê ftrtts |aflMB 
mieux avecques le roi mon mafi si !e tefusès de vettfr. 

Là tittorit)tton "pmt : 

ÀbtafntëttrfAM. le vfeonie fte INirfenne 

Ôh voit, par cette lettre, Marguerite mancler en toute hàle le viôôi&le 
cle Turenne auptès du roi son mari. Turennè était, eh éÔèt, le tôh- 
seîller le plus écouté de Henri , qui ne pouvait avancer fit se résoudre 
rien aux affaires publiques sans son avis (i). Marguerite à lé lôâ Vif, 
dégagé, fibre ; elle prend gaiement son parti de èe qu'elle rté J)èUt êiû- 
pèther. Elle parle légèrement des désordre de la petite c^Mt dé Néinat. 
l.es filles, en eilet, n'y étaient pas trop suJeUes : deux d^entre elles, ke- 
bours et Fosseuse, furent les maîtresses du roi Henri, t^>sseù^ àë^ïût 
enceinte de lui : Henri l'emmena aux eaux d'Aigues-Caudes, en Béam, 
et voulut emmener aussi sa îemme, qui s'y refusa. Il se coûteùta alors 
\le fsMt ^tec i^ossedse et xleui de ses compagnes. Rebours et cette 
VyiesàvîÉ qui) k oé qa'M tmit, avait aussi sts ateatotcs (i) 

Une itoomàù lectrè de Margateite, «dressée « aa Roy Monsci- 
f^ew et frère », Henri HI, exprime le désir qu'elle a d'ento^tenir la 
pake entre le roi et son mari (3). En voici le texte : 



MbUSeigAeur, \t de^qu*â te Roi ntôft mari tte veto wthdte 
lôtité ses actions àgïiSàttes lui à fedt despaïdiôï* Momieur de 
tHelr eVàtt bien îtiformé de l*àseïnbiée de Môntauban pour vous 
ràfidfè, MôïiÈÎgneut, paiifcuiiènttfnt conte de ce qui si est fah, 
ce qiii m^an fef a temestte ^ur lui poor vmt wpïier trfe huttiMe- 



(i) Mémoires du duc de Bouillon, coll. Micbaud, t. W, p. 36. 

()) a. i^ÈfiMtret de MkrgmgHtt 4è féMs; telfrt éè U inêéiè {k^nti ¥Hto^M9^, 
février i838, p. 107). 

(3) Cette lettre noot a été commaniquée p«r notre ami M. Charles Labntsière, de Londres, 
4tti €û a pôsrtdé forigttiaL 



JEANNE D^ALBRET, CHARLES IX, ETC. 187 

ment, Monsegneur, croire que son intantion ne tant qu'à Tan- 
tertenenemant de la paix et à ce randre digne de nostre bonne 
heur que si Test si heureux que de pouvoir aquérir je m'estimeré 
la plus fortuné et contante du monde, n'aiant tant d'afection à 
la conservation de ma vie qu'à nous voir toux deux honorés de 
cete félisité que je mesteré paine de mériter par toux les très 
humbles et fidèles services que vous doit la plus afectionné de 
vos très humbles servante qui vous baise, Monsigneur, très 
humblement les mains. 




m^ 



Une note du savant Godefroy, mise au bas de cette lettre, est relative 
au monogramme que nous venons de reproduire : 

Elle faisoit ce chiffre (qui sert au collier de Tordre de Saint- 
Esprit) quand elle estoit en bonne et belle humeur. Autrement 
elle souscrivoit en cérémonie vostre, etc. 

Cette lettre est sans doute du mois d'octobre 1 584, alors que l'Assem- 
blée de Montauban, ouverte en septembre, venait de décider que le roi 
de Navarre, quoique appelé par la mort du duc d'Anjou à la succession 
de la couronne, ne changerait pas de religion. 



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REVUI DBa DOCUMENTS HISTORIQUES 



— Notes généalogiques sur cette fa- 
mille, 89. 

Desbssarts, chef vendéen. — Pièce 
de lui, 36. 

Du Barry (Jeanne B^, ditcVau- 
bernier, comtesse). — Quittance et 
billet à ordfe, 129, 

DuNOis (Jean d'Orléans, comte de), dit 
le bâtard d'Orléans. — Quittance 
de lui, 43. 

EssARS (Charlotte des), maîtresse de 
Henri IV. — Quittance d'elle, 27. 

Fauoonnerik. — Chartes des jxV et 
XV* siècles , 60 à 66. ~ Manuscrit 
du traité de la Fauconnerie de l'em- 
pereur Frédéric II, 66 à 90. 

Fui9^«. -^ Charte de k comtesse 
MargueritCi ijX 

F«^jfe6uc U, empereur d'Allem^e. 

— MaQttsicrit dç 9Q^ WXV6 de la 
chasse à t'oiafau^ 67. 

Frères lyâcHsims. ^ Acte omcer- 
naot une veate &ite 4 cesî religieux, 

173. 

Qumïï^ (Jesm^Baptlste), pwatre* — 
Lettre et pièce de lui, 175. 

GRKg» (Gabrielle Babuty, femme). — 
Lettres d'elle, 178. 

Hardy, libraire. — Extraits 4e $Qn 
iourntl historique CQucernaat 1* 
dernière maUdie de Louis XVi 1 33. 

Hq«y (Jaeoues 'deji peintre de Louis 
XIII. — Quittance de lui, 3^. 

HoziiR (d'^, fiinMffmmc. — Note 5Uip 
VwXl^nWMifkVffistoire généalo- 
gique de la Maison (f Auvergne, 92. 

Jeanne p'Alpwst, reine de Navarre. — 
Lettre» d'elle, i8p. 

La Rochkjaquelein (Henri d^), g<é|ié- 
ral vendéen, — Pièce de Iui,l6. 

La TiUUiqiu* (Henri de), ^ Son 
voyage en Angleterre «ivec le duc de 
Bouillon, 54. 

La Trémoille (Charles - Brctagnc- 
Marit-Josepb, prince de). — Précis 
de la convention de Bonaparte et 
de Bgurmont écrit de la main du 
prince de la TréoioUle, avec lewe 



d'envoi au comte de Saint>Prîcst, 

97 et suiv. 
Le Doux, architecte. — Quittince 

pour les travaux du château de Ld- 

ciennes, i32. 
Le Gras (Louise de Marillac, femn^ . 

fondatricf de U Congrégation de 

Filles de la Charité. ~ Lettres 

d'eUe,47. 
UE^GURSf Cbel vendéen. -- Piâce à 

lui, 36. 
Loms XII, roi de France. — Lettre 

sur la ville de Lyon, 117.— Cham 

concernant les étrennes envoyées t 

sa femme, i5i. 
Louis XV, roi de France. — Doo- 

ments sur la dcrni^rç qialaibe de « 

prinoe|i52. 
Louis XVIII, roi de Flrance. — UtK 

au prince de la TrémoUle^ i (4. 
Lyqn. — Deux lettres de ù>^is XD 

sur cette ville, 117. 
MA«««t.oif (Jçan). --n Pièce de lui, jc, 
MARQUWiTi, cpiptesçç d^ Flandre, - 

Charte d'elle, ly^, 
Marquwmtç pk Françç, femme de 

Henri IV. — Lettres cfellc, i85. 
Maiumo (Qiovannî-Bwtisi^, po^ 

italien, dit le Cayaiier^Marm. - 

Quittance de lui| ^9. 
Mavo (Jean)» cartier 2 Sedan. - 

Canes numérales avec sa si^t^ 

24. 
MïLUN. - Charte d« PhîHppe-lç-Bd 

sur la reçonstructiQA d^ poa^^ 

Melun, )2\, 
Mqwtpïnwipi (Louis ïl 4^ Bourbon, 

duc de), gouverneur de Breta^ 

— Lettre de lui, i36, 
Nantes. — Pièce sur Iç tabhau (k 

Jacques de Hoey, repn!«eiitant Tcti* 

trée de Louis XlU a Naates, 37, - 

Lettre du duc de Mpntpens^ 

relative à U ville neuvç de Naous, 

i36, 
Orléans (Louis, duc d'), frère <k 

Charles VI. — Charte^ sur ^ jin- 

ewoeriefô) ,^&ttrdesétreimeS|i}Q* 




TABLE DES PIÈCES INÉDITES 



CONTENUES DANS CE VOLUME 



Ancre (Gincino Concini, marquis d'), 
maréchal de France. — Quittance 
et lettres, page 89. 

Ancre (Leonora Dori, maréchale d*). 

— Quittance concernant sa dot^ 

39. 

Angleterre. — Mission du duc de 
Bouillon à la cour d'Angleterre, 54. 

Auvergne. — Document sur l'his- 
toire généalogique de cette Maison^ 

Baluze (Etienne), historien. ^ Pièce 
de lui, 18. 

Blois (Guy II de Chastillon, comte 
de). — Charte concernant ses 
chiens courants et ses grands lé^ 
vriers, 174. 

Bonaparte, premier consul. — Con- 
versation avec Bourmont sur la pa- 
cification de la Vendée, 97. 

Bouillon (Henri de la Tour-d'Au- 
vergne, duc de), maréchal de France. 

— Sa mission a la cour d'Angleterre 
en 1612, 54. 

Bouillon (Maison de). — Document 
sur l'histoire généalogique de cette 
Maison, 18. 

Boormont (le comte de), maréchal de 
France. — Conversation avec Bo- 
naparte sur la pacification de la 
Vendée, 97. 

BouRRiENNB, Secrétaire de Napoléon W 



— Copie de deux lettres de Bona- 
parte à Louis XVIII, 1 1 5. 

Caffieri, sculpteur. — Quittance pour 

le buste de Louis XV, i3o. 
Calais. — Lettres de Philippe-le-Bel 

au bailli de cette ville, i23. 
Cartes numérales a jouer. — 24. 
Catheuneau (Jacques), généralissime 

des armées vendéennes. — Pièces 

de lui, 35. 
Cavour (Camille comte de), ministre 

de Victor-Emmanuel. — Lettres de 

lui, 91. 
Champagne. — Charte de Thibaut. V, 

14. — Notes généalogiques sur la 

la fiimiUe de DampierrcsSaint-Di- 

zier,88. 
Crampoluon (Jean-François), dit le 

Jeune, l'interprète des hiéroglyphes. 

— Lettre de lui, 52. 

Charles IX, roi de France. -^ Lettre 
au prince de Navarre, depuis Henri 
IV, i83. 

Chasse. — La £aiuconnerie au moyen- 
ftge, 60.— Chiens courants et grands 
lévriers du comte de Blois, 174. 

Chateaubriand (le vicomte de). — 
Lettre de lui, i25. 

Dampierre-Saint-Dizier. ^ Manus- 
crit de la chasse à l'oiseau de Fré- 
déric II , dédié à Jean, seigneur de 
Dampierreet de Saint-Dizier, 88. 



IQO 



REVUI DM DOCUMENTS HISTORIQUES 



— Notes généalogiques sur cette fk- 
mUle, 89. 
Dbsbssarts, chef vendéen. — Pièce 

de lui, 36. 
Du Barry (Jeanne B^, diteVau- 
bernier, comtesse). — Quittance et 
billet à ordfe, 1 29, 
DuNOis (Jean d'Orléans, comte de), dit 
le bâtard d'Orléans. — Quittance 
de lui, 43. 
EssARs (Charlotte des), mahresse de 

Henri IV. — Quittance d'elle, 27. 
Fauconnerie. — Chartes des xrv« et 
XV* siècles , 60 à 66. — Manuscrit 
du traité de la Fauconnerie de l'em- 
pereur Frédéric II, 66 à 90. 
Fui9^«. -^ Charte de k omtesse 

MargueritCi ijX 
FRjfe6uc U, empereur d'Allema£oe. 
_ MaQttSicrit dç $Qq tF^Vé de U 
ehaa$e à t'oiafau^ 67* 
Frères Pkêchsurs. •«■ Actç conçer- 
naot une vente &ite 4 ce$i reliôeu^, 
173. ^^ 

QREua (Jean-Baptiste), peio^re. — 

Lettre et pièce de lui, 17S. 
Qrkuw (Gabrielle Babuty, femme). — 

Lettres d'elle, 178. 

Hardy, libraire. — Extraits 4e son 

iourntl kistoriqu4 conocu-naat 1» 

dernière maUdie de Louis XY, 1 53. 

HoEY (Jaeoues 'de)i peintre de Louis 

XIII. — Quittance de lui, Jv. 
Hozmft (d'), géaéalQ£iite.--NQtesuF 
Vwth^ntmxiikVSistoire généalo- 
gique de la Maison iAwtxgne, ?2. 
Jeanne p'Ai-ww, reine de Navarre, — 

Lettres d'elle, i8o, 
La Rochejaquelein (Henri d^), g|i|ié- 

ral vendéen, •« Pièce de lui,l6. 
La TRânouus (Henri de), ^ Son 
voyage en Angleterre «ivee le duc de 
Bouluon, 54. 
La Tr£moille (Charles - Bretagnc- 
Marie-Josepb, prince de). ^ Précia 
de la conversation de Bonaparte et 
de Bourmont écrit de la mwx du 
prince de U Trémoille, avec ietu-e 



d'envoi au comte de Saint-Prïest, 

97 et suiv. 
Le Doux, architecte. — Quittance 

pour les travaux du château de La- 

ciennes, i32. 
Le Gras (Louise de Marillac, femme), 

fondatrice de I4 Gongr^tion des 

Filles de la Charité. — Lettres 

d»eUe,47. 
l^SCmSt Pbel vendéen. — Pièce de 

lui, 36. 
Louis XII, roi de France. — Lettres 

sur la ville de Lyon, 117.— Charte 

concernant les étrennes envoyées a 

sa femme, i5i. 
Louis XV, roi de France. — Doca- 

ments sur U démise, maladie de ce 

prince,! 52. 
Louis XVIII, roi de Flrance. — Lettre 

«u prince de la Trémollle, 1 14. 
Lyqn. — Deux lettres de Louis XII 

sur cette ville, 1 17. 
MA«M^if (Je&n). •« Pièce de lui, »o, 

Marquïrtts, comtesse de Flandre, ^ 

Ç5iarte d'elle, 173. 
Marqukwtç pe Françç. femme de 

Henri FV. — Lettres (Telle, i85. 
Maiuno (Qiovwm-R^tistai, pofte 

italien, dit le Cavalier ^arbUx — 

Quittança de lui, 29. 
Mavo (Jean), cartier â Sedan, — 

Canes numérales avec » signature, 

M. 
Mbmin. — Charte de PWHppe-le-Bçl, 

sur b reconstructiQn d^ poots de 

Melun, )2\, 
MPHTFïNsiiPi (Louis II de Bourbon, 

dutf de), gouverneur de Breta^e. 

— Lettre de lui, i36. 
Nantes. — Pièce sur Iç tableau de 

Jacques de Hoey, repr^ntant TeO' 

trée de Louis XIU a Nantes, 37. — 

Lettre du duc de Montpensier, 

relative à la viUe neuve de Nantes, 

i36, 
Orléans (Louis, duq d'), frère de 
Charles VI. — Charte^ sur sa &u- 

eonoeriefôi,— §urdesétreaaes»i5o. 



TABLE DES PIÈCES INÉDITES 



191 



Orléans. — Quittance de Dunois 
d'une pension à lui payée par son 
frère Charles d'Orléans, 43. — 
Chartes concernant la fauconnerie 
de Lx>uis d'Orléans, 60. 

Pajou, sculpteur. — - Quittance pour 
le buste de la comtesse Du Barry, 
129. 

Parabère (la comtesse ,'de), maîtresse 
du Régent. -- Lettre d'elle, 141. 

Pbnthièvrb (le duc de), grand^aà^k^ 
de France. ~ Relation de la céré- 
monie du viatique administré à 
Louis XV, 164. 

Phiuppe-le-Bel, roi de France. — 
Charte sur la reconstruction des 
ponts de Melun, 121. — Trois 
chartes latines, i25. 

Ptsssis t>u BttLLàY, pt^l^ur de 
Henri cte la TrémoiUe. *** iMtré de 
lui, 54. 

t^)i4PAiKnjk{!a marquisèd^). -* Lettre 
à l'abbé Leblahc, it. 

pRrtiAonxio (Francesco), dît h Pirima" 
Hce, — Quittance de hii, 3i. 

PoGwr (Pierre), sctilptett*-. — Lettres, 
3âiô. 



RiGAUD (Hyacinthe), peintre de Louis 
XIV. — Lettre de M«» de Parabère 
sur son portrait peint par Rigaud, 
description de ce portrait et de la 
gravure qu'en fit Vallée, 142. 

Rousseau (Jean- Jacques). — Lettre à 
M. de la Popelinière, 147. -- Lettre 
lignée Reoou, 149. 

RuiNART (Thierry), historien. — Pièce 
de lui, 20. 

SfibAN. -^ Cartes de Jean Mavo, Car- 
tier â Sedan, 24. 

Simon d'Orléans, miniaturiste du 
XIV» siècle. — Manuscrit enluminé 
par lui, 90. 

Thibaut V, comte de Champagne. — 
Charte latine, 14. 

TteiLU (Jacqtte^f maohiliisie de 
Louis XIV.— Quittance de lui, 145. 

VwBÊA — Ptàccb de CatheiimaU, 
Lescure et La Rochejaquelein^ 35. 
-^ Documeiit 6ur k pacificattoA de 
ta Veadée, 97. 

Vincent de Paul (Saint). -^ Lettre de 
lui, 44^ 

Zamors, nègre de la èomteasé Du 
Barry. ^ QuktaïKe de lui^ i3S. 



TABLE DES FAC-SIMILE 



CONTENUS DANS CE VOLUME 



Ancre (le maréchal d'). •— Signatures 
40 et 42. 

Ancre (la maréchale d'). ^ Signa- 
ture, 40. 

Baluze (Etienne). — Signature, 21. 

Bouillon (le maréchal de). — Signa- 
turc, 54. 

Bouillon (Elisabeth de Nassau , du- 
chesse de). — Signature, 55 

Cafficri. — Quittance, i3i. 

Cartes numérales a jouer. — Rois, 
dame, valet, 25. •— Revers lozangé, 
26. 

Catheuneau jJacques). — Pièce aut. 
Signature, 36. 

Ghampoluon-le-Jeunb. — Lettre, 52. 

Charles IX, roi de France. — Lettre, 
184. 

CoLiGNY (Louise de). — Signature, 
56. 

Desessarts. ^ Signature, 36. 

Du Barry (la comtesse). ^ Billet à 
ordre, 134. 

DuNois (le comte de). — Signature, 
43. 

EssARS (Charlotte des). ^ Signature, 
28. 

Fauconnerie au Moyen - Age. — 
Charte de Perrot de Trétainville, 
60. — Fauconniers â pied diaprés 
une miniature du XV» siècle, 65. 
— Miniatures du traité de Fré- 



déric II: frontispice, 65; fisiucons 
héronniers, 65 ; l'auteur instruisant 
le foucon, 68; &ucons au nid, 70; 
pnse et adébonnairissement du 
foucon niais, 2 planches, 71-74; 
Êiucon bêchant le tiroir, 72 ; adé- 
bonnairissement sans chapel du 
£atucon ramage, 4 planches, 74-83 ; 
adébonnairissement avec chapel du 
foucon ramage, 84; ornement tiré 
du manuscrit, 86. 

Greuze (J.-B.). — Lettre, 175. 

HoEY (Jacques de). — Signature, 38. 

Jeanne d'Albret. — Signature, 182. 

La Rochejaquelein (Henri de). ^ Si- 
gnature, 36. 

La Trémoille (Charlotte de Nassau, 
duchesse de) — Signature, 55. 

La Tr£moille (Henri de). — Signa- 
ture, 59. 

Le Doux. — Signature, i32. 

Le Gras (Mademoiselle). ^ Lettres, 
48 et 5o. — • Cachet, 5i. 

Lbscure. — Signature, 36. 

Louis XII, roi de France. — Signa- 
ture, 120. 

Louis XV, roi de France. — Bulletin 
de la maladie du Roi, 169. 

Mabillon (Jean). — Signature, 21. 

Marguertte de France, femme de 
Henri IV. — Monogramme, 187. 



TABLE DES FAC-SIMILE 



193 



Marino (CSoYanni-Baptista). — Quit- 
tance signée, 3o. 

MoNTPKNSiER (Louis II de Bourboni 
duc de). — Signature, 140. 

Pajou. — Signature, i3o. 

PARAfiàRS (la comtesse de). — Lettre, 
14a. 

Pbiupps-le-Bbl, roi de France. — 
Charte, lai. 

PoMPADOUR (la n^quise de). ^ Signa- 
ture, II. — Armes, i3. 

PluMAdiocio (Francesco), dit le Pri- 
mcOice, — Quittance signée, $4. 



PuGET (Pierre). — Lettre, 10. 
Rousseau (Jean-Jacques). — Lettre, 

148. — Signature sous le nom de 

Renou, 149. 
RunuRT (Thierry). — Signature, ai. 
Simon d'Orléans. — Signature, 90. 
Thibaut V, comte de Champagne. — 

Charte, i5. 
ToRELu (Jacques). — Signature, 146. 
Vincent de Paul (Saint). — Signature 

et cachet, 46. 
Zamors. —Quittance, i35. 



TOME 



25 



INDEX DES ARCHIVES 
DES BIBLIOTHÈQUES PUBLIQUES 

ET DES COLLECTIONS PARTICUUÈRBS 

D^OU PROVIENNENT LES PIÈCES PUBLIÉES DANS CE VOLUME 



Archives nationales. 

Charte sur la famille Dampierre-Saint- 
Dizier, 89. •— Relation de la céré- 
monie du viatique administré i 
Louis XV, 164. ~ Lettre] de con- 
vocation pour les funérailles de 
Louis XV, 17a. 

Bibliothèque nationale de Paris 

Exemplaire de V Histoire généalogique 
de la Maison à! Auvergne^ annoté 
par d'Hozier, 22. — Manuscrit du 
traité de Frédéric II, 66. — Journal 
historique de Hardy, i53. 

Borromée (le comte Gilbert). 

t. 
Description d'un tableau de Greuze, 
177. 

Bopet (Alfred). 

Lettre de ChampoUion-le-Jeune, 52. 

— Lettre de Chateaubriand, i25. 

— Lettre de Greuze, 175. 

Calmettes (Femand). 
Cartes numérales à jouer, 24. 



Charavay (Jacques). 

Lettres de Bonaparte, copiées par 
Bourriennél, 116. — Billet de M»« 
Du Barry, du i3 mai 1781, 134. — 
Bulletin original de la maladie de 
Louis XV, 169. — Lettre de Jeanne 
d'Albret, 

Cet quatre pièces font ptrtk des fflottritioiif 
dont M. J. Chanvty a enrichi ton exempkire de 
YHistoire det Français de Sitmondi. 

Charopqy (Etienne). 

Lettre de M»« de Pompadour (vente 
Dufoumel), 11.— Charte de Thi- 
baut V, comte de Champagne, 14. 

Documents de diverses natures sur: 
Etienne Baluze (Vente du mar* 
quis de Lescoët), 20; — Qiarlotte 
des Essars (vente Pécard), 27; — le 
Cavalier-Marin (vente Pécard), 3o; 

— le Primatice (vente Villenavc), 
32 ; — Cathelineau, Lescure et La 
Rochejaquelein, 35; — Jacques de 
Hoey (vente Pécard), 37 ;— Concino 
et Leonora Dori (vente Pécard), 38; 

— saint Vincent de Paul, 45; — 
mademoiselle Le Gras, 49.— Charte 



INDEX DES ARCHIVES ET BIBLIOTHÈQUES 



195 



de Pcrrot de TrétainvUle, 60. — 
/ Chartes de Louis d'Orléans, 61. — 
Lettres de Cavour, 91;— Louis XII , 
117; — Philippe-le-Bcl , 121; — 
Louis II de Bourbon, duc de Mont- 
pensier, i36. — Quittance de Jac- 
ques Torelli , 146. — Chartes sur : 
les Frères Prêcheurs, lyS; — les 
chiens courants et grands lévriers 
du comte de Blois , 174. — Lettres 
Jeanne d'Albret, 180 â 182. — Mar- 
guerite de France, i85. 

Engel - Dollfus. 
Lettres de Jean -Jacques Rousseau, 

«47- 
Feuillet de Conches (le baron). 

Lettres de Pierre Puget, 4 et 7. — 
Lettre de M"« Le Gras, 48. — Dos- 
sier sur la comtesse Du*Barry, 129. 

Fil Ion (Benjamin). 

Lettre de Pierre Puget, 5. — Quit- 
tance de Dunois, 43. 

Concourt (Edmond de). 
Communication relative au portrait 



de M"»« de Parabère peinte par Hya- 
cinthe Rigaud, 142. 

Labussière (Charles). 
Lettre de Marguerite de France, 186. 

La Trémoille (le duc de) 

Document sur l'ambassade du duc de 
Bouillon à la cour d'Angleterre, S6. 
— Conversation de Bonaparte et de 
Bourmont, lettre d'envoi du duc de 
la Trémoille, et lettre de Louis 
XVIII, 97 et suiv. 

Léotard (Saturnin). 

Lettres de M"" Greuze, 178 et 179. 
Montpellier (Bibliothèque de). 
Lettres de M»« Greuze, 178 et 179. 

Pannier (Liopold). 

Communication du manuscrit du 
traité De arte venandi cum avibÊiSj 
66. 

Sensier (Alfred). 

Lettre de la comtesse de Parabère, 
142. — Lettre de Charles IX, 18S. 



£:9mofTof 



Page 40, ligue 23, lisez : Brignet au lieu de Brignot. 

Page 65, ligne 14, lises, en supprimant la virgule : à pie\ mais au 
lieu de àpie^, mais. 

Page 75, lignes 22 et 23, lisez : la dernière manière au lieu de la 
première manière» 

Page 84, ligne 33, lisez : levant la main au lieu de devant la main. 

Page i5o, ligue 2 et ligne 6, lisez : i3g3 au lieu de zSgi. 



Planche, Prise et adébonnairissement du £iucon niaiS| figure IV, 
ligne 2, lisez : jajole au lieu dejajeole. 



Qéchevé d'imprimer ptur C. S^otteroj 

le 5 avril iiy4 

pour 

éV. Etienne Charavay 

Qé Taris 




3 6105 034 655 063 



fMIEDUE 1 








■ 








1 



















































































STANFORD UNIVERStTY UBRARIES 
STAKFORD, CALIFORNrA 94305 




1» • 
















• ♦